
La conscience en philosophie : Descartes, Freud et Sartre expliqués
Qu’est-ce que la conscience en philosophie ? Découvrez les visions de Descartes, Freud et Sartre sur le moi, l’inconscient et la liberté.
La conscience représente l’une des énigmes les plus fascinantes de la pensée humaine et de la philosophie. D'un côté, nous vivons quotidiennement l'expérience de penser, ressentir et vouloir. De l'autre, cette faculté qui nous paraît si familière reste difficile à saisir véritablement. Qu’est-ce que la conscience exactement ? Est-elle une simple capacité de penser ? De se connaître soi-même ? Ou bien est-ce une réalité plus complexe, voire trompeuse ?
Depuis les penseurs grecs de l'Antiquité, la philosophie cherche à comprendre ce qui fait de l’être humain un sujet conscient. Toutefois, cette question prend une importance nouvelle à partir de l’époque moderne. Descartes voit dans la conscience le fondement de toute certitude. Freud, bien plus tard, remet en question cette affirmation en démontrant l'existence de l’inconscient, à l’origine de processus mentaux qui nous échappent. Sartre, enfin, associe la conscience à notre capacité de choisir et d'assumer nos actes.
Examiner les approches de ces trois penseurs permet de suivre une transformation capitale de la réflexion philosophique : le moi passe d'une assurance tranquille à une division intérieure, puis à une liberté pesante. Ces trois perspectives, pourtant très distinctes, constituent des références incontournables pour quiconque s'intéresse à la notion de conscience en philosophie.
Qu'entend-on par conscience en philosophie ?
De manière générale, la conscience désigne la faculté de percevoir ce qui se passe en nous : nos pensées, nos sentiments, nos actes. Être conscient signifie donc habiter pleinement son expérience, être présent à soi autant qu'au monde extérieur. Cette formulation apparemment simple recouvre pourtant plusieurs dimensions.
Les philosophes distinguent généralement deux formes de conscience. La conscience psychologique concerne notre vie intérieure : pensées, émotions, sensations. La conscience morale, elle, fait référence à notre capacité de discerner le bien du mal. Mais, en philosophie, on insiste surtout sur une caractéristique particulière : la conscience exige un retour réflexif sur soi. Je ne fais pas que penser, je sais que je pense.
Cette caractéristique, qui semble aller de soi, soulève rapidement des difficultés. Avons-nous réellement accès à tout ce qui se déroule en nous ? Nos pensées nous appartiennent-elles entièrement ? Contrôlons-nous vraiment nos actes ? Ces interrogations expliquent pourquoi la conscience devient un problème philosophique majeur.
Descartes, Freud et Sartre offrent trois éclairages radicalement différents sur ces questions. Chacun redéfinit à sa façon ce que nous appelons le moi et ce que signifie vivre consciemment.
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La conscience chez Descartes : l'existence du sujet comme point de départ indubitable
René Descartes occupe une place singulière dans l'histoire de la pensée occidentale. Son ambition est simple à énoncer : découvrir une vérité si solide qu'elle servirait de fondement à toute connaissance. Sa démarche pour y parvenir est audacieuse : soumettre toutes ses croyances au doute le plus rigoureux.
Descartes décide donc de douter de tout ce qui peut être mis en question. Nos sens nous égarent parfois, la réalité qui nous entoure pourrait n'être qu'apparence trompeuse, et même les vérités mathématiques pourraient être fausses si un esprit malin cherchait à nous tromper. Pourtant, au sein de cette remise en cause généralisée, quelque chose demeure incontestable : l'acte même de douter.
Dans cette situation naît la formule devenue célèbre : « Je pense, donc je suis ». Ce raisonnement, qu'on appelle le cogito, affirme que penser démontre nécessairement que j'existe. Quand bien même tout serait illusion, le fait que je pense ici et maintenant reste une évidence irréfutable.
Selon Descartes, la conscience s'identifie à l'activité de penser. Être conscient, c'est exercer sa pensée : interroger, désirer, se représenter des images, saisir des idées. La conscience se révèle immédiatement à elle-même. Nul besoin de démonstration extérieure pour constater ce fait. L’expérience de ma pensée m'est accessible de manière directe.
Pour Descartes, chaque être humain est avant tout un « sujet pensant », une « âme » séparée du corps. Il trace une frontière claire entre l'esprit, qui réfléchit, et le corps, qui appartient au monde matériel. La conscience devient le cœur de ce qui fait de nous des humains : je suis d'abord un esprit capable de penser.
