
Colloque inter-institutionnel "L'humanité en milieu numérique"
Tarif unique : 6€

Ce colloque inter-facultaire au Collège des Bernardins interroge la manière dont l’intelligence artificielle transforme nos façons de penser, de percevoir et d’habiter le monde. Il propose de dépasser la vision de l’IA comme simple outil pour en examiner les effets humains, sociaux, culturels et spirituels.
Desâmer l'IA: pour une écologie des formes de vie de pensée
Cette journée vise à dépasser les discours désormais routiniers sur l’IA, à la fois fascination technophile et dénonciation automatique, afin d’ouvrir un espace d’enquête plus exigeant, à la croisée des sciences humaines, de la philosophie, des sciences cognitives et de la théologie. Le colloque interrogera l’IA non seulement comme outil, mais comme milieu, régime de rationalité, et environnement culturel, susceptible de reconfigurer la cognition humaine, ses gestes, ses temporalités et ses formes d’attention.
TROIS QUESTIONS STRUCTURANTES
OÙ SE PASSE LA PENSÉE ?
Que devient la cognition spécifiquement humaine, avec sa part de corporéité et de monde vécu, à l’ère de l’IA ? Sur fond d’une culture saturée par le double paradigme numérique (souvent associé à l’immatériel) et technoscientifique (souvent associé au matérialisme), cette question interroge le lieu même où se déploie la cognition. Elle engage le devenir de la cognition spécifiquement humaine, avec sa part de corporéité, telle que l’a notamment soulignée le courant de la « 4E cognition » (embodied, embedded, enacted, extended). Il s’agit de comprendre comment la pensée s’enracine dans un corps, un monde vécu, des relations et des pratiques, et comment l’environnement numérique reconfigure ses conditions d’émergence.
QU’EST-CE QUE LE MILIEU NUMERIQUE FAIT-IL À L’HUMAIN ?
Le numérique n’est pas seulement un ensemble d’outils : il constitue un milieu qui façonne les manières d’habiter le monde, d’entrer en relation, de percevoir et de se rendre attentif. Cette question examine comment les dispositifs numériques transforment les régimes de présence, d’attention, de mémoire et de langage, ainsi que les formes sociales de la reconnaissance et de l’autorité. Elle ouvre une réflexion sur les effets anthropologiques, culturels et spirituels d’un environnement où l’expérience est de plus en plus médiée, calculée, filtrée et orientée par des architectures techniques. Comment comprendre l’IA au-delà d’un simple problème de “bon usage”, et saisir ses effets anthropologiques, sociaux et spirituels ?
COMMENT COMPRENDRE L’IA AU-DELÀ DU PARADIGME INSTRUMENTAL ?
Comprendre l’IA au-delà du paradigme instrumental, c’est refuser d’y voir un simple outil neutre et reconnaître qu’elle agit comme une infrastructure qui organise la visibilité, la valeur, les normes et les comportements. Cette lecture masque pourtant l’essentiel : l’IA fonctionne comme une infrastructure culturelle, économique et politique qui redistribue la puissance, organise la visibilité, impose des critères de performance et transforme insensiblement nos manières de juger, d’apprendre, de désirer et de parler. Dans cette perspective, l’enjeu devient moins l’optimisation de l’outil que la reconquête d’un discernement situé, incarné et relationnel, capable de résister à la logique de l’évidence calculée, de l’évaluation permanente et de la réponse immédiate.
Intervenants
- Alessandro De Cesaris est chercheur en philosophie de la technique et des médias à l’Université de Fribourg et chercheur associé au département « Humanisme numérique » du Collège des Bernardins.
- Eric Charmetant, jésuite, est professeur et doyen de philosophie aux Facultés Loyola Paris, spécialiste de l’éthique des sciences du vivant, de l’intelligence artificielle et des transhumanismes.
- Vivien García enseigne la philosophie à l’Université de Lorraine et travaille sur les enjeux philosophiques, moraux et politiques des techniques et de l’intelligence artificielle.
- Jean-Baptiste Lecuit, carme déchaux, est professeur de théologie aux Facultés Loyola Paris, spécialiste d’anthropologie théologique, de théologie spirituelle et de la question de l’action de Dieu.
- Carlo Milani est technologue, traducteur et chercheur sur les technologies conviviales et les conditions d’une transition numérique soutenable.
- Gianluca Michelli est doctorant en philosophie entre l’université LUMSA et l’Institut Catholique de Paris, où il étudie les liens entre langage, identité, normativité et intelligence artificielle.
- Ronan Sharkey est professeur de philosophie à l’Institut Catholique de Paris, spécialiste de philosophie morale, de l’esprit et du langage, notamment appliquée à l’intelligence artificielle.
- Gemma Serrano est professeure de théologie et co-directrice du département « Humanisme numérique » du Collège des Bernardins, où elle étudie les relations entre technologies, corps, affectivité et formes de vie.
- Pierre Uzan enseigne la philosophie des sciences et l’épistémologie de l’intelligence artificielle à l’Institut Catholique de Paris, avec des recherches consacrées à la cognition et aux relations entre corps et esprit.
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