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Pôle de recherche

Économie et Société

Le travail approprié

En prenant pour point de mire la notion de travail approprié et en exploitant les richesses de la polysémie de cet adjectif, l’équipe de recherche de ce séminaire interroge les formes de désappropriation du travail, les facteurs d’appropriation du travail par celui qui le réalise (travail soutenable, organisation du travail, définition de son contenu, de sa qualité), et les conditions d’une réappropriation de soi par le travail (travail à soi, construction de soi, sens au travail).

Les objectifs de la recherche :

- proposer les évolutions visant à faciliter la transition vers un travail approprié, concernant notamment le droit, la gouvernance, le management, la gestion, l’organisation...

 - faire émerger tant des perspectives d’humanisation du travail que des modalités ou leviers de mise en pratique de cette transformation du travail.

Le séminaire a ainsi pour but de produire des idées et propositions susceptibles d'être reprises par les décideurs politiques, économiques et syndicaux concernés.

Le travail connaît un regain d’attention. Depuis une vingtaine d’années, les conditions de travail, l’organisation du travail, la qualité des emplois occupent une place croissante dans la recherche. Travail de plateforme, télétravail, travail du care, quête de sens, reconnaissance du travail “essentiel”, intelligence artificielle, attrait des communs et coopératives, travail des jeunes ou des seniors… Autant de domaines largement étudiés qui témoignent des signes de bouleversements des rapports au travail dans nos systèmes productifs. Le débat public, syndical et politique s’est également emparé de ces transformations du travail et du rapport au travail.

Par ailleurs, les expérimentations se multiplient autour d’un travail libre et de nouveaux modes de coopération. Elles invitent à se demander comment retrouver une capacité d’agir sur le travail, individuellement et collectivement.

Pourtant, la recherche académique et les innovations dans le monde du travail ne trouvent qu’un faible écho auprès des acteurs. Les recettes managériales, de développement personnel et d'évaluation psychologique font florès alors que leur pertinence scientifique est plus que contestée. Les maux du travail sont toujours plus nombreux. Le morcellement des collectifs de travail se poursuit, les formes de contrôle du travail se sont individualisées et quantifiées, mesurant les temps, les gestes, les tâches et les « clics », à un niveau que l’intelligence artificielle promet encore de démultiplier. Le travail continue à s'intensifier, qu’il soit codifié et prescrit ou tendu vers l’innovation, l’autonomie et l’implication.

Alors que nos sociétés font face à une transition écologique et numérique, le travail ne trouve pas sa propre transition. Les employeurs en prennent du reste conscience, notamment au travers des questionnements qui leur remontent sur le sens et l’utilité du travail et des difficultés qu’ils ressentent à recruter, fidéliser et mobiliser leurs équipes.

Ces réflexions et difficultés suggèrent un besoin de réappropriation du travail, tant dans ses finalités que dans l’activité concrète.

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Département
Économie et Société
Période
2024 - 2026
statut
2024 - 2026
EN COURS
terminé
En partenariat avec
Le conseil scientifique

Eva Illouz, directrice d'études, EHESS

Antoine Lyon-Caen, professeur émérite, Université de Paris Ouest Nanterre La Défense

Pierre Musso, professeur honoraire, Télécom Paris

Blanche Segrestin, professeur, Mines ParisTech-PSL

L'équipe de recherche

Jean Agulhon, directeur général adjoint en charge des ressources humaines du groupe RATP

Karima Aitoufellah, directrice de cabinet, CFE-CGC

Bertrand Ballarin, ancien officier -armée de terre, puis directeur d'usines et responsable des relations sociales, Groupe Michelin

Jean-François Chanlat, professeur émérite, Université Paris-Dauphine PSL, professeur affilié HEC-Montréal

Marc-Éric Bobillier Chaumon, professeur, titulaire de Chaire de Psychologie du travail, Cnam - Laboratoire CRTD

Valérie Boussard, professeur de sociologie, directrice de l'IDHES

Grégor Bouville, professeur des Universités en Sciences de Gestion, Université Jean Moulin Lyon 3

Édouard Chamblay, doctorant en sociologie, CNAM/Lise

Bruno Clément-Ziza, directeur -Association française des entreprises privées

Mathieu Detchessahar, professeur des Universités, Institut d'Administration des Entreprises (IAE), Université de Nantes

Claude Didry, sociologue, CNRS-Centre Maurice Halbwachs

Claire Edey Gamassou, enseignante-chercheure en sciences de gestion, Université Paris-Est Créteil

Pierre Falzon, professeur émérite, Cnam-Centre de recherche sur le travail et le développement (CRTD)

Olivier Favereau, professeur émérite de sciences économiques, Université Paris Nanterre

Franck Fischbach, directeur du Master de philosophie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Corinne Gaudart, directrice de recherche, CNRS, LISE UMR 3320 et membre du GIS CREAPT

Pierre-Yves Gomez, professeur émérite, EM Lyon Business School, fondateur de l'Institut Français de Gouvernement des Entreprises (IFGE), EM Lyon/IFGE

Haud Guéguen-Porcher, MCF HDR en philosophie au Cnam, EPN 13, équipe "Sciences sociales du travail". Membre du Laboratoire CRTD, Cnam, et membre associée du Laboratoire Sophiapol, Université Paris-Nanterre

Philippe Jean, ancien responsable, Pôle National de Droit Social, Groupe EDF; ancien co-directeur, Master Droit social et gestion des RH, Université Paris Nanterre

Lucie Jubert-Tomasso, maîtresse de conférences en droit privé, Université de Rennes

Maroussia Krawec, secrétaire Confédérale, CFDT

Frédéric Laloue, haut fonctionnaire

Helena Lopes, professeur titulaire d’Économie Politique, Iscte-Institut Universitaire de Lisbonne

Laurence Matthys, chargée de missions, CFE-CGC

Sylvie Monchatre, sociologue, Université Lumière Lyon2, Institut d'Études du travail de Lyon, Centre Max Weber

Pierre-Olivier Monteil, philosophe, chercheur, enseignant, Université Paris-Dauphine et ESCP

Charles Parmentier, secrétaire confédéral en charge des transformations du travail, CFDT

Muriel Prévot-Carpentier, maîtresse de conférences en ergonomie, Université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis

Nicolas Sandret, médecin du travail, expert, Hôpital intercommunal de Créteil

Thibault de Tersant, DGA, Dassault Systèmes

Mariame Tighanimine, doctorante en sociologie au Lise, Cnam-CNR

Gervais Pellissier, président du Comité d’audit, des risques et de la conformité, membre du Comité de gouvernance et du développement durable

Stéphane Vernac, professeur de droit privé, Université Jean Monnet Saint-Etienne

Florence Weber, professeure, École normale supérieure-PSL/Centre Maurice Halbwachs

Le calendrier de réalisation

Le séminaire comprendra des séances plénières (dix demi-journées par an) et, éventuellement, des ateliers de travail.

Le mercredi 16 décembre 2026, le colloque conclusif du séminaire sera organisé au Collège des Bernardins. Il comprendra :

- une partie académique où seront présentées et discutées les conclusions et propositions émanant des recherches

- une partie présentation et discussion avec des acteurs responsables de la société civile

Les responsables scientifiques du programme produiront en outre un document de synthèse (~120 pages) dont la publication visera à porter les travaux à la connaissance des acteurs concernés (responsables politiques, économiques, syndicaux, etc.).

Compte-rendu des séances du séminaire

19 septembre 2024

Quelles technologies soutenables pour un travail approprié ? Vers une clinique des usages

Intervenant : Marc-Éric Bobillier Chaumon, psychologue du travail, professeur titulaire de la Chaire de psychologie du travail au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam)

L’intervenant a abordé trois grands axes, invitant à mener une réflexion sur ce que peut être un “travail médiatisé approprié” qui considère l’individu comme un acteur indispensable dans la conception d’une telle réflexion. Pour ce faire, M-E. Bobillier Chaumon suggère d’interroger la fonction des technologies de médiation, et de les envisager comme des instruments potentiels du développement de l’activité et donc, des “technologies soutenables”. Il s’intéresse ainsi à leurs effets sur la qualité du travail et sur la qualité de vie au travail. M-E. Bobillier Chaumon préconise également de penser les conditions d’acceptation de ces technologies via la notion d’"acceptation située”. Toute son approche s’inscrit dans la perspective d’une “clinique des usages” et plus globalement dans le cas d’une clinique du travail au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam).

17 octobre 2024

Une ethnographie du travail aux marges du salariat :travail approprié, travailleurs expropriés et personnes aliénées

Intervenant : Florence Weber, professeure émérite, École normale supérieure-PSL-Centre Maurice Halbwachs

L’intervention de Florence Weber s’articule autour de trois grands axes. Le premier propose d’historiciser la construction de l’anthropologie en tant que discipline en restituant le passage d’une expérience du voyage et de la rencontre à une discipline institutionnelle, puis au champ anthropologique contemporain. Le deuxième nous invite à penser le travail en termes d’appropriation, d’expropriation et d’aliénation à travers le concept de travail à-côté et d’enquêtes ethnographiques autour de la prise en charge des personnes dépendantes. Enfin, le troisième axe donne à voir une actualisation des connaissances produites par Florence Weber durant sa carrière pour opérer leur déplacement vers la sphère politique.

14 novembre 2024

Le travail comme appropriation. Généalogie et actualité d’un problème moderne

Intervenant : Haud Guéguen, philosophe, maîtresse de conférences HDR, Conservatoire national des arts et métiers (Cnam)

L’intervention de Haud Guéguen s’est articulée autour de deux grands axes invitant à mener une réflexion sur les catégories que sont le travail, l’appropriation, le propre et la propriété, et qui constituent un réseau conceptuel au centre de ce séminaire, et au-delà. Pour ce faire, Haud Guéguen a discuté le traitement strictement opposé qui leur a été fait par deux grandes figures intellectuelles : le premier, John Locke, considéré comme l’un des pères du libéralisme et de l’“individualisme possessif”. Le second, Karl Marx, l’un des fondateurs du socialisme, du communisme, et de ce qui peut être désigné comme “individualisme naturaliste” ou “inclusif”.

Après avoir construit et articulé un débat entre Locke et Marx, Haud Guéguen a conclu son intervention en questionnant l’actualité de ces deux visions, aussi bien dans les travaux de sciences sociales que dans nos sociétés et systèmes politiques contemporains.

 

12 décembre 2024

Capitalisme spéculatif et métamorphoses du travail : 50ans d’histoire

Intervenant : Pierre-Yves Gomez, économiste, professeur émérite à l’EM Lyon

Pierre-Yves Gomez introduit son propos en explicitant le point de vue à partir duquel il base son analyse, à savoir la gouvernance d’entreprise. Ce choix méthodologique repose sur la conviction qu’il est impensable de réfléchir à l’appropriation du travail sans s’intéresser à la manière dont les dirigeants conçoivent, légitiment et mettent en œuvre les techniques et pratiques nécessaires à la gestion du travail. Cette introduction est suivie d’une prise de parole sur une nouvelle forme de capitalisme que Pierre-Yves Gomez qualifie de « spéculatif ». Ce capitalisme spéculatif s’est développé selon plusieurs phases au sein des gouvernances d’entreprise. La première, marquée par la financiarisation, a émergé dans les années 1970. Elle a été suivie par la digitalisation à la fin des années 2000, puis par la sociétalisation, qui caractérise l’ère capitaliste actuelle depuis le milieu des années 2010.

 

14 janvier 2025

Dialogue professionnel : comment le droit réceptionne les savoirs extérieurs

Intervenant : Lucie Jubert-Tomasso, juriste, maîtresse de conférences en droit privé et sciences criminelles, Université de Rennes

Lucie Jubert-Tomasso introduit son propos en explicitant le point de vue du droit du travail à partir duquel elle base son analyse, qui suppose une gymnastique pour réceptionner et traduire certaines catégories des sciences humaines et sociales en termes juridiques, révélant des impensés volontaires et fonctionnels dans le droit du travail.

Après avoir défini le dialogue professionnel et identifié son émergence dans le droit du travail, Lucie Jubert-Tomasso met en relation cet espace de discussion avec les autres formes connues du dialogue social et du droit d’expression directe et collective. À travers l’étude attentive des textes sur le dialogue professionnel, elle montre que le droit du travail est globalement frappé de cécité à l’égard du travail-activité, de la ligne hiérarchique ou de l’informalité des espaces de discussion.

Elle conclut son intervention en affirmant que s’il n’est pas certain que l’État puisse directement obliger les employeurs à entendre la parole des travailleurs, le droit doit permettre aux travailleurs de se faire entendre par le biais de certains cadres institués légalement.

 

13 février 2025

Ce que la codétermination dit du travail

Intervenant : Olivier Favereau, économiste, professeur émérite de sciences économiques, Université de Paris Nanterre

L’intervention d’Olivier Favereau s’est articulée autour de quatre grands axes nous invitant à mener une réflexion sur ce qu’est la codétermination, et sur ce qu’elle peut nous dire du travail en général, et du travail approprié en particulier. Tout au long de son intervention, en mobilisant notamment des travaux d’économistes, de juristes et de philosophes, Olivier Favereau a mis en avant les grandes caractéristiques de la codétermination, régime de gouvernement des entreprises privées qu’il considère révolutionnaire, et qui repose sur deux piliers.

Le premier pilier se situe du côté des conseils d’administration ou de surveillance, soit les organes dirigeants des sociétés anonymes qui ont la responsabilité des orientations stratégiques. La codétermination permet ainsi aux représentant·e·s des actionnaires et des salarié·e·s de disposer des mêmes droits. Le deuxième pilier quant à lui se trouve à la base de l’entreprise, du côté du conseil d’établissement ou “works council” en anglais. Composé exclusivement de représentant·e·s élu·e·s des salarié·e·s, il est l’occasion d’un partage des prérogatives en matière d’organisation du travail entre le conseil d’établissement et le management.

