Recherche / Economie et Société

Gouvernement de l’entreprise, creation de commun

L’entreprise, telle qu’elle s’est déployée au xxe siècle, a rendu possible un progrès scientifique et technologique sans précédent, au point de modifier radicalement nos sociétés et notre environnement. Les entreprises, créatrices potentielles de nouvelles communautés, se révèlent d’une extraordinaire puissance pour modeler les communs. Aussi devons-nous concevoir un mode de gouvernement qui canalise cette puissance d’action au service de l’intérêt collectif. De même, les entreprises mondialisées d’aujourd’hui ne peuvent pas être considérées simplement comme des acteurs privés qui poursuivraient légitimement leurs intérêts propres.

Le programme « Gouvernement de l’entreprise & création de commun » vise à poursuivre l’effort de reconstruction d’une théorie de l’entreprise pour penser un mode de gouvernement favorisant effectivement la création de relations sociales fécondes et de communs.
Il s’appuie sur les résultats des programmes antérieurs (2009-2011) et 2012-2014. Ces travaux ont montré que l’entreprise reste un impensé dans les sciences sociales et que la « grande déformation » de l’entreprise était liée à une lacune théorique sur la nature de l’entreprise et ses fondements, ainsi qu’à l’absence d’un droit propre de l’entreprise, en complément du droit des sociétés. L’équipe de recherche a posé les jalons d’une théorie renouvelée de l’entreprise qui rend compte de la spécificité liée à son apparition à la fin du xixe : le contrat de travail et le management moderne, au service d’une mission de création collective.
Cette perspective conduit à repenser l’entreprise y compris dans sa dimension politique : les relations de pouvoir demandent à être reconsidérée en introduisant la catégorie des communs entre les intérêts privés et l’intérêt public ; le schéma de gouvernance par la société, les modes d’association, l’organisation du dialogue social, le partage des résultats et des risques demandent à être revisités à partir d’une nouvelle représentation des fondements de l’entreprise et de ses finalités.

Le travail sera mené de manière à caractériser des schémas d’association et de gouvernement propres à l’entreprise. Pour cela, l’équipe de chercheurs pluridisciplinaire s’attachera à collecter du matériau empirique et à discuter les modèles théoriques sur plusieurs axes :

  • Modèles d’association et de solidarité : le modèle de l’association des actionnaires au sein de la société est insuffisant pour fonder l’engagement des collaborateurs dans le projet de création collective que mène l’entreprise. Dès lors, il est nécessaire de reconsidérer les principes d’attribution des droits et des responsabilités aux actionnaires et de penser des principes de solidarité adaptés aux dynamiques de création collective : solidarité interne, mais aussi solidarité inter-entreprises et avec l’environnement et les parties prenantes.
  • Direction et co-direction : l’entreprise moderne est née avec une nouvelle forme de l’autorité, la direction, qui constitue un corps social inédit, l’entreprise. Mais la figure du chef d’entreprise n’a pas été véritablement conceptualisée et le droit n’a pas spécifié son statut, la latitude nécessaire à son action, les conditions d’exercice de son autorité. L’enjeu est donc de modéliser de manière plus fine la fonction managériale, y compris dans sa dimension politique, pour  être en mesure de structurer la fonction de direction en lui permettant d’exprimer les potentiels de création collective de l’entreprise.
  • Co-détermination : cette forme de gouvernement d’entreprise originale, encore  sous-théorisée, sera étudiée, ainsi que son histoire  et ses répercussions au niveau de la construction européenne, pour voir dans quelles mesures elle rouvre des perspectives théoriques et normatives pour l’entreprise globalisée du xxie siècle.

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