
Liberté : quelle définition en philosophie ?
Explorez la définition et les enjeux de la liberté en philosophie. Une réflexion qui passionne et qui reste plus actuelle que jamais.
La liberté. Ce mot évoque un souffle d’air, une ouverture du champ des possibles, un espace où l’on peut s’épanouir. On revendique la liberté d’expression, la liberté de choisir son métier, la liberté d’aimer, la liberté de se déplacer. Pourtant, si on les interroge, très peu de personnes savent définir ce mot avec précision. Certains pensent que la liberté signifie « faire ce que l’on veut », d’autres « n’obéir à personne », d’autres encore l’associent au droit d’exprimer leurs opinions. La définition du mot « liberté » pose problème, car il porte en lui de nombreuses contradictions.
Ainsi, le paradoxe est frappant : la liberté est omniprésente en politique, dans les débats de société, dans les textes juridiques, mais sa définition reste floue.
C’est précisément là que la philosophie intervient. Depuis l’Antiquité, les philosophes tentent d’appréhender cette notion de liberté. Ils clarifient ce qu’elle recouvre, ce qu’elle implique, ce qu’elle exige et ce qu’elle rend possible. Ils décortiquent nos intuitions. Et, ils interrogent nos certitudes, car la liberté n’est pas aussi simple qu’elle le semble. Elle se présente comme une évidence. Mais, dès qu’on la questionne, elle devient profondément complexe.
Pourquoi cette complexité ? Parce que la liberté touche à tout ce que nous sommes. Elle n’est pas seulement inscrite dans les constitutions, c’est aussi une expérience intime et un idéal collectif. Elle concerne notre rapport à nous-mêmes, aux autres, au pouvoir, aux lois, aux normes… au monde. Aussi, impossible de définir cette notion pleine de nuances et de contradictions par une formule rapide.
Cet article explore la liberté sous toutes ses formes, car il n’existe pas une, mais plusieurs libertés. L’objectif n’est pas de donner une définition unique, mais de comprendre ce que signifie agir, choisir, vouloir. C’est aussi l’occasion de comprendre pourquoi la liberté est essentielle dans nos vies personnelles, en revenant sur les grands débats philosophiques qui l’ont traversée. De Spinoza à Kant et Sartre, en passant par les enjeux contemporains, l’idée est de saisir ce que nous faisons vraiment de notre pouvoir d’agir. Car la liberté n’est pas seulement un mot, une définition : c’est une question que chacun doit se poser.

I. Définir la liberté : un concept plus complexe qu’il n’y paraît
1. Les différentes acceptions du mot « liberté »
Chaque fois qu’on cherche à définir la liberté, on découvre que cette notion se décline en plusieurs sens.
La première, celle qui vient spontanément à l’esprit, concerne le fait d’être libre, de ne pas être entravé. C’est l’absence d’obstacles extérieurs, l’absence d’interdictions injustifiées, l’absence de contraintes qui empêchent l’action. Ainsi, si quelqu’un m’empêche de sortir, si une loi arbitraire m’interdit de m’exprimer, ou si une barrière me bloque, je ne suis pas libre. Cette conception négative de la liberté met l’accent sur ce qui nous empêche. Elle est simple, mais se révèle insuffisante.
La deuxième définition consiste à penser la liberté comme un pouvoir d’agir. Ici, la liberté n’est pas seulement l’absence de contraintes. Elle désigne la capacité réelle d’accomplir ce que l’on veut. En effet, il ne suffit pas de ne pas être empêché pour être libre. Encore faut-il avoir les moyens matériels, sociaux ou psychologiques d’agir. Une personne pauvre qui n’a pas accès à certaines ressources est juridiquement libre, mais peut-être pas réellement libre d’accomplir ses projets. Cette approche positive de la liberté montre que la liberté est liée aux conditions concrètes de la vie.
La troisième acception de sa définition concerne la liberté intérieure. On peut, en effet, être juridiquement libre tout en étant prisonnier. Il est ainsi fréquent que les obstacles à notre liberté ne viennent pas du monde extérieur, mais de nous-mêmes. Habitudes, peurs, dépendances, manque de confiance : autant d’éléments qui nous empêchent parfois de décider de manière pleinement lucide. On peut ainsi être libre en droit et pourtant incapable d’agir avec discernement. La liberté intérieure renvoie à l’autonomie, à la maîtrise de soi, à la capacité de se gouverner sans se laisser dominer par ses émotions ou autres états qui nous échappent.
La quatrième acception porte sur la liberté dans son sens politique. Pour être vraiment libre, un individu doit vivre dans une société qui protège ses droits fondamentaux, qui garantit un cadre juste et limite les dérives du pouvoir. La liberté personnelle dépend donc de la liberté collective. Les droits, les lois et les institutions ne sont pas des détails. Ils forment les conditions nécessaires à l’exercice concret de la liberté.
Ainsi, la notion de liberté possède plusieurs dimensions complémentaires. La réduire à une seule d’entre elles impliquerait d’ignorer l’ampleur de ce que signifie le fait d’agir librement.
2. Liberté et libre arbitre : puis-je vraiment choisir ?
Au quotidien, nous avons tous l’impression de choisir librement. Nous décidons de ce que nous faisons : rester assis, prendre la parole, nous taire, suivre telle voie plutôt qu’une autre. Devant l'étendue des possibles qui se présente à nous, nous sommes convaincus d’être libres de nos actions, et que celles-ci expriment notre volonté. Nous y voyons la preuve de notre libre arbitre, de notre capacité de choisir entre plusieurs possibilités. Mais cette impression est-elle réelle ?
Le libre arbitre semble évident parce que nous avons conscience de nos décisions. Pourtant, de nombreux éléments interrogent cette évidence. Nous sommes influencés par notre éducation, notre milieu social, nos émotions, nos désirs, nos peurs, ou encore nos habitudes. Et ces influences façonnent nos comportements et choix de manière profonde. Nous ne sommes pas des êtres complètement autonomes.
La psychologie ajoute des nuances encore plus fortes. Beaucoup de nos décisions reposent sur des mécanismes inconscients. Nos préférences et nos choix sont souvent conditionnés par diverses influences dont nous ne sommes même pas conscients. Ainsi, même si nous nous pensons libres, nous ne le sommes pas totalement. Cela ne signifie pas que la liberté n’existe pas, mais qu’elle se conquiert en étant lucide sur ce qui nous influence.
Car la liberté ne consiste plus seulement à choisir parmi plusieurs possibles, mais à comprendre ce qui motive nos choix. Le libre arbitre n’est pas supprimé par ces déterminations, mais il doit être enrichi, approfondi, rendu plus lucide.
3. Liberté d’indifférence et liberté éclairée
Dans l’histoire de la philosophie, une distinction célèbre oppose deux formes de liberté. La première, appelée liberté d’indifférence, consiste à pouvoir choisir sans raison, simplement parce que rien ne nous y pousse. Cette forme de liberté semble séduisante parce qu’elle met en avant la pure spontanéité. Toutefois, c’est une vision assez pauvre de la liberté, car elle réduit l’acte libre à un geste arbitraire.
Choisir sans raison, est-ce vraiment être libre ou simplement agir au hasard ?
La seconde, la liberté éclairée, la liberté éclairée repose au contraire sur la connaissance et la réflexion. On est libre non lorsque l’on agit sans raison, mais lorsque l’on agit en connaissance de cause. Ce n’est pas l’absence de causes qui rend libre, mais la qualité de ces causes. Agir librement revient alors à agir conformément à ce que l’on reconnaît comme juste, raisonnable ou bon. Cette conception exige davantage, car elle requiert un travail intellectuel et moral.
La plupart des philosophes considèrent que cette liberté éclairée représente la forme la plus aboutie de la liberté humaine. Elle n’est pas instantanée, elle se conquiert, exige de la lucidité, voire une forme de discipline intérieure. Être libre nécessite un cheminement.
Envie de comprendre le monde ? Découvrez les conférences du Collège des Bernardins !
II. Les enjeux de la liberté : pourquoi être libre est-il si important ?
1. Liberté et responsabilité
La liberté n’est pas un concept abstrait ou un droit théorique, elle est profondément liée à la responsabilité. On ne peut pas parler de morale si les individus ne disposent pas d’une certaine liberté. En effet, si nos actes étaient entièrement prédéterminés par notre éducation, nos habitudes ou notre génétique, la notion de responsabilité perdrait son sens. Qui pourrait être félicité ou blâmé pour ce qu’il fait si chaque action était prévisible, si chacun de ses actes était écrit d’avance et dicté par des facteurs qu’il ne maîtrise pas ?