Cette vision cartésienne a influencé durablement la philosophie. Mais elle pose des problèmes. Si la conscience est la base de toute connaissance, cela signifie-t-il que nous sommes complètement transparents à nous-mêmes ? Peut-on vraiment limiter la conscience à une pensée rationnelle qui se connaît parfaitement ? Qu'en est-il de nos émotions, de ces désirs qui nous échappent, de ces gestes que nous réalisons alors que nous aurions voulu faire autrement ? C'est justement sur ces parts obscures de nous-mêmes que Freud va porter son regard.

La conscience selon Freud : le moi n’est pas maître chez lui
Sigmund Freud et la psychanalyse ont complètement transformé notre façon de saisir la notion de conscience. Selon lui, ce dont on est conscient ne représente qu'une toute petite partie de ce qui se passe dans notre tête. La majorité de notre vie psychologique se joue ailleurs, dans une zone qu'on ne peut pas observer directement : l'inconscient.
Le psychisme selon Freud : trois instances qui s'affrontent
Comment Freud en est-il arrivé là ? En observant des choses étranges dans le comportement humain : nos rêves, les mots qui nous échappent sans qu'on le veuille, ces choses qu'on oublie sans raison apparente, ou encore ces angoisses dont on ne comprend pas l'origine.
Tous ces phénomènes montrent que des désirs et des pensées agissent en nous sans qu'on s'en rende compte. Du coup, l'idée de Descartes selon laquelle on se connaît parfaitement ne tient plus.
Pour expliquer le fonctionnement de notre psychisme, Freud identifie trois composantes :
- Le Ça : c'est l'ensemble de nos pulsions de base, qui cherchent la satisfaction immédiate.
- Le Surmoi : ce sont les interdits et les règles morales qu'on a intégrés depuis qu'on est petit.
- Le Moi : prisonnier entre les deux, il essaie de trouver un équilibre en tenant compte à la fois des pulsions du Ça, des exigences du Surmoi et de ce qui est possible dans la réalité.
Dans cette organisation, la conscience n'a plus le rôle principal. Le Moi subit l'influence de forces qu'il ne maîtrise pas vraiment. Freud résume cette idée par une phrase devenue célèbre : « Le moi n'est pas maître dans sa propre maison ».
La conscience devient donc quelque chose de limité et de vulnérable. Elle peut même se tromper sur les vraies raisons de nos actions. Par exemple, on peut croire qu'on prend une décision rationnelle alors qu'en réalité, c'est un désir inconscient qui nous guide. Cette approche ébranle nos représentations d’un sujet libre et totalement responsable de ses choix.
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Une pensée contestée mais décisive
Les thèses de Freud ont provoqué de nombreux débats. Certains philosophes lui reprochent de réduire l'être humain à des mécanismes qui suppriment sa liberté, tandis que d'autres soulignent la difficulté à prouver scientifiquement l'existence de l'inconscient. Malgré ces critiques, l'apport de Freud a profondément transformé notre compréhension du concept de conscience, modifiant durablement la notion même d'identité personnelle.

La conscience selon Sartre : entre liberté et responsabilité
Jean-Paul Sartre, penseur central de l'existentialisme au 20e siècle, propose une approche de la conscience qui rompt nettement avec les analyses freudiennes. S'il reconnaît que nous pouvons nous abuser nous-mêmes, il refuse catégoriquement l'idée d'un inconscient qui déterminerait nos actes à notre insu.
Pour Sartre, la conscience possède d'abord un caractère intentionnel : elle vise toujours un objet, une personne ou une situation. L’homme a besoin pour avoir réellement conscience de lui-même du rapport à autrui et du rapport aux choses. La conscience est en mouvement permanent, ouverte sur le monde. Contrairement à Descartes qui l'enfermait dans l'intériorité du sujet, Sartre montre qu'elle se projette sans cesse vers l'extérieur, vers les choses qui peuplent le monde et vers autrui. L’homme prend ainsi conscience de lui à travers le regard d’autrui, mais aussi par ses créations, ce qu’il réalise. Sans extériorité ni altérité, la conscience de soi semble impossible.
La conscience incarne également ce que Sartre nomme un « néant ». En d'autres termes, elle ne se confond jamais totalement avec nos émotions ou nos pensées immédiates. Grâce à ce recul, nous pouvons nous interroger, porter un regard critique sur nous-même et changer.
C’est cette capacité qui rend la liberté possible. Quand Sartre affirme que « l’existence précède l’essence », il veut dire que l’être humain n’est pas programmé à l’avance : il se définit par ses choix. Prendre conscience de soi, c’est donc assumer pleinement la responsabilité de sa manière de vivre.
