Saint François d'Assise : vie, pauvreté et héritage spirituel

Fils d’un riche drapier d’Assise, François a tout quitté pour vivre pauvre parmi les pauvres et fonder l’ordre des Frères mineurs. Huit cents ans après sa mort, en 1226, le Poverello continue d’inspirer chrétiens, artistes et défenseurs de la Création.

Publié le
27/10/26
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En 2026, l’Église et l’Italie célèbrent les 800 ans de la mort de saint François d’Assise. Pour comprendre cette figure, il faut revenir à l’Italie centrale du tournant des XIIe et XIIIe siècles. Les villes s’y développent et une bourgeoisie de marchands, les minores, s’enrichit face à la vieille noblesse des maiores ; les cités rivales se font la guerre, comme Assise et Pérouse. En réaction à cette société de plus en plus portée sur le faste, des mouvements de pauvreté réclament un retour à l’Évangile, certains basculant même dans la dissidence : c’est le cas des Vaudois, disciples du marchand lyonnais Valdès, ou des Humiliés de Lombardie, condamnés ensemble par le pape Lucius III en 1184. Le pape Innocent III s’efforce alors de canaliser ces aspirations au sein de l’Église, en réconciliant par exemple une partie des Humiliés dès 1201.

C’est dans ce contexte que naît, à Assise, en 1181 ou 1182, Giovanni di Pietro Bernardone, que l’histoire retiendra sous le nom de François d’Assise. Fils d’un riche drapier, il mène une jeunesse insouciante et rêve de gloire chevaleresque. Fait prisonnier en 1202 lors de la bataille de Collestrada, qui oppose Assise à sa rivale Pérouse, il passe près d’un an en captivité, puis tombe gravement malade. Vers 1205, parti rejoindre l’armée pontificale dans les Pouilles, il rebrousse chemin à Spolète, renonce aux armes et, au terme d’une lente conversion, choisit de vivre pauvre parmi les pauvres. Vers 1209-1210, Innocent III approuve oralement sa première règle : l’ordre des Frères mineurs, ou franciscains, est né. En 1219, il rejoint les croisés en Égypte. En 1223, Honorius III approuve la règle définitive, dite Regula bullata. En septembre 1224, retiré sur le mont de l’Alverne, il reçoit les stigmates, des plaies semblables à celles du Christ crucifié, aux mains, aux pieds et au côté ; c’est le premier cas de stigmatisation rapporté par les sources. Il meurt le 3 octobre 1226 à la Portioncule, une petite église près d’Assise, et Grégoire IX le canonise à Assise dès le 16 juillet 1228.

“Comment ce jeune homme promis au négoce a-t-il bouleversé l’histoire du christianisme ?”

Retour sur sa conversion, sur l’idéal de pauvreté qui fonde la famille franciscaine, puis sur son héritage spirituel et artistique.

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Tableau de Philip Fruytiers : saint François d'Assise debout en habit de bure, les bras ouverts et les yeux levés vers le ciel, entouré d'angelots
Philip Fruytiers, Saint François d’Assise, XVIIe siècle

La conversion de François d’Assise : du fils de marchand au Poverello

La conversion de François n’a rien d’une illumination soudaine : c’est un cheminement de plusieurs années, entre 1204 et 1208. Son premier seuil est la rencontre avec les lépreux. Dans son Testament, il confie que leur vue lui semblait « extrêmement amère », jusqu’à ce que le Seigneur le conduise parmi eux : ce qui était amer fut alors changé « en douceur de l’âme et du corps ».

“En surmontant sa répulsion, il fait l’expérience concrète de la miséricorde.”

En 1205, dans la chapelle délabrée de Saint-Damien, il entend le crucifix lui demander de « réparer sa maison qui tombe en ruine ». Prenant d’abord l’appel au pied de la lettre, il vend des étoffes de la boutique paternelle pour restaurer le sanctuaire.

