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Engendrer ou créer ? Vers l’homme fabriqué ? - 2022/2024

Cette recherche propose d'apporter des éclairages pluridisciplinaires sur les pratiques médicales et les évolutions sociétales liées à la conception de nouvelles vies.

engendrer ou créer

Dans le débat sur les lois de bioéthique et sur les bouleversements apportés dans l’ordre de la filiation, ce séminaire de recherche du département Ethique biomédicale souhaite apporter des clés de discernement en croisant le regard de la philosophe, la théologie, la médecine, ainsi que d’autres sciences, en même temps que l’écoute de certaines expériences de médecins.

L’engendrement tend à être remplacé par la « création » d’enfant que l’on programme. L’artificialