Presse

IN FAMOUS CAROUSEL : « Destruction et réassemblage »

Communiqué de presse

Jeudi 3 novembre 2011, 20h 

Première partie : Origami Boe (ordinateur acoustique home-made)
Deuxième partie : Momus (voix, iPod et vidéo) 

Dans le cadre de la deuxième saison de «Questions d’artistes» – Création contemporaine au Collège des Bernardins : une programmation arts plastiques / arts vivants / musique.

Le Collège des Bernardins accueille l’association IN FAMOUS et son festival IN FAMOUS CAROUSEL dont l’édition 2011 se tient, outre au Collège des Bernardins, à la Gaîté Lyrique, au Centre Pompidou et au Petit Bain. Une manifestation croisant musique et performance, qui s’est taillée une place à part par son exigence et son esprit de recherche, au fil d’éditions soigneusement thématisées.

L’édition 2011 invite, à s’intéresser aux questions éminemment contemporaines, de la destruction et du réassemblage, qui de l’agrégat d’emballages au collage, en passant par le sampling, le

remix ou le mashup ont traversé le XXe siècle et ses disciplines. Des questions auxquelles Internet, la culture du partage et le mouvement d’accélération générale font subir aujourd’hui d’autres métamorphoses, et offrent d’autres manières de saisir, isoler et recombiner sons, images, objets, données, sites, etc.

En témoignent les deux concerts-performances de la soirée : des ordinateurs portables « faits main » d’Origami Boe aux envolées postmodernes de Momus (dont les deux derniers albums, Hypnoprism et The Thunderclown, inspirés par Internet et en particulier YouTube, sont composés à partir de réassemblages de vidéos et de films glanés sur ce site), ce sont autant d’expériences du multiple et de l’unique, de l’éparpillement et de l’hétérogène, qui s’offrent en partage.

Communiqué de presse – 27 septembre 2011

Origami Boe

Tore Honoré Bøe, alias Origami Boe, est le coordinateur du réseau artistique Origami Republika : une mystérieuse confrérie bruitiste qui, depuis 1991, s’attache à mettre en application les logiques coopératives et interactives rendues possibles par les nouveaux réseaux d’informations. Musicien expérimental norvégien et touche-à-tout multimédia, il vit retiré aux Îles Canaries. Après plusieurs disques parus sous son nom entre 1999 et 2004, cette figure

de la scène improvisée scandinave sévit depuis lors sous le pseudonyme d’Origami Bøe et chahute les codes du genre à partir de supports low tech. Entre Dada, Merz, la longue tradition du collage et de la musique concrète, il livre des performances lors desquelles il fait parler des objets détournés de leur quotidien dans des « ordinateurs analogiques homemade», truffés de microcontacts. Depuis 2001, à contrecourant du déferlement de la scène électronique, il décide d’équiper d’innocentes valisettes de bois, trouvées ou fabriquées, d’éléments microphysiques, collection de petits riens composites, bribes de mémoire et d’émotion : ressorts, pierres, ficelle, dents, cheveux, souvenirs. D’abord ouvertes sans distinction sur le monde des sons qui les entourent, ces boîtes à surprises entrent soudain tout entière en résonance quand les particules amplifiées s’interconnectent et révèlent des bruits secrets parasites.

Momus

Né en 1960 en Ecosse, Nick Currie alias Momus est à la fois musicien, journaliste, écrivain, et l’une des figures les plus fascinantes issues de la scène pop indépendante britannique des années 1980. En 1984, il prend le pseudonyme de Momus, judicieusement emprunté au dieu grec de la critique et de l’ironie, et publie plusieurs albums sur les labels el Records, puis Creation : des disques parmi lesquels Circus Maximus, Poison Boyfriend, Tender Pervert ou Hippopotamomus (dédié à Serge Gainsbourg) qui rencontrent un grand succès critique. Il s’affirme sur ces albums comme une sorte de crooner déviant, explorant des thèmes comme la sexualité, l’identité ou la culture contemporaine à travers une riche palette musicale, de la folk à l’électro-pop ou l’acid-house. Ses textes souvent provocateurs lui vaudront d’ailleurs des procès de la part de l’entreprise Michelin et de la compositrice Wendy Carlos. Au cours des années 1990, le dandy provocateur poursuit sa carrière musicale de manière plus discrète, mais constante, publiant parallèlement de nombreux articles, notamment dans la revue Wired. Ses deux derniers albums, Hypnoprism et The Thunderclown, sont inspirés par sa fréquentation compulsive du site YouTube. www.imomus.com

Entretien avec Momus par Jos Auzende & Oulimata Gueye , extrait de la revue Questions d’artistes N°2, publiée par le Collège des Bernardins.