Tableau de Paul Bril : saint François d'Assise agenouillé en prière devant un crucifix et un crâne, dans un paysage boisé avec une cascade
Paul Bril, Saint François d’Assise en méditation

Ce geste provoque la colère de son père, qui l’assigne en justice devant l’évêque Guido au printemps 1206. Sur la place d’Assise, François lui rend son argent et se dépouille de ses vêtements, déclarant n’avoir désormais d’autre père que le « Notre Père qui êtes aux cieux ». Par cette scène, il tourne le dos à l’héritage, au rang social et à l’accumulation des biens qui faisaient la fierté de son milieu. Le sens de sa vocation se précise enfin en 1208 : à la Portioncule, l’Évangile de l’envoi des apôtres, sans or ni bourse ni sandales, lui révèle qu’il est appelé à prêcher en vivant dépouillé.

“Il devient alors le Poverello, le « petit pauvre » d’Assise.”

Pauvreté et ordre franciscain : une forme de vie évangélique

Pour François, la pauvreté est plus qu’une vertu : c’est le fondement d’une manière de vivre selon l’Évangile, sine proprio, « sans rien en propre ». Les frères ne possèdent rien, ni individuellement ni en commun, et ne doivent pas même toucher l’argent, au sens propre : la règle de 1223 leur interdit de recevoir pièces ou monnaie, directement ou par un intermédiaire ; ils vivent de leur travail ou, à défaut, de l’aumône. Ils se nomment « mineurs », les plus petits, signe d’humilité : aucun frère ne doit exercer de pouvoir sur les autres, et ceux qui les dirigent ne portent pas le titre de prieur ou d’abbé, mais celui de « ministres », c’est-à-dire de serviteurs.

“Contrairement aux moines, liés à un monastère, ils parcourent les routes pour prêcher : le monde devient leur cloître.”
Tableau d'Henri Martin : saint François d'Assise, silhouette auréolée en habit de bure, debout seul dans une vaste campagne sous un ciel clair
Henri Martin, Saint François d’Assise

Cet idéal gagne vite d’autres états de vie. En 1212, Claire d’Assise fonde avec lui l’ordre des Pauvres Dames, les futures Clarisses, qui vivent la même exigence de pauvreté, mais dans la clôture : retirées dans leur monastère, qu’elles ne quittent pas, elles se consacrent à la prière plutôt qu’à la prédication itinérante. Vers 1221, le Tiers-Ordre, aujourd’hui Ordre franciscain séculier, l’ouvre aux laïcs mariés et engagés dans la société.

Après la mort du fondateur, la question de la pauvreté divise la famille franciscaine. À mesure que l’ordre grandit et s’institutionnalise, les papes assouplissent la règle, tandis que les « Spirituels » défendent l’intention originelle de François. Ces débats entraînent plusieurs divisions : en 1517, Léon X sépare les Frères mineurs de l’Observance des Conventuels, puis les Capucins sont reconnus en 1528. Le premier ordre compte ainsi aujourd’hui trois branches : les Frères mineurs (OFM), les Frères mineurs conventuels (OFM Conv.) et les Frères mineurs capucins (OFM Cap.), auxquelles s’ajoutent les Clarisses, le Tiers-Ordre régulier et l’Ordre franciscain séculier. Le philosophe Giorgio Agamben, dans De la très haute pauvreté, voit dans l’idéal franciscain l’invention d’une « forme-de-vie » : la règle franciscaine n’est pas un code extérieur que l’on applique, mais une manière de vivre qui se confond avec l’existence même des frères. Pour rester fidèles à la pauvreté, ceux-ci distinguent la propriété des biens, à laquelle ils renoncent, de leur simple usage : ils se servent du nécessaire sans rien posséder, la propriété étant confiée au Saint-Siège. Cette position, qui place leur vie hors du droit de propriété, suscite une longue controverse : en 1322-1323, le pape Jean XXII la juge intenable et déclare hérétique l’idée que le Christ et les apôtres n’auraient rien possédé.

Postérité de saint François d’Assise : spiritualité, arts et écologie

L’influence de François dépasse largement le Moyen Âge. Son Cantique des créatures, composé dans le dialecte de sa région natale, compte parmi les premiers chefs-d’œuvre de la poésie italienne ; il y loue Dieu pour « frère Soleil » et « sœur Lune ». Au XIVe siècle, les Fioretti, recueil de récits merveilleux, popularisent sa figure, tandis que la crèche vivante qu’il organise à Greccio en 1223 inaugure une tradition aujourd’hui universelle.

