Questions d'artistes
Exposition

Solitaire : Stéphane Thidet

L’artiste français s’empare de l’ancienne sacristie pour créer une installation aussi surprenante qu’envoûtante


Après Lyes Hammadouche et Pauline Bastard, l'artiste français Stéphane Thidet sera le troisième invité du programme de résidence initié par le commissaire Gaël Charbau.

Délibérément inclassable, Stéphane Thidet est un plasticien qui travaille avec de nombreux média et matériaux (son, image filmée, sculpture, éléments naturels…) cherchant ainsi à déplacer les frontières de l'art, comme lorsqu'il introduisit une meute de loups dans le parc du Château des Ducs de Bretagne lors de la manifestation « Estuaire » à Nantes. Plus récemment, on pouvait redécouvrir dans l'exposition Inside, au Palais de Tokyo, son spectaculaire « Refuge », chalet en bois à l'intérieur duquel un déluge de pluie ne cesse de tomber.

Pour son projet au Collège des Bernardins, Stéphane Thidet propose de métamorphoser l'ancienne sacristie en créant une installation in situ, dont l'eau sera l'élément principal. Ce dispositif inédit changera totalement la perception que le visiteur peut avoir de ce lieu en recréant un paysage architectural et mental surprenant.

Entrée libre.

Une commande de Rubis Mécénat cultural fund
Commissaire Gaël Charbau pour le Collège des Bernardins

Questions à… Stéphane Thidet :

 

Gaël Charbau. : Pourrais-tu me décrire en quelques mots le projet que tu imagines pour le Collège des Bernardins ?

Stéphane Thidet. : J'aimerais y poursuivre mes recherches sur la notion de « relation », cette idée récurrente dans mon travail qui consiste à explorer la fragilité ou l'instabilité d'une situation. Il s'agit de mettre en confrontation, en contact, deux états de nature différente. Pour le Collège, j'aimerais d'une part rendre le sol instable, mouvant, pour qu'il ne puisse plus accueillir le corps. Je voudrais aussi mettre en jeu quelque chose qui soit de nature vivante -l'eau- et un objet que je considère en « coma », un objet inerte.

GC : Que recherches-tu dans cette confrontation ?

ST : J'ai toujours imaginé les objets comme étant en situation « comateuse », comme s'ils avaient tous un potentiel de réactivation, comme si l'objet sommeillait, et que nous avions la possibilité de lui donner une nouvelle vie. J'imagine donc un projet qui ferait se rencontrer ces deux états, mouvant et inerte, qui passe pour moi par la question du dessin. Un objet rencontre l'autre d'une manière extrêmement légère et infime, dans ce que j'appellerais « l'à peine », qui serait donc ici la création d'un dessin rendu possible par cette rencontre. Un dessin qui serait infini puisqu'il se répèterait sans être jamais le même. Un motif hypnotique.

G.C. : Comment as-tu réagi dans cet espace particulier qui est celui de l'ancienne sacristie ?

S.T. : Le lieu m'a fortement inspiré, mais pas tant dans son histoire que dans son architecture, notamment cette sensation que j'ai éprouvé tout de suite de descendre, comme on descend sur une rive. J'ai visité il y a quelques temps un lac en Ardèche auquel on accédait par une rive extrêmement pentue, car le lac s'est formé dans le cratère d'un ancien volcan. Cette sensation d’être happé, d’être aspiré par une sorte de vide m'intéresse beaucoup. Le son, le volume du lieu m’ont aussi fortement marqué. C’est donc cette identité imposante du lieu qui m’a inspiré, plus que les histoires qu’ils l'ont traversé.

Biographie :

Né en 1974, Stéphane Thidet est diplômé de l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris en 2002 (félicitations du jury) après avoir passé son diplôme en 1996 à l’Ecole des beaux-arts de Rouen. Il vit à Paris et travaille à Aubervilliers. Son travail s’appuie sur la fugacité des éléments et des objets comme moteur de résistance et de reconstruction. Ses œuvres figurent dans de nombreuses collections publiques et privées. Stephane Thidet est représenté depuis une dizaine d’années par la galerie Aline Vidal à Paris, ainsi que la galerie Laurence Bernard à Genève.

Avec :
Stéphane Thidet
plasticien

En partenariat avec :