Toutefois, porter cette liberté exige un véritable courage. Sartre identifie un mécanisme qu'il désigne sous le nom de mauvaise foi : ce procédé par lequel chacun peut fuir sa liberté en invoquant diverses justifications extérieures.
Une personne faisant preuve de mauvaise foi peut ainsi refuser la responsabilité d’une action en prétendant qu’en la réalisant, elle n'avait pas vraiment le choix, qu'elle a simplement obéi aux injonctions de son milieu social ou à son tempérament. Sartre y voit une manière de se mentir à soi-même.
La conscience selon Sartre se révèle donc ambivalente : elle nous libère tout en provoquant une certaine anxiété. Elle nous contraint à reconnaître que nous répondons de nos actes, sans pouvoir invoquer des forces obscures qui décideraient à notre place.
Trois regards sur la conscience
Les approches de Descartes, Freud et Sartre dessinent trois portraits distincts de ce que nous appelons le moi.
Descartes présente une conscience transparente, évidente et première. Elle donne accès à une connaissance certaine de soi. Freud, lui, dévoile une conscience partielle et souvent illusoire, traversée par des pulsions qu'elle ne maîtrise pas. Sartre, enfin, montre une conscience mobile, tournée vers l'avenir et foncièrement libre.
Ces trois perspectives incarnent autant de façons de concevoir le sujet humain : un sujet qui se connaît avec certitude, un sujet divisé entre plusieurs instances, et un sujet qui assume ses choix. Aucune de ces positions ne s'impose comme vérité absolue, mais chacune révèle un aspect important de notre expérience vécue.
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Conclusion
La conscience traverse l'histoire de la philosophie sans jamais se réduire à une seule approche. Descartes y voit le socle sur lequel repose toute connaissance véritable. Freud en dévoile les limites en mettant au jour ce qui échappe à notre regard intérieur : l'inconscient. Sartre, lui, fait de la conscience le théâtre où se joue notre liberté et où s'enracine notre responsabilité face au monde.
Ces trois manières d'envisager le sujet révèlent que la conscience représente tout autant une réalité vécue de l'intérieur qu'un défi intellectuel de première importance. Elles nous poussent à nous interroger : que veut dire exister en tant que soi ? Peut-on vraiment se connaître ? Dans quelle mesure sommes-nous libres d'agir ?
Plusieurs siècles après, ces questions n'ont rien perdu de leur pertinence. De nos jours, les progrès des neurosciences, qui explorent les mécanismes cérébraux de la pensée, et l'émergence de l'intelligence artificielle, qui interroge la nature même de l'esprit, leur donnent même une dimension nouvelle. La conscience s'impose ainsi comme un objet philosophique à la fois inépuisable et captivant.
En philosophie, la conscience désigne notre faculté de percevoir nos propres pensées, nos actes et notre existence. Elle suppose un retour sur soi-même, de se prendre soi-même comme objet de pensée : prendre conscience, c'est reconnaître que nous pensons et agissons.
La conscience correspond à notre aptitude à remarquer ce qui se passe en nous, à saisir nos émotions, nos idées, nos gestes. Elle nous permet de nous reconnaître comme des sujets pensants et non comme de simples objets.
Cette dimension de la conscience touche à la connaissance de soi, à l'exercice de la réflexion et à la perception de notre vie intérieure. Les philosophes l'envisagent différemment : Descartes y voit une évidence immédiate, Freud montre qu'elle reste partiellement obscurcie par l'inconscient, tandis que Sartre l'identifie à notre capacité d'être libres.
Cette formule « Je pense donc je suis » signifie que l'acte même de penser constitue la preuve irréfutable de mon existence. Peu importe l'ampleur de mes doutes, il reste une certitude absolue : si je doute, c'est que je pense, et si je pense, c'est que j'existe nécessairement.
Freud défend une idée révolutionnaire : ce que nous nommons conscience ne constitue qu'une infime partie de notre esprit. L'essentiel de notre existence mentale se joue ailleurs, dans des régions qui échappent à notre perception directe tout en pesant considérablement sur nos actes. Le moi, cette instance que nous prenons pour nous-mêmes, se trouve pris entre deux forces opposées : d'un côté les pulsions primitives (le ça) qui cherchent à se satisfaire immédiatement, de l'autre les normes morales intégrées (le surmoi) qui imposent leurs interdits. La conscience apparaît donc comme un espace restreint, coincé entre ces deux pôles.
Pour Sartre, la conscience est avant tout liberté. Aucune puissance cachée ne décide à notre place : nos choix manifestent ce que nous sommes véritablement. La conscience se rapporte toujours à un objet dans le monde, elle se projette constamment vers l'extérieur plutôt que de demeurer enfermée en elle-même.
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