Les artistes s’emparent très tôt de son histoire. Les fresques de la basilique supérieure d’Assise, attribuées à Giotto, fixent son iconographie ; des siècles plus tard, il inspire encore le peintre Maurice Denis, Franz Liszt (La Prédication aux oiseaux) et Olivier Messiaen, auteur de l’opéra Saint François d’Assise (1983).

Tableau de Francisco de Zurbarán : saint François d'Assise debout en habit de bure, le capuchon sur la tête et le visage levé, se détachant sur un fond noir
Francisco de Zurbarán, Saint François d’Assise selon la vision du pape Nicolas V, vers 1640

Son regard fraternel sur toutes les créatures fait aussi de lui une référence de l’écologie chrétienne : Jean-Paul II le proclame patron des écologistes en 1979. Le pape François (2013-2025), qui a choisi son nom lors de son élection en 2013, s’en inspire dans l’encyclique Laudato si’ (2015) et sa notion d’« écologie intégrale », puis signe Fratelli tutti à Assise en 2020.

Enfin, sa rencontre pacifique avec le sultan al-Kâmil, lors de la croisade d’Égypte, en fait un précurseur du dialogue interreligieux. C’est dans cet esprit que des responsables religieux du monde entier sont invités par Jean-Paul II à Assise, le 27 octobre 1986, pour une Journée mondiale de prière pour la paix : chrétiens, juifs, musulmans, bouddhistes, hindous ou représentants des religions traditionnelles y prient non pas ensemble, mais les uns à côté des autres, chacun selon sa tradition. Cet « esprit d’Assise » a depuis été ravivé lors de nouvelles rencontres, notamment en 2011 avec Benoît XVI et en 2016 avec le pape François.

“Patron de l’Italie depuis 1939, le Poverello demeure une figure nationale autant qu’universelle.”

François d’Assise, une radicalité toujours actuelle

En quelques années, le jeune bourgeois d’Assise a fait du dépouillement choisi un chemin de liberté : non pas une privation, mais une façon d’habiter le monde en frère des exclus et de toute la Création. De cette intuition est née une famille religieuse qui compte encore des dizaines de milliers de membres, mais aussi une source d’inspiration pour les poètes, les peintres et les musiciens.

“Aujourd’hui, à l’heure de la crise écologique et des guerres qui déchirent le monde, sa radicalité continue d’interroger notre rapport aux biens, aux autres et à la planète.”

Questions fréquentes sur saint François d’Assise

Qui était saint François d’Assise ?

Né Giovanni di Pietro Bernardone à Assise en 1181 ou 1182, fils d’un riche drapier, François renonce à l’héritage paternel pour vivre pauvre parmi les pauvres, selon l’Évangile. Il fonde l’ordre des Frères mineurs, ou franciscains, meurt le 3 octobre 1226 à la Portioncule et est canonisé dès 1228.

Qu’est-ce que la famille franciscaine ?

Elle réunit trois branches : l’ordre des Frères mineurs, approuvé oralement par Innocent III vers 1209-1210 et doté de sa règle définitive en 1223 ; l’ordre des Pauvres Dames, les futures Clarisses, fondé en 1212 avec Claire d’Assise ; et le Tiers-Ordre, aujourd’hui Ordre franciscain séculier, ouvert aux laïcs vers 1221. Le premier ordre se partage aujourd’hui entre Frères mineurs, Conventuels et Capucins.

Pourquoi saint François d’Assise est-il le patron des écologistes ?

Pour son regard fraternel sur toutes les créatures, célébré dans le Cantique des créatures. Jean-Paul II l’a proclamé patron des écologistes en 1979, et le pape François s’en est inspiré dans l’encyclique Laudato si’ (2015).

Pourquoi célèbre-t-on saint François d’Assise en 2026 ?

L’année 2026 marque les 800 ans de sa mort, survenue le 3 octobre 1226. En Italie, dont il est le saint patron depuis 1939, le 4 octobre, jour de sa fête, est redevenu férié à cette occasion.

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