Dans la vie de tous les jours, nous expérimentons cette tension régulièrement. Quand on fait une promesse, on sait qu’on peut la tenir ou non. Lorsqu’un individu ment ou trahit, la société le juge précisément parce qu’il aurait pu se comporter autrement. L’idée même de culpabilité repose sur l’existence d’une marge de liberté. Liberté et responsabilité sont ainsi indissociables.
C’est aussi pour cela que la liberté a une portée morale. Être libre ne peut se résumer à faire ce que nous voulons. C’est avant tout comprendre nos décisions et en assumer les conséquences.
2. Liberté politique : être citoyen plutôt que sujet
La liberté peut aussi s’exprimer dans la vie en société, notamment à travers la liberté politique. Être libre sur le plan politique n’implique pas seulement de ne pas être emprisonné ou opprimé par une autorité injuste. C’est, à l’origine, le statut d’une personne qui n’est pas esclave et qui, grâce à son état de personne « libre », peut prendre part à la vie publique, donner son avis, voter, débattre et jouer un rôle actif de citoyen.
Ces droits accordés ne promettent pas la liberté, mais ils la protègent. Ils offrent les conditions à chacun de pouvoir réaliser ses choix sans redouter de représailles.
Toutefois, la liberté politique implique toujours un équilibre entre liberté individuelle et intérêt collectif. Une société qui valorise uniquement la liberté individuelle risque de créer un désordre général, tandis qu’une société qui privilégie la sécurité ou l’ordre au détriment de la liberté individuelle court le risque de l’autoritarisme. La liberté politique exige donc un équilibre subtil entre le respect de la liberté de chaque personne et le bien commun.
3. Liberté intérieure : se libérer de ce qui nous enferme
Mais la liberté ne se réduit pas à la vie en collectivité et à la politique. Elle concerne aussi notre vie intérieure. On peut ainsi être libre « en droit », mais prisonnier de soi-même, de ses illusions, ou de ses dépendances. La liberté intérieure consiste à se libérer de ce qui nous enferme, à comprendre les mécanismes qui nous influencent et à développer notre autonomie face aux conditionnements qui nous gouvernent. La liberté intérieure est un travail permanent.
Or, cette liberté intérieure est souvent négligée. Pourtant, elle se révèle indispensable à toute véritable liberté. Une personne n’est pas réellement libre si elle est dominée par ses pulsions ou ses craintes. Comprendre ses désirs, analyser ses réactions, reconnaître ses vulnérabilités représente une forme de libération plus complète que l’absence de contraintes extérieures. On pourrait même dire que la liberté politique et sociale ne vaut que si elle s’accompagne de cette capacité à se maîtriser soi-même.
4. La liberté dans le quotidien : exemples concrets
Chacun d’entre nous est confronté au quotidien à des dilemmes entre ce que nous voulons faire, nos désirs, et nos obligations. Choisir un travail, s’engager dans une relation, décider de s’installer dans un pays ou de le quitter, accepter ou décliner une invitation... Chacun de ces actes semble anodin. Toutefois, il questionne notre liberté. Car nous faisons nos choix selon nos envies, nos expériences, mais aussi selon ce que la société ou notre situation financière nous impose.
Le quotidien révèle aussi que la liberté n’est jamais absolue. Choisir de manière authentique suppose d’analyser la cause de nos décisions et d’accepter ce que nos choix impliquent. Lorsque nous mentons, nous agissons contre notre conscience et limitons notre liberté intérieure. Lorsque nous cédons à des pressions extérieures, nous réduisons notre autonomie. Chaque décision offre donc une opportunité de nous rapprocher ou de nous éloigner de la liberté véritable.
La vie quotidienne montre que la liberté n’est pas un état acquis une fois pour toutes. Elle est dynamique, elle se conquiert peu à peu, et demande réflexion, courage et lucidité. De fait, la philosophie classique insiste sur le rôle déterminant de la raison dans l’exercice de la liberté.
5. La liberté et la moralité : pourquoi la liberté importe pour vivre bien
La liberté est intimement liée à la question de la moralité. On peut, en effet, être libre matériellement, mais agir en se laissant guider par ses pulsions ou par le conformisme, sans véritable réflexion : cette liberté reste alors superficielle. La philosophie insiste sur le fait que la liberté authentique suppose la capacité d’évaluer les raisons de ses choix.