Jos Auzende & Oulimata Gueye : vous faites de la musique depuis le début des années 1980; en quoi le contexte de production a-t-il influencé votre façon de faire, d’écrire ou de même de jouer sur scène de la musique ? Pouvez-vous nous décrire la manière dont vous avez composé vos albums The Thunderclown et Hypnoprism ?

Nick Currie : J’ai toujours eu recours aux technologies les plus rudimentaires, telles que les enregistreurs de cassettes, les claviers Casio SK1, les ordinateurs Atari ou les enregistreurs numériques 8 pistes. J’aime aussi utiliser des pistes préenregistrées. Pour l’album Ping Pong, j’ai utilisé le séquenceur du Roland PMA5, et pour Hypnoprism, j’ai travaillé avec les modèles proposés par Garageband 1. Mais à chaque fois, j’introduis de la distance et du désordre dans ces clichés volontaires. Sur l’album Ping Pong, c’était avec du theremin et des sons de synthés bizarres. Sur Hypnoprism, j’ai prélevé des bribes de musique contemporaine chez Messiaen et Webern. The Thunderclown est un album différent car les extraits ont principalement été échantillonnés par John Henriksson, qui me les a envoyés en mp3. Je n’ai pas demandé de quoi il s’agissait et je n’ai fait que les mettre en forme pour les intégrer à mes morceaux. J’ai utilisé pas mal d’algorithmes pour changer la tonalité et le tempo, ce qu’on ne pouvait pas faire il y a encore quelques années (changer la tonalité sans changer le tempo). Sur les deux derniers disques, j’ai laissé quelques bizarreries dans la structure des morceaux. Par exemple, la manière dont les paroles sont placées sur la musique du morceau Evil Genius est complètement irrégulière et imprévisible, ce qui permet de passer d’une structure très simple à quelque chose de plus organique.

J.A & O.G : Comment faites-vous le lien entre écriture et musique ? N C : Pour moi les deux sont vraiment liées. Je commence par choisir un titre et une idée pour un morceau, puis j’essaie de les relier à des bouts de morceaux que j’ai déjà créés. Ou alors, je commence par composer quelque chose de nouveau ou à partir d’une reprise que je modifie ensuite avec mon séquenceur pour l’adapter aux paroles que j’ai écrites. Au départ, les mots sont une sorte de magma. Ensuite, je les mets en forme sur la partition. J’improvise généralement mes paroles sur une piste son indépendante. Ensuite, j’élague, j’affine et je reprends les choses jusqu’à ce que le son me semble le bon. Cela peut aller très vite car je préfère la spontanéité aux processus laborieux. Pour moi, il important de garder toute la fraîcheur et l’enthousiasme premiers, car il est ensuite impossible d’y revenir.

J.A & O.G : La question de la réinvention d’un folk postmoderne semble récurrente dans vos textes et vos albums... N C : « Faux » et « folk » sont des mots qui se ressemblent beaucoup alors que le synthétique (qui se rapporte au synthétiseur) est vu comme étant à l’opposé de l’authenticité, de la pureté et de la tradition associées à la musique folk (et bien souvent à sa raison d’être). Cette profonde contradiction offre beaucoup de possibilités : que se passe-t-il si on joue de la folk sur de faux instruments et si on réinvente (ou «synthétise») de nouvelles traditions ? En réalité, on se rend compte que de nombreuses traditions folk sont plutôt récentes. L’authenticité est un horizon qui ne cesse de s’éloigner, c’est une valeur mouvante à laquelle se raccrochent souvent les imposteurs et les charlatans. Le synthétique en revanche a quelque chose d’honnête et de vrai. Qu’y a-t-il de plus crédible que ce dont on peut dire : « C’est moi qui l’ai fait » ?

J.A & O.G : Lors de vos performances, vous utilisez aussi les corps, la voix et le théâtre. Pourquoi avoir choisi ces différents médias ? Qu’est-ce que chacun d’eux apporte de plus à la performance ? N C : La manière très théâtrale dont Jacques Brel présentait ses personnages et ses histoires m’a beaucoup influencé. Depuis le moment où j’ai décidé d’arrêter de jouer de la guitare en concert c’est- à-dire de devenir sur scène plus comédien que musicien, je n’ai cessé de repousser les limites de mes saynètes. Il y a quelque chose de chamanique dans la manière dont on peut incarner les émotions (parfois extrêmes) des morceaux ou même les préoccupations d’ordre technique, comme : « Quel endroit de la scène est éclairé ? » ou « Là, on s’ennuie sauf si je me déplace sur la scène ». Je fais très attention à ce qui se passe dans le public mais je chante également souvent les yeux fermés pour mieux être à l’écoute de mes propres sensations. Cela doit venir en partie de mon expérience de performeur, qui m’a aidé à être plus fou sur scène, à me libérer de la gestuelle rock ou folk.

