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Théologie

Pourquoi se former à la théologie ?

Publié le
5/10/17

Pourquoi donc les théologiens veulent-ils mettre sur la foi une réflexion avec des mots compliqués et desséchants ? Quelle est la place de l'intelligence dans notre vie de foi et d'espérance ? La théologie ne vient-elle pas tout compliquer ? Le père Morin, directeur de l'Ecole Cathédrale, nous donne le goût de la formation chrétienne. Pour entendre l'amour de Dieu dans l'histoire des hommes et répondre à cet amour, nous devons apprendre à nous laisser guider dans les textes bibliques et ceux de la Tradition.

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A quoi sert de se former à la théologie ? Pourquoi se former à l'intelligence de la foi ?

C'est la question que nous portons aujourd'hui et à laquelle nous allons essayez de donner des éléments de réponse. Non pas tant théoriques, mais des éléments de réponse qui vont donner envie de se former.

En effet, la foi est une affaire de cœur. On répond à un amour, celui de Dieu, par un autre amour, le nôtre. Pourquoi donc les théologiens, les professeurs, les curés veulent-t-ils mettre une réflexion avec des mots compliqués et confessant ? Reconnaissons que la théologie a su parfois compliquer des choses, alors même que la vie de l’Evangile est une vie de simplicité… Est-ce la volonté de Dieu ? Est-ce une nécessité ?

Pour écouter l'amour divin, nous avons les textes écrits par celles et ceux qui, eux-mêmes, ont fait l'expérience de cet amour, que ce soit les textes bibliques ou les textes de la Tradition.

Quant à la volonté de Dieu, je n’aurai pas la prétention de répondre. Mais je crois qu’il s’agit en effet d’une nécessité de se former, car par nature l’être humain complexifie. Alors qu’il nous faut écouter et répondre à l’amour de Dieu, notre cœur est compliqué et a perdu de sa capacité à entendre la parole d’amour que Dieu lui donne. Aussi faut-il que cette parole fasse des tours et des détours, qu’elle prenne les méandres nécessaires pour rendre à nouveau audible cet amour et guérir le cœur de l’homme.

Il est nécessaire, pour répondre à ce simple amour de Dieu, que nous nous exposions aux textes. Quand nous nous formons, nous nous exposons à des traces de l’amour de Dieu dans l’histoire des hommes.

Pour écouter cet amour, il y a l'expérience personnelle du silence, de la méditation, de la contemplation, même parfois du service fraternel, mais il y a aussi cette activité qui consiste à lire les textes écrits par celles et ceux qui, eux-mêmes, ont fait l'expérience de cet amour, que ce soit les textes bibliques ou les textes de la Tradition, textes littéraires ou poétiques… Il y a des écrits par des hommes et des femmes qui nous disent comment ils ont été saisis par l'amour de Dieu. Ces textes sont des pierres dressées sur la route des hommes d'aujourd'hui afin d'attester que Dieu nous aime. Et si nous n'avons pas l'attestation de cet amour plus grand que tout amour ? Cela a beau être une simple affaire de cœur, notre cœur est exposé à la tentation de l'oubli.

Au fond, la théologie ne sert qu'à une seule chose : laisser le christ former notre intelligence.

Et il est nécessaire, pour répondre à ce simple amour de Dieu, que nous nous exposions aux textes. Il va donc falloir nous intéresser à la nature de ces textes : comment ils agissent en nous, comment ils annoncent une radicale nouveauté, comment ils sont à la fois anciens et nouveaux. Quand nous nous formons, nous nous exposons à des traces de l’amour de Dieu dans l’histoire des hommes.

Faire de la théologie, c'est donc se tenir sur ce lieu-là, en les considérant comme un arc, un écho, comme une réplique du tremblement de terre qui s'est produit lors de la passion et de la résurrection du Seigneur.

Faire de la théologie au sens noble du texte n’est pas manier des concepts compliqués, c'est se tenir debout au sens spirituel du terme, devant ces témoignages de l'ébranlement du monde, auquel nous voulons nous exposer pour pouvoir être saisi par la puissance qui se développe.