C’est dans ce cadre que la liberté devient éthique : elle nous met face à nos responsabilités. Être libre ne signifie pas uniquement pouvoir faire ce que l’on veut, mais pouvoir agir conformément à ce que l’on considère juste et bon. C’est un équilibre permanent entre exigences morales et souhait d’autonomie totale.
En quête d'une joie véritable ? Découvrez le cours en ligne laïcité & liberté du Campus des Bernardins.
III. Les grands débats philosophiques autour de la liberté
1. Sommes-nous déterminés ? Le défi du déterminisme
L’un des débats majeurs de la philosophie concerne le déterminisme, et ce que cette doctrine implique pour la liberté. Sommes-nous vraiment libres ou notre liberté n’est-elle qu’une illusion ? Le déterminisme soutient que tout événement, y compris ce qui semble relever de notre libre arbitre, n’est que la conséquence inévitable d’une chaîne de causes antérieures. Nos actes dépendent de nombreux éléments qui nous entourent et nous influencent : lois physiques, hérédité, éducation, culture et contexte économique.
Une question centrale surgit alors : si tout est déterminé, que devient la notion de liberté ? Sommes-nous libres et responsables quand chacun de nos agissements est déjà tracé par une série de causes dont nous ne pouvons nous défaire ? Pour certains philosophes, le déterminisme semble contredire l’idée même de choix libre. D’autres estiment, au contraire, qu’être conscient de l’existence de ces causes permet d’augmenter notre liberté. En effet, on peut alors agir en connaissance de ce qui nous influence.
La liberté ne serait pas l’absence de détermination, mais la capacité à agir en conscience des facteurs qui nous influencent.
Le débat est essentiel, puisqu’il touche à la définition même de la liberté en philosophie. Si nous sommes entièrement déterminés, la liberté devient un idéal abstrait, un rêve inaccessible. Si nous pouvons au moins partiellement agir en connaissance de cause, alors la liberté devient un objectif de conquête.
2. Liberté et loi : contradiction ou condition ?
Une autre question fondamentale concerne le rapport entre liberté et loi. Dans l’opinion commune, la loi apparaît souvent comme incompatible avec celle-ci. Elle interdit, encadre, contraint. Pourtant, pour nombre de philosophes, tels Rousseau ou Kant, la loi s’avère une condition indispensable à l’exercice effectif de la liberté. Parce que la dignité de l’homme se fonde sur cette capacité de se déterminer en fonction d’une volonté morale, et non pas en vertu de ses penchants dont il n’est pas le maître.
Par exemple, les règles de circulation semblent limiter notre liberté de mouvement, et pourtant elles offrent à chacun la possibilité de se déplacer sans danger. En l’absence de cadre juridique, la liberté deviendrait anarchique et vulnérable. La loi, correctement conçue, protège la liberté plutôt que de la supprimer.
Philosophiquement, cela révèle que la liberté n’est pas l’absence de règles, mais la capacité d’agir dans un cadre qui permet réellement à chacun d’exercer ses choix. La liberté n’est pas incompatible avec la règle ; elle en dépend pour devenir concrète et durable. La liberté est donc aussi le pouvoir d’obéir à la loi, comme l’a théorisé Montesquieu dans son essai De l’esprit des lois : « Dans un État, c’est-à-dire dans une société où il y a des lois, la liberté ne peut consister qu’à pouvoir faire ce que l’on doit vouloir [...] ».
3. Liberté et bonheur : deux chemins parfois opposés
La liberté semble naturellement liée au bonheur. On pense spontanément que suivre ses désirs permet d’être heureux. Mais l’expérience montre que satisfaire immédiatement ses envies ne coïncide pas forcément avec une joie durable. L’absence de contraintes peut engendrer insatisfaction, dispersion ou dépendance.
La philosophie propose une autre vision. Être libre peut signifier choisir avec discernement, exercer la raison, réfléchir à ce qui est réellement bon pour soi. L’autodiscipline et la capacité à différer les désirs immédiats sont des moyens d’atteindre une liberté plus complète. La liberté ne peut en aucun cas se résumer à la permission de faire ce que l’on veut. Sa conquête exige un travail sur soi, une éducation de l’esprit.