18 mars 2025

Séance de travail de l'équipe de recherche, avec des intervenants

Intervenants : Bertrand Ballarin, ancien directeur d’usines et responsable des actions sociales; Claire Edey Gamassou, enseignante-chercheuse en sciences de gestion, Université Paris Est-Créteil; Olivier Favereau, professeur émérite d’économie, Université Paris Nanterre, Maroussia Krawec, secrétaire confédérale à la CFDT; Frédéric Laloue, haut fonctionnaire; Laurence Matthys, chargée de missions à la CFE-CGC; Sylvie Monchatre, professeure de sociologie, Université Lumière Lyon 2.

29 avril 2025

La chaîne comme appropriation du travail ? à propos de quelques relectures du travail à la chaîne

Intervenant : Claude Didry, sociologue, directeur de recherche au CNRS et membre du Centre Maurice Halbwachs

Dans son intervention, Claude Didry propose une relecture de l’ouvrage Un travail à soi de Philippe Bernoux, qu’il situe dans la continuité des réflexions sur l’appropriation du travail et des formes collectives d’organisation ouvrière. Dans une première partie, il revient sur la démarche de P. Bernoux, nourrie par l’observation du travail à la chaîne chez Berliet, et sur sa manière d’articuler sociologie des organisations et analyse du travail. Claude Didry montre comment P. Bernoux met en évidence l’existence d’une « organisation clandestine » échappant aux structures hiérarchiques, au sein de laquelle se déploient des pratiques d’appropriation collective : vivre dans l’usine, lutter à travers la grève, et exister en s’appropriant son activité. Ces formes d’autonomie ouvrière révèlent une rationalité propre du travail collectif, fondée sur la coopération, la résistance et la recherche de sens dans un univers contraint.

Dans une deuxième partie, Claude Didry s’emploie à en dégager les prolongements juridiques et historiques. En articulant cette réflexion à une sociologie du droit du travail, il montre comment la stabilisation du contrat à durée indéterminée, l’institution de la grève avec occupation et la reconnaissance des qualifications traduisent concrètement cette dynamique d’appropriation. Ces dispositifs incarnent la manière dont les collectifs de travail se sont constitués comme sujets de droit, transformant les rapports de subordination en relations encadrées et négociables. En conclusion, Claude Didry souligne que cette théorie de l’appropriation conserve toute son actualité. Le travail n’est pas seulement un lieu de domination, mais aussi un espace d’organisation, de résistance et de reconstruction politique du collectif, où s’articulent droit, expérience et émancipation.

3 juin 2025

Conditions de travail, développement et appropriation

Intervenante : Muriel Prévot-Carpentier, maîtresse de conférences en ergonomie, Université Paris 8

Muriel Prévot-Carpentier propose de traiter trois points.

Le premier point est consacrée au sujet en activité et à l’appropriation, en lien avec la question de la normativité biologique et sociale. Cette partie se centre sur l’approche de Georges Canguilhem, souvent bien connue mais que Muriel Prévot-Carpentier estime insuffisamment approfondie dans ses implications concernant l’humain au travail. Elle met en lumière ce que cette approche révèle sur l’humain au travail et, plus particulièrement, sur les effets du déni de cette approche dans le contexte professionnel.

La deuxième point aborde la démarche ergologique initiée par Yves Schwarz. Muriel Prévot-Carpentier illustre cette démarche à travers l’exemple concret d’un dispositif d’intervention mis en place à l’ANPE (plus tard Pôle Emploi et désormais France Travail). Bien que ce dispositif soit quelque peu daté, son initiative d’envergure l’éloigne d’une obsolescence scientifique.

Le troisième point permet à Muriel Prévot-Carpentier de présenter une modélisation des conditions de travail issue du dispositif de recherche-intervention qu’elle a mené à l'ANPE. Cette partie traite des dispositifs visant à promouvoir la mise en débat des normes de l’activité dans les milieux de travail, tout en abordant leurs limites.

26 juin 2025

Conditions temporelles d'un travail (in)approprié

Intervenante : Corinne Gaudart, ergonome, directricede recherche au CNRS

Dans son intervention, Corinne Gaudart revient d’abord surles filiations intellectuelles et disciplinaires qui nourrissent sa réflexionsur les temporalités du travail. Elle inscrit son approche dans un dialogue entre ergonomie, sociologie, histoire et psychologie, en montrant comment ces disciplines ont chacune contribué à penser la pluralité des temps comme condition de santé et de développement. Dans la première partie, elle précise sa posture épistémologique, fondée sur le « point de vue de l’activité », qui permet d’interroger les formes contemporaines d’un travail inapproprié, marqué par des pressions temporelles croissantes. À travers la notion de « modèle de la hâte », Corinne Gaudart analyse les logiques d’accélération et d’intensification du travail, leurs effets sur la santé, la coopération et les parcours professionnels, mais aussi les résistances et ajustements que les collectifs mettent en œuvre pour préserver le sens et la qualité du travail.

