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L’art et les formes de la nature

Ce séminaire se propose de définir les termes d’une écologie de la création, au-delà des problématiques purement environnementales et en intégrant notre responsabilité pour les milieux naturels, notre présence dans le tissu social et nos rapports à nos environnements d’existence.

L’art et les formes de la nature
© D.R
 

Grand paradigme de la création artistique, la nature est prégnante dans les créations artistiques contemporaines malgré la grande technicité engagée par les œuvres, reflétant ainsi les préoccupations de notre époque.  Les artistes nous invitent à considérer les espaces naturels, non pas sur le mode de la prédation mais comme le lieu d’une hospitalité reçue à laquelle il appartient à chacun de veiller et comme un don à transmettre.

Structuré autour des liens complexes entre art et nature, le séminaire interroge le concept de nature/culture, sujet/objet, et sa pertinence pour penser les rapports que les actes de création artistiques tissent avec la nature. Pour bien des artistes, la nature est la source même à laquelle il faut puiser. Les œuvres d’art ne se jouent pas devant la nature mais en son sein dans un constant échange avec elle.

En cherchant à définir les termes d’une écologie de la création, le séminaire  structure sa réflexion autour des pratiques qui posent la question de notre capacité à bâtir une maison commune, plus particulièrement autour des actes de création qui croisent les débats de société actuels.

Objectifs de la recherche :

  • Construire une réflexion collective et transversale, en mobilisant un public actif qui s’inscrit pour une part dans la pratique, pour une part dans la recherche théorique, pour une part dans ces deux champs d’activité.
  • Montrer que l’art est devenu un espace d’expression incontournable, à même de nourrir un regard et de produire une écoute sur l’une des crises majeures du monde contemporain, et qu’il peut exprimer sensiblement, c’est-à-dire de manière ouverte et accueillante, l’urgence qu’il y a à affronter ici et maintenant la question de notre avenir commun. 
  • Interroger la capacité de l’art à participer à l’édification d’une maison commune, et donc à poser des actes écologiques au sens étymologique du terme : des actes à même de proposer un discours et au-delà des conduites, des actes soucieux de dessiner les contours d’une maison – oikos – habitable par tous.

Cette recherche s'inscrit dans l'esprit de l'encyclique Laudato si' du Pape François.

Le séminaire se structure autour de 4 axes :

  • Axe 1 : La nature comme motif
  • Axe 2 : Images de l’anthropocène
  • Axe 3 : Le retour à la nature et l’art dans les interstices
  • Axe 4 : Opérations artistiques et processus naturels

Méthode

La réflexion se structure majoritairement autour des pratiques artistiques du champ du cinéma pour lesquelles les espaces de diffusion restent rares et le dialogue avec les artistes s’y réduit souvent à un court échange avec le public. La parole est donnée à des artistes qui témoignent d’un engagement dans les enjeux sociétaux contemporains.

Ce séminaire permet à la fois de construire un groupe de recherche et d’explorer des travaux d’artistes dans de bonnes conditions. Dans un seul et même espace, chercheurs, artistes et public peuvent ainsi se rencontrer et construire un dialogue pour envisager une pensée en cours comme une maison qu’il appartient d’habiter en commun.

Chaque rencontre est organisée sous la forme d’un échange entre un chercheur et un artiste praticien, invité à montrer une ou plusieurs œuvres autour desquelles se structure la discussion.

En 2021, une journée d’étude à mi-parcours et un colloque conclusif sont également envisagés, suivis d’une publication.

Portée européenne et internationale

La problématique soulevée par le séminaire dépasse très largement le cadre des pratiques artistiques et des projets de recherche nationaux, et s’alimente de questionnements portés par des chercheurs implantés à l’étranger.

Programme 2020 - 2021

Les séances du séminaire ont lieu les mardis à 19h au Collège des Bernardins.

Axe 1 : La nature comme motif

En mettant la nature au centre de leur travail, les cinéastes et plasticiens peuvent traduire un engagement pour nourrir un autre type de rapport au monde qui nous entoure. Ils sensibilisent notre attention de manière active et dynamique : la nature représentée est coextensive à notre attention et met aussi en contraste dans notre sensibilité une part de naturalité à laquelle elle ne se réduit pas, mais qui la travaille constamment. Elle signale par ailleurs une véritable relance de l’intérêt pour l’approche cosmologique et déplace la perspective anthropocentrée de la culture moderne.

Selon Mikel Dufrenne dans sa Phénoménologie de l’expérience esthétique, le spectacle d’un paysage non apprivoisé d’avance se vit sur le mode de l’épreuve : il nous arrache au monde normé par l’usage que l’homme en propose et se caractérise par sa capacité à susciter notre attention en la déconcertant et la déroutant. Le spectacle d’une nature indomptée est en ce sens l’opérateur d’un éveil à soi de l’attention. Dans le monde usuel, les choses ne sont pas visibles à proprement parler, elles disparaissent dans l’usage auquel elles se prêtent. A l’inverse, la chose naturelle, parce qu’elle est indomptable, s’impose à moi, se donne à voir comme aucune autre, voire, pour Mikel Dufrenne, suscite mon agressivité : comment répondre à cet excès et appréhender cette chose qui résiste à nos prises ?

Dans les pratiques artistiques, la nature comme motif, loin de signaler une volonté de maîtriser un objet rétif à la discipline culturelle, peut traduire une forme d’alliance avec des environnements d’existence qui appellent notre soin et notre considération, y compris dans la manière dont nous les portons à l’image. En ce sens, la nature comme motif se prolonge nécessairement en une attention portée aux hommes qui viennent à la rencontre de cette nature, pour y vivre ou y éprouver la singularité de leur présence au monde et aux autres.

Mardi 10 mars 2020

PAYSAGE CONTRE NATURE : JACQUES PERCONTE
Jérôme Alexandre
, co-responsable du séminaire L’art et les formes de la nature et professeur de théologie, Collège des Bernardins
Rodolphe Olcèse,  co-responsable du séminaire L’art et les formes de la nature du Collège des Bernardins, maître de conférences en esthétique, université Jean Monnet Saint-Etienne
Vincent Deville, maître de conférences, université Paul Valéry Montpellier 3, autour des travaux de Jacques Perconte (plasticien et cinéaste)

Mardi 21 avril 2020 (séance reportée)

LA NUIT DES FORMES
Autour du travail de Stéphane Dabrowski, artiste
Sébastien Ronceray, programmateur et chercheur, université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis

Mardi 5 mai 2020 (séance reportée)

LA NATURE EN UCHRONIE
Autour du travail de Pierre Villemein, vidéaste
Rodolphe Olcèse, maître de conférences, université Jean Monnet Saint-Etienne et co responsable du séminaire L'art et les formes de la nature du Collège des Bernardins

Mardi 2 juin 2020 (séance reportée)

CINEMA - PAYSAN
Autour du travail de Pierre Creton, cinéaste
Robert Bonamy, maître de conférences, université Grenoble Alpes

Sous la responsabilité de

 
 

Thématiques de recherche :

L’art et les formes de la nature
2020-2021
Jérôme Alexandre
Rodolphe Olcèse
Revêtir l’invisible : la religion habillée
2019-2021
P. Alberto Fabio Ambrosio
Nathalie Roelens
L'art au présent
2019-2020
Jean-Baptiste de Beauvais
P. David Sendrez
Esthétique et théologie
2015-2016
Collège des Bernardins,
Centre Sèvres,
Institut catholique de Paris
Cinéma/Parole/Société/Recherche
2014-2016
Jérôme Alexandre
Rodolphe Olcèse