Ainsi, la liberté authentique ne consiste pas à fuir les règles, mais à montrer sa capacité de décider et d’agir en toute lucidité. La question du lien entre liberté et bonheur a traversé l’histoire de la philosophie, de Socrate à Kant, de Spinoza à Sartre, et demeure au cœur de notre réflexion sur ce qu’être libre veut réellement dire.
Passionné de philosophie ? Découvrez les cours en ligne d'histoire de la philosophie sur le Campus des Bernardins.
IV. Les conceptions de la liberté : panorama des idées majeures
1. Liberté et connaissance : définition de la liberté chez Spinoza
Pour Spinoza, la liberté n’est pas une échappatoire aux forces qui influent sur notre comportement, mais la compréhension de ces forces. Selon lui, on est libre lorsque l’on sait pourquoi on agit et ce qui motive nos actions. En passant en revue les mécanismes qui orientent notre existence, on se libère des passions aveugles et on devient capable de mener nos actions selon la raison.
Cette vision rapproche la liberté de la lucidité. Être libre, c’est ne pas être esclave de ses affects ou de ses désirs irrationnels. La liberté devient alors un travail de lucidité pour prendre conscience des forces qui nous traversent et agir en conséquence.
2. Liberté et autonomie chez Kant
Kant propose une conception morale radicalement différente. Pour lui, la liberté ne consiste pas à suivre ses désirs ou ses inclinations, mais à agir selon une règle que l’on se donne à soi-même. Être libre, c’est être autonome, c’est se fixer volontairement des règles fondées sur la raison que l’on reconnaît comme valable universellement. Cette autonomie de la volonté, qui consiste à choisir librement le bien ou le mal, est la condition de la dignité humaine.
Selon Kant, agir librement, c’est agir moralement. La liberté ne relève pas du caprice (je fais ce que je veux), mais d’une obligation éthique. Elle exige de réfléchir, de se donner des lois pour « agir conformément à ce que la raison exige universellement de tout homme ». La liberté devient alors un projet intellectuel et moral, où l’indépendance et la rationalité sont indissociables.
3. Liberté et responsabilité, la définition de Sartre
Sartre pousse l’idée de liberté à son extrême en affirmant que nous sommes « condamnés à être libres ». Il signifie ainsi qu’il est impossible d’échapper au choix. Même l’inaction est un choix. La liberté se révèle alors une charge, car elle n’offre aucune échappatoire et expose l’individu à l’angoisse de décider.
Pour lui, l’explication déterministe n’est qu’une vaine tentative d’échapper à la liberté. Invoquer un déterminisme quel qu’il soit n’est que l’effet d’une mauvaise foi qui se cherche des excuses pour ne pas assumer sa liberté.
Mais, cette liberté s’avère également source de puissance. Elle permet, en effet, de se construire, de se définir par ses actes et ses décisions. L’homme libre devient responsable de sa vie et de ce qu’il est. La liberté tient alors de l’expérience existentielle, intense, parfois effrayante, mais toujours créatrice.

V. La liberté aujourd’hui : nouvelles questions, nouveaux défis
1. Liberté et technologies : sommes-nous encore maîtres de nos décisions ?
À l’ère du numérique, la liberté prend des formes nouvelles. Les technologies modifient profondément notre rapport au choix et à la décision. Les algorithmes sélectionnent les contenus que nous voyons, les réseaux sociaux influencent nos émotions, la publicité ciblée anticipe nos envies. L’impression de choisir peut devenir une illusion subtilement entretenue.
Pour être réellement libres dans nos démocraties contemporaines, il faut développer une vigilance nouvelle, apprendre à reconnaître les biais, comprendre les logiques économiques qui orientent nos décisions. Il faut être conscient, comme l’affirme John Stuart Mill dans son ouvrage De la liberté, que l’oppression n’y prend pas la forme d’une répression physique comme dans les dictatures, mais prend la forme d’une tyrannie morale de l’opinion publique.
Dans les démocraties modernes, la menace sur la liberté concerne la conscience morale de l’individu, puisque celui-ci se voit « contraint » de penser, et donc d’agir, comme tout le monde. Dans ce contexte, la liberté exige vigilance et lucidité. La liberté numérique exige une éducation critique à cette nouvelle forme de contrainte douce, mais redoutable.