Dans une deuxième partie, Corinne Gaudart s’emploie à mettre en lumière « les temps qui comptent », ces temporalités invisibilisées par le modèle dominant mais essentielles à un travail soutenable. Elle montre que ces temps, loin d’être marginaux, constituent des ressources fondamentales pour la santé et l’émancipation au travail. En conclusion, Corinne Gaudart ouvre deux perspectives : l’une scientifique, visant à consolider un cadre interdisciplinaire fondé sur l’idée que l’action produit le temps ; l’autre pragmatique, invitant à repenser l’organisation du travail et les politiques publiques à partir de ces exigences temporelles, afin de favoriser un travail véritablement approprié.

25 septembre 2025

Le travail comme aspiration

Intervenante : Isabelle Berrebi-Hoffmann, directrice de recherche au CNRS Lise

Lors de cette séance, Isabelle Berrebi-Hoffmann a présenté son projet de recherche autour du « travail comme aspiration ». Après avoir rappelé son parcours et ses enquêtes sur les mondes numériques et les transformations du travail, elle a montré que les catégories classiques(salarié/indépendant, public/privé, etc.) ne suffisent plus à comprendre les bouleversements actuels. Elle distingue ainsi trois rapports au travail – comme investissement, comme mode de vie et comme aspiration – et avance l’hypothèse d’une crise de la capacité à se projeter par le travail vers une vie meilleure.

Des thématiques ont été explorées :

-       La question de la gouvernance des entreprises et l’idée d’un « code du bon travail ».

-       La dimension transversale des temps de travail et de vie, en lien avec la santé, l’organisation et la rémunération.

-       La prescription, en élargissant la réflexion à l’espace de travail, au rôle du droit et à l’écart entre le prescrit et le réel.

-       Le dialogue professionnel, en distinguant ses fonctions, ses conditions d’existence et son degré de formalisation.

 

16 octobre 2025

Intervenants:

Nouveaux enjeux et contours du travail et leurs conséquences

Jean Agulhon, DRH du Groupe RATP

Les pratiques managériales : réflexions autour d’une action publique propice à un travail approprié

Frédéric Laloue, inspecteur général des affaires sociales (IGAS) et professeur associé à l’université de Paris-Nanterre (IPAG)

Dans son intervention, Jean Agulhon développe une réflexion centrée sur le rapport paradoxal des Français·es au travail, perçu à la fois comme une source d’émancipation et un facteur d’aliénation. Il s’attache à comprendre comment ces deux dimensions coexistent et s’articulent, notamment dans un contexte de transformations profondes, comme celles que connaît la RATP avec l’ouverture à la concurrence. Il insiste ensuite sur la nécessité de réconcilier la société avec une vision plus positive du travail, en valorisant d'une part l’investissement dans la qualité et la reconnaissance du travail bien fait, et d'autre part la promotion de la responsabilité et de l’autonomie des salariés, qui doivent être au cœur d’un dialogue renouvelé sur le sens et la valeur du travail.

Frédéric Laloue présente un travail consacré aux pratiques managériales, fondé sur un rapport qu’il a coécrit pour l’IGAS, publié en juin 2024 et intitulé Les pratiques managériales dans les entreprises et les politiques sociales en France. Ce rapport adopte une approche comparative internationale. Quatre pays ont été étudiés : l’Allemagne, la Suède, l’Irlande et l’Italie. Frédéric Laloue tire le premier constat central qu’il existe un large consensus international sur ce qui définit un bon management. Deux pratiques managériales font consensus : la participation des travailleurs et la reconnaissance du travail. D’autres pratiques apparaissent également, bien qu’elles soient moins unanimement citées : l’autonomie, la clarté des rôles, la décentralisation des décisions, la réduction des niveaux hiérarchiques et la modération du reporting. Les comparaisons européennes montrent que la France se situe en dessous de la moyenne sur les trois critères principaux : reconnaissance, participation et autonomie. Sur la base des constats établis dans le rapport, l’équipe de l’IGAS a formulé plusieurs recommandations, tout en prenant soin de ne pas plaquer mécaniquement les modèles étrangers sur la réalité française.