J.A & O.G : Pouvez-vous nous décrire ces moments ?

Nick Currie : Je suis très conscient du fait que ma performance peut sembler pauvre, basique en termes de production : on voit juste quelqu’un qui fait du karaoké avec son iPod. C’est pourquoi j’essaie d’être très théâtral, en faisant le singe, en créant des chenilles avec le public, en criant, en me cachant sous une couverture, en inventant des duels et des joutes verbales avec des ennemis imaginaires, en entamant des danses écossaises etc. C’est une version allégée du « rock théâtral » avec lequel j’ai grandi (la tournée de Bowie pour l’album Diamond Dogs, etc.). C’est bien plus vivant et plus efficace que de projeter des vidéos par exemple. J’aime le fait de me donner à fond et de rentrer en contact direct avec le public. J’aime bien aussi me ridiculiser. Cela m’aide par exemple dans les pays où les gens ne parlent pas anglais car ma gestuelle est devenue une sorte de chorégraphie sémantique. Le sens des morceaux est dévoilé par la simple expression du corps. C’est une chose qui m’a toujours fasciné dans la danse contemporaine : comment créer une sémantique du corps ?

J.A & O.G : Y a-t-il un lien entre art contemporain et musique ?

Nick Currie : Pour moi, ils sont complémentaires car l’art cherche à capter l’authenticité dionysiaque de la musique tandis que la musique cherche à intégrer l’originalité et l’excentricité de l’art. Ils ont tout intérêt à se rencontrer. Cela leur permet de sortir de leurs clichés respectifs, de leur attachement révérencieux à leurs histoires respectives.

Informations pratiques

Jeudi 3 novembre, 20h Nef et Grand auditorium

Tarif : 14 € (plein), 8 € (réduit).

www.collegedesbernardins.fr

LE COLLÈGE DES BERNARDINS

Édifice exceptionnel du XIIIe siècle récemment restauré, le Collège des Bernardins est ouvert au public depuis septembre 2008.

C’est aujourd’hui un lieu dédié aux espoirs et aux questions de notre société et à leur rencontre avec la sagesse chrétienne. Tous sont invités à participer à ces dialogues par des travaux de réflexion ou de recherche, de formation ou d’expression artistique.

Plusieurs activités au service de l’Homme dans toutes ses dimensions (spirituelle, intellectuelle et sensible sont proposées : l’art (expositions d’art contemporain, art vivant, musique), les rencontres et débats (conférences, colloques), la formation (École Cathédrale) et la recherche. Le Collège des Bernardins s’appuie sur un pôle de recherche composé de six départements : « Sociétés humaines et responsabilité éducative », « Économie, Homme, Société », « Éthique biomédicale », « Société, Liberté, Paix », « Judaïsme et christianisme », « La parole de l’art ». Son originalité est de réunir universitaires, praticiens et théologiens autour de la question essentielle de l’homme dans une approche pluridisciplinaire. www.collegedesbernardins.fr

IN FAMOUS

Créée en 2003 et implanté à Paris, IN FAMOUS CAROUSEL est une structure de production, de programmation et de diffusion artistique. Elle se définit par une ligne éditoriale et des formats de programmation. Les programmes privilégient les pratiques interdisciplinaires liées au son.

Pour les musiques expérimentales, électroniques et autres pratiques, ils sont à Paris un des points de veille, de passage, de découverte des artistes français et internationaux évoluant sur scène au croisement du média art, de la performance et de la pop culture.

IN FAMOUS revendique le brouillage des disciplines de la révolution numérique et défend les idées d’avant-garde, de marges, de frottement, de détournement, là où émergent les pratiques qui accompagnent le monde qui change. Son objet est de veiller sur l’évolution des processus créatifs expérimentant avec le son, l’image, les médias, et les réseaux. La veille, les recherches et les voyages constituent la matière première.

L’édition 2011 IN FAMOUS CAROUSEL « Destruction et réassemblage une expérience de l’hétérogène » se tient aussi : - Mercredi 2 novembre 2011 à la Gaîté lyrique : Installations, performance avec Benjamin Gaulon, Gijs Gieskes, Karl Klomp, Toktek, Freeka,Vvm,

- Jeudi 10 novembre 2011 au Centre Pompidou : Negativland, NegativWobblyLand, Jodi, - Vendredi 11 novembre 2011 au Petit Bain : Afrikan Boy, Uproot Andy.