2. Liberté et identités : s’affirmer ou s’émanciper ?
Les identités culturelles, religieuses, sociales ou sexuelles jouent un rôle central dans la manière dont nous expérimentons la liberté. Elles peuvent être rassurantes, en nous donnant le sentiment de faire partie d’une « famille ». En même temps, ces identités peuvent également devenir contraignantes, nous figer et limiter nos possibilités de transformation et d’évolution.
Peut-on être libre sans appartenir à un groupe ? La réponse est délicate. L’identité peut soutenir, mais peut également emprisonner en imposant trop de règles. Or, être libre signifie pouvoir s’affirmer en tant qu’individu, mais aussi avoir la possibilité de se réinventer.
Ce tiraillement entre appartenance et autonomie reflète une vérité fondamentale : la liberté n’est pas seulement individuelle. Elle s’élabore aussi à travers les rapports que nous tissons avec nos contemporains et les groupes auxquels nous appartenons. La liberté authentique combine le droit d’être soi avec la capacité de se transformer.
3. Liberté et sécurité : un nouvel équilibre à trouver
Dans les sociétés contemporaines, la question de la liberté se pose également par rapport à la sécurité. Protéger les personnes et prévenir les risques posent toujours la même question : jusqu’où peut-on aller concernant le principe de précaution sans empêcher les personnes d’agir librement ?
Trop de sécurité peut restreindre l’espace de liberté, par exemple en contrôlant les déplacements ou en violant la vie privée. Trop peu de sécurité, en revanche, expose chacun à des risques qui empêchent l’exercice effectif de la liberté. Le défi : trouver un équilibre raisonnable. La sécurité ne doit pas être perçue comme une contrainte, plutôt comme un préalable qui rend possible la liberté réelle.
Aujourd’hui, être libre signifie sans cesse chercher l’équilibre entre sécurité et autonomie, entre régulation collective et indépendance personnelle. Comprendre cet équilibre est essentiel pour exercer pleinement sa liberté.
Découvrez les cours de philosophie du Collège des Bernardins, sur place ou en ligne !
Conclusion : être libre, une conquête au quotidien
La liberté n’est pas un acquis ou un droit abstrait que l’on possède automatiquement. Elle se conquiert progressivement par la réflexion, comme par son implication dans la vie sociale et politique. Devenir pleinement libre exige plusieurs préalables.
- Il faut d’abord apprivoiser sa liberté intérieure : apprendre à reconnaître ses désirs, à bousculer ses habitudes, afin de ne pas être esclave de forces internes qui nous échappent.
- Vient ensuite le développement de la liberté de choisir, qui suppose d’être autonome, lucide et d’être prêt à assumer les conséquences de ses choix.
- Enfin, la liberté ne s’appréhende pas qu’à l’échelle individuelle. Elle dépend aussi de la société dans laquelle on vit, notamment du droit, des institutions et de la sécurité en vigueur. En effet, l’ensemble de ces éléments sont nécessaires pour que chacun puisse vraiment être libre.
La liberté ne se réduit ainsi ni à une définition ni à une idée abstraite, mais elle se vit chaque jour à l’occasion de choix concrets. Elle implique responsabilité, réflexion, connaissance de soi, lucidité et réel engagement dans la vie de la société. Elle est individuelle et collective, intime et politique.
Être libre, c’est accepter de se questionner, de se dépasser, de s’émanciper sans empiéter sur la liberté des autres. Il ne s’agit pas d’un concept, mais bien plus d’une expérience concrète, d’un travail permanent, d’un projet de vie.
La liberté demeure l’un des plus grands défis humains. La définition de la liberté mobilise la philosophie depuis l’Antiquité. Car la conquérir s’avère autant un droit qu'une responsabilité, une condition de l’épanouissement individuel et du progrès collectif.
Elle n’est pas un cadeau reçu, mais une conquête que chacun peut, à son niveau, pratiquer et transmettre.
Crédit image : Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple, 1830
Saviez-vous que près de la moitié des ressources du Collège des Bernardins provient de vos dons ?
Les Bernardins sont une association à but non lucratif qui vit grâce à la générosité de chacun d'entre vous. Votre don soutient notre vocation : promouvoir un dialogue fécond au sein de notre société. Je donne




.avif)