18 novembre 2025

Intervenants :

Notre travail approprié

Pierre Falzon, professeur émérite, Centre de recherche sur le travail et le développement, Conservatoire national des Arts et Métiers

Conditions concrètes d’un travail approprié : le point de vue d’un praticien

Bertrand Ballarin, ancien directeur d'usines et ancien directeur des relations sociales, Groupe Michelin

Cette séance du séminaire explore la notion complexe de « travail approprié » à travers deux prismes : l'évolution épistémologique de l'ergonomie et une expérimentation managériale de grande ampleur chez Michelin. Les deux interventions convergent vers une même conclusion : le travail ne peut être approprié que s'il est l'objet d'une co-construction et d'une liberté laissée aux acteurs de terrain.

À l'issue des interventions, plusieurs lignes de force émergent :

- La fin du modèle médical : tant l'ergonome que le manager doivent cesser de "diagnostiquer et prescrire" pour devenir des facilitateurs de l'autonomie.

- Le problème du Management : le "middle management" est souvent le parent pauvre. Il ne faut pas le blâmer, mais repenser son rôle : passer du contrôle à l'organisation de la délibération.

- Le travail comme espace politique : l'intervention sur le travail est politique. Elle nécessite de créer des espaces (même temporaires) de démocratie ou de subsidiarité pour que le réel puisse remonter.

- La limite existentielle : B. Ballarin insiste sur le fait qu'un travail approprié ne doit pas « recouvrir toute la vie ». La qualité du loisir et de la vie intérieure est indissociable d'un rapport sain au travail.

 

16 décembre 2025

Histoires de freins et de stimuli à l’appropriation du travail

Intervenant : Thibault de Tersant, ancien DGA et secrétaire général de Dassault Systèmes

À travers son intervention, Thibault de Tersant analyse les conditions qui permettent aux collaborateurs de s’approprier durablement leur travail ou, au contraire, de s’en désengager. Il pose une problématique centrale : comment l’entreprise peut-elle atteindre ses objectifs économiques sans appropriation du travail, et quels en sont les leviers concrets ? Son analyse s’articule autour de cinq facteurs clés. Il montre d’abord l’importance du sens, fondé sur une mission claire et incarnée. Il souligne ensuite le rôle déterminant du management et de la hiérarchie, capables autant de renforcer que de détruire l’engagement. Il examine le poids des moyens et des processus organisationnels, qui peuvent favoriser l’autonomie ou, au contraire, bloquer la mobilité et fragmenter le travail. Il insiste également sur l’équipe comme cœur de l’aventure collective, condition essentielle de l’appropriation. Enfin, il met en lumière la fierté du travail bien fait comme moteur puissant de l’engagement, notamment lorsque les équipes relèvent des défis ambitieux et porteurs de sens.

En conclusion, Thibault de Tersant affirme que l’appropriation du travail est une condition indispensable de la performance durable. Elle repose sur une vision humaniste de l’entreprise, dans laquelle les collaborateurs sont considérés comme une fin en soi, et non comme de simples moyens de production.

15 janvier 2026

Synthèse des précédents séminaires. Propositions 

Intervenant : Cyril WOLMARK, co-directeur du programme de recherche du séminaire Le travail approprié du Collège des Bernardins

Cyril Wolmark propose une réflexion exploratoire sur les manières de qualifier le « bon travail » ou le « travail désirable » à partir d’un large parcours des sciences sociales du travail. Constatant à la fois la rareté des propositions normatives et la dispersion des vocabulaires, il identifie huit qualificatifs récurrents qu’il regroupe en cinq grandes familles. La première, celle du travail décent ou respectueux vise la justice sociale, la protection des personnes et de l’environnement, mais laisse en partie de côté le contenu concret de l’activité. La deuxième, celle du travail autodéterminé, valorise l’accomplissement de soi et l’idéal artisanal, tout en tendant à négliger la dimension collective du travail. La troisième, celle du travail reconnu ou vivant, insiste sur l’activité réelle, la qualité du travail et les conditions permettant l’engagement de l’intelligence, en articulant sens, reconnaissance et pouvoir d’agir, mais sans toujours intégrer les rapports de pouvoir. La quatrième, celle du travail capacitant ou réellement humain, met l’accent sur le développement des capacités des travailleurs dans des environnements favorables, faisant du travail un vecteur d’émancipation. Enfin, la cinquième, celle du travail approprié, que Cyril Wolmark considère comme la plus féconde, propose de dépasser les définitions substantielles pour penser un travail ajusté à la vie sociale, aux singularités des personnes et au pouvoir d’agir dans l’activité, en soulignant le rôle central de la stabilité de l’emploi et des ressources qu’elle offre pour résister à la dépossession et construire un travail véritablement maîtrisé.

