Magazine du Collège des Bernardins été 2020

Cette épreuve a fait grandir l’humanité en spiritualité


Les mesures de confinement ont interdit les rassemblements religieux pendant plus de deux mois, privant fidèles et représentants religieux d’une présence réconfortante. Mais pour le rabbin Philippe Haddad et le père Thierry Vernet, cette épreuve partagée à distance fut aussi l’occasion d’un renouvellement spirituel.

Comment avez-vous vécu le fait d’être privé de votre communauté de fidèles ?

P. Haddad. Cette absence a créé un sentiment de stupeur. Un rabbin est comme un pasteur au sein de sa communauté. Ne pas pouvoir animer les offices en cette période liturgique si importante, ne pas pouvoir être aux côtés de nos fidèles en cette période si tragique a été un déchirement.

T. Vernet. Se retrouver seul ou presque pour célébrer la messe a été très douloureux, tant sur le plan communautaire que sur le plan personnel. Pour un prêtre, qui s’est engagé au célibat, sa communauté est comme sa famille, son épouse. Et les assemblées dominicales joyeuses et animées sont le lieu par excellence où se vit cette relation.

Comment vous êtes-vous adaptés à cette situation et qu’avez-vous appris sur votre engagement ?

T. V. Cette situation nous fait réfléchir au sens de notre activité. Le sacerdoce ministériel n’est pas un pouvoir mais une mission au service du peuple chrétien. Cette mission, nous l’exerçons dans le sens de l’intercession, en portant plus intensément dans notre prière ceux dont nous ne voyons plus les visages. Il nous est également apparu essentiel de continuer d’apporter notre soutien malgré le confinement : appeler les personnes isolées, les familles endeuillées.

P. H. La synagogue, en hébreu beit knesset, signifie « la maison du rassemblement ». Elle n’a donc pas uniquement un rôle religieux, mais aussi un rôle communautaire et social. Pour maintenir le contact humain ainsi que les offices, nous avons organisé des visioconférences. Il y a eu un certain travail d’accompagnement mais, in fine, nous avons réussi à reconstituer une communauté malgré les murs. « Chacun chez soi et Dieu pour tous, mais ensemble ! » : tel a été notre credo.

Comment vit-on une période aussi troublée quand on est croyant ?

T. V. Ce temps d’épreuve a permis un retour sur soi, un temps de retraite et de purification. À travers les sacrifices consentis, notre foi, réduite à l’essentiel, est comme passée au creuset. Moïse, dans le Deutéronome, invitait d’ailleurs le peuple à relire les dures années de l’exode comme un temps de proximité avec Dieu.

P. H. La foi se reconstruit et se renouvelle par les expériences de la vie. Cette épreuve nous a fait grandir et plus généralement, elle a fait grandir l’humanité en spiritualité. 

Comment ? 

T. V. D’un côté, le confinement a aiguisé notre sens de la compassion et de la communion envers les personnes souffrant de la solitude ou de la promiscuité. De l’autre, ce temps nous a aussi ramenés aux questions existentielles.

P. H. En nous rappelant de plein fouet notre fragilité humaine, cette épreuve a été un moment privilégié d’éveil et de réflexion spirituelle. Elle a mis en exergue l’importance de la vie, de l’entraide, de la tendresse et de la relation humaine.

Avez-vous un message d’espérance pour demain ?

P. H. Cette pandémie nous a rappelé que nous vivons tous sur une seule et même Terre et que les différences ne tiennent pas face à la maladie. Cela appelle à plus de dialogue interreligieux. Il faut revenir aux fondamentaux des religions monothéistes : nous sommes tous des descendants d’Adam et Ève.

Par-delà nos monothéismes, revenons à l’humain porteur de l’image divine quelle que soit la conviction personnelle. Cette tragédie doit nous engager à plus d’écoute, plus de solidarité internationale, et doit favoriser la paix, le partage et la compréhension.

Quels sont vos mots pour conclure ?

T. V. Cette période tragique et douloureuse ne fut pas la Pâque que nous avions imaginée, mais elle saura peut-être renouveler notre vie !

P. H. Parfois dans la vie, nous attendons des miracles, or nous oublions trop souvent que la vie est un miracle ! Elle doit être source de joie, une joie réelle, partagée et fraternelle !