La lettre va permettre de projeter la lumière qui est déjà à l'intérieur de nous. C'est parce que les auteurs de ces textes que nous choisissons ont vécu cette intimité avec Dieu qu'ils peuvent nous permettent à notre tour de cheminer. Certes, ces textes sont anciens, ils prennent le langage qui est le leur. Ils prennent le vocabulaire qu'ils ont appris à leur propre catéchisme. Mais ils disent quelque chose d'inouï. Ils disent quelque chose de nouveau : il est possible aujourd'hui de goûter le règne de Dieu, dans la communion avec Jésus-Christ, dans la proximité avec Jésus-Christ.

Certes, ces textes sont anciens, ils prennent le langage qui est le leur. Mais ils disent quelque chose d'inouï. Se former, faire de la théologie : c'est s'initier toujours, s’initier à cet élan par lequel un auteur a pris les mots qu'il avait à sa disposition pour dire quelque chose d'inouï.

Il faut donc de vieux mots, pour dire de nouvelles choses. C'est impossible de faire autrement. Les mots eux-mêmes pâlissent et vieillissent au moment même où on les frotte avec cette nouveauté absolue. Mais je suis obligé de prendre le vocabulaire que j'ai acquis par mon éducation, mon instruction, ma culture. Je suis obligé de les porter, de les frotter, avec cette expérience de nouveauté que je fais dans l'intimité du cœur. Et au moment même où je les emploie, ils deviennent étriqués pour porter la grandeur de la révélation du Christ. Mais je n'ai rien de mieux.

Saint Paul lui-même réfléchit toujours sur cette question. Il n'a rien d'autre dans sa boîte à outils pour dire la nouveauté du Christ que les textes de ce qu'ils appellent avec audace « l’Ancien Testament ». Non pas qu'il soit devenu caduc, mais ils sont anciens au moment même où ils viennent à la rencontre de la nouveauté absolue du christ.

Se former, faire de la théologie : c'est s'initier toujours, s’initier à cet élan par lequel un auteur a pris les mots qu'il avait à sa disposition pour dire quelque chose d'inouï. Et pour autant, c’est tomber en désuétude, en habitude de langage. L'exercice de la formation théologique, c'est donc aussi l'exercice de relever, de revivifier ces métaphores, de redonner du sens à des vieilles expressions, en ayant l'audace de les frotter à nouveau à l'éternelle nouveauté qu'est le Christ.

La formation théologique va nous initier à la pluralité du sens. Elle doit nous aider à dialoguer. C'est son premier fruit : accepter que quelqu'un ne soit pas d'accord avec nous, en contemplant le même Seigneur ressuscité.

Dans nos études, nous prendrons de vieux mots, ce dont nous sommes les héritiers. Dès lors, le texte devant lequel nous sommes, porte une pluralité de sens. On ne peut pas l'enfermer. A partir du moment où le texte confesse lui-même qu'il est trop petit par rapport à ce qu'il a à dire, qu'il est inadéquat, alors il s'ouvre à un surplus de sens. Mais il ne dit pas lequel. C'est donc au lecteur, à celui qui le contemple, à celui qui s'expose à la puissance des branchements qui l'habite de donner du sens.

La formation théologique va nous initier à la pluralité du sens. Elle doit nous aider à dialoguer. C'est son premier fruit : accepter que quelqu'un ne soit pas d'accord avec nous, en contemplant le même Seigneur ressuscité. La formation théologique doit nous aider à mieux dialoguer dans nos communautés chrétiennes. Nombre de formations n'ont pas d'autre objectif que de permettre aux baptisés de prendre leurs responsabilités dans la communauté et d'être capable d'entendre la parole de l'autre pour ce qu'elle est.

Enfin, se former pour vivre l'Evangile.

La dernière raison pour laquelle il est impératif de se former toujours dans la mission, c'est d'être capable de lire le monde dans lequel nous sommes, de comprendre la situation spirituelle de notre temps, pour justement lui donner la bonne nouvelle dont il a besoin. Il nous faut être capable de lire les signes des temps. Il nous faut être capables d'avoir l'intelligence spirituelle de ce monde.

Au fond, la théologie ne sert qu'à une seule chose : laisser le christ former notre intelligence.

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