 

Intervenant : Jean-Baptiste BARFETY, co-directeur du programme de recherche du séminaire Le travail approprié du Collège des Bernardins

Jean-Baptiste Barfety propose une réflexion approfondie sur le travail approprié à partir d’une interrogation centrale :comment peut-on se sentir dépossédé d’un travail dont on n’a pas la propriété ? Il montre que l’appropriation ne renvoie pas à la possession, mais à un rapport vivant à l’activité, dont la perte constitue une forme de dépossession. Le travail approprié se décline alors en plusieurs sens : travail ajusté au réel, protégé des accaparements (managérial, technologique, temporel), et non envahissant pour la vie hors travail. Il ne s’agit pas d’un état mais d’un processus dynamique d’émancipation, par lequel les travailleurs transforment les normes, construisent leur expérience et retrouvent une capacité d’agir. Cette appropriation est toutefois fragilisée par diverses formes de captation du travail, mais peut être soutenue par des stratégies de résistance, des dynamiques collectives et une certaine stabilité de l’emploi. Pour répondre aux limites du droit du travail, peu attentif au travail réel et aux collectifs, Jean-Baptiste Barfety propose enfin la notion de contrat d’équipe, conçue comme un outil souple (charte ou déclaration) permettant de formaliser les règles, les valeurs et les conditions du travail au niveau du collectif. Ce dispositif vise à rapprocher droit formel et activité réelle, à renforcer le pouvoir d’agir des équipes et à transformer le management en fonction de facilitation, dans une logique de subsidiarité et de co-construction du travail.

 

11 février 2026

Approprié, bon et collégial, l’ABC du travail en justesse ?

Intervenant : Claire EDEY-GAMASSOU, enseignante-chercheuse en sciences de gestion, Université Paris-Est Créteil

Claire Edey Gamassou propose de compléter la réflexion sur le « travail approprié » en y ajoutant les dimensions décisives du « bon » et du « collégial ». Elle défend l’idée d’un travail pensé en justesse, c’est-à-dire remis à sa juste place dans l’existence, et non érigé en centre absolu de la vie. Le travail approprié ne doit pas relever d’une adaptation imposée d’en haut, mais d’un ajustement construit dans l’interaction, la coordination et la délibération, avec des ressources suffisantes pour agir, résister et coopérer. Claire Edey Gamassou montre aussi qu’un tel travail ne peut être pensé indépendamment des formes d’organisation et de management qui le rendent possible. En mobilisant notamment Mintzberg, elle insiste sur le rôle central de la coordination, du collectif et de ce qu’elle désigne, à la suite de ses travaux, comme une logique de communityship, fondée sur la responsabilité partagée plutôt que sur la seule autorité hiérarchique. Ses analyses du télétravail et du modèle exigences-ressources soulignent que les conditions concrètes d’organisation influencent directement la santé, la motivation et le sentiment d’appartenance. Claire Edey Gamassou met ainsi en avant le rôle crucial de l’encadrement dans la préservation des ressources au travail et dans la capacité à transformer certaines exigences en appuis, tout en rappelant que le travail doit rester ajusté à la diversité des rapports que chacun entretient avec lui.

 

Synthèse des précédents séminaires. Propositions 

Intervenant : Isabelle BERREBI-HOFFMANN, co-directrice du programme de recherche du séminaire Le travail approprié du Collège des Bernardins

Isabelle Berrebi-Hoffmann propose de relire les échanges du séminaire à partir de quatre grandes entrées étroitement liées, celle de l’individu, celle des relations de travail, celle des conditions d’institutionnalisation d’un bon travail et celle du travail encastré dans les modes de vie. Cette manière de reformuler les débats lui paraît plus heuristique que les oppositions classiques entre individu, organisation, système ou niveaux d’analyse, et plus fidèle à ce que le groupe a effectivement construit collectivement.

Isabelle Berrebi-Hoffmann propose plusieurs pistes deréflexion qu’elle choisit de dégager des travaux du groupe : 

  • L’élargissement possible des droits d’intervention sur le travail.
  • La logique de rééquilibrage face aux asymétries de pouvoir croissantes dans le monde du travail.
  • La protection et la conservation dans le temps des environnements de travail vertueux.
  • La lutte contre les espaces de travail où l’on perd en santé, en énergie ou en capacité d’agir.

 

18 mars 2026

Le labeur, relation entre l’homme et la nature, peut-il être approprié ?

Intervenants :

Helena LOPES, professeure à l’Iscte- Institut Universitaire de Lisbonne

Olivier FAVEREAU, professeur émérite de sciences économiques à l’université de Paris Nanterre, codirecteur du département Économie et société du Collège des Bernardins de 2009 à 2018

Ce que la minorisation du travail fait à son appropriation

Intervenant : Sylvie MONCHATRE, professeure en sociologie, Université Lyon2, Centre Max Weber

 

Helena Lopes propose une réflexion sur le labeur à partir de Hannah Arendt et Simone Weil, en le définissant comme l’ensemble des activités nécessaires à la reproduction de la vie et au maintien des conditions matérielles de l’existence. Elle montre que la condition humaine repose sur deux nécessités irréductibles, la nature et le labeur, qui rendent possible la vie mais qui demeurent pourtant profondément dévalorisés dans les sociétés modernes. En retraçant l’héritage de la hiérarchie grecque entre activités nobles et activités serviles, elle souligne que le labeur, parce qu’il engage le corps, la nécessité et la dépendance à l’égard de la nature, continue d’être socialement méprisé et relégué à des travailleur·euses souvent invisibilisé·es, précaires et faiblement reconnu·es, comme l’a particulièrement révélé la crise du Covid. Elle défend alors l’idée que cette dévalorisation ne pose pas seulement un problème de justice sociale, mais révèle plus profondément un rapport dégradé à notre condition incarnée et terrestre, marqué par le refus du corps, des limites et de la dépendance écologique. Dans le contexte contemporain de crise environnementale, elle invite dès lors à revaloriser le labeur en montrant qu’il peut devenir une activité appropriée.

 

Olivier Favereau propose une réflexion complémentaire sur les liens entre travail, nature et gouvernance des entreprises, en partant d’une critique adressée à la codétermination selon laquelle il faudrait désormais intégrer la nature plutôt que le travail dans les instances de décision. Il examine deux approches. La première, dite de cogestion socioécologique, repose sur une symétrie entre capital financier, capital humain et capital naturel, conçus comme des capitaux à préserver, ce qui conduit à envisager une gouvernance tripartite et à interpréter l’usage du travail et de la nature comme une dette que l’entreprise doit rembourser. Toutefois, cette approche pose problème en traitant la nature comme extérieure au travail. La seconde, celle de l’écodétermination, rompt avec cette symétrie stricte en affirmant que le travail est inséparable de la nature, puisqu’il consiste toujours à la transformer, et qu’il s’inscrit en son sein plutôt qu’en face d’elle. Dès lors, la nature ne peut être représentée qu’à travers le travail lui-même, ce qui conduit à repenser la responsabilité écologique comme une obligation portée par les acteurs de l’entreprise, notamment via des dispositifs spécifiques comme un comité dédié. À partir de cette analyse, Olivier Favereau interroge la possibilité d’un travail approprié, entendu comme un travail conscient de ses effets sur le monde, notamment environnementaux, et souligne que les conditions actuelles de gouvernance empêchent largement unetelle appropriation, les travailleur·euses étant privés des moyens de comprendre et de maîtriser les conséquences de leur activité.

 

Ce que la minorisation du travail fait à son appropriation

Intervenant : Sylvie MONCHATRE, professeure en sociologie, Université Lyon2, Centre Max Weber

Sylvie Monchatre propose une analyse sociologique du travail minorisé en interrogeant les conditions dans lesquelles certaines activités essentielles à la reproduction sociale demeurent dévalorisées et interroge les conditions de son appropriation. Elle rappelle d’abord que la sociologie du travail a longtemps appréhendé l’activité à travers la subordination salariale, avant de montrer, à la suite de travaux plus récents, que le travail peut aussi être un lieu d’engagement et d’appropriation. Elle introduit alors la notion de travail minorisé pour désigner des activités d’entretien, de sécurisation et de reproduction des personnes et des espaces, à la fois indispensables, déléguées et reléguées, dans le cadre de rapports sociaux de genre, de classe et de race, dont témoignent les dynamiques de segmentation du marché du travail. La sous-traitance de ces activités se traduit par des relations d’emploi triangulaires entre entreprise cliente, prestataire et salarié·e, qui ont un impact non seulement sur les conditions d’emploi mais également de travail. L’activité externalisée sur place se caractérise par une forte hétéronomie, un exercice en milieu ouvert, des environnements de travail inégalement hospitaliers et est marquée par l’empreinte de la domesticité. Dans ces conditions, l’appropriation du travail apparaît précaire, l’engagement dans l’activité prend des formes défensives, les travailleur·euses cherchant à se protéger d’exigences additionnelles de clients qui ne sont pas toujours des alliés. Plus largement, cette analyse met en évidence le rôle actif des entreprises dans la production de dynamiques ségrégatives qu’elles prétendent combattre. Elle interroge les frontières de la collectivité de travail et invite plus largement à penser le travail à la lumière des interdépendances entre production et reproduction.

 

Mercredi 16 décembre 2026

Le colloque conclusif de ce programme de recherche

Le partenaire

Recherche en partenariat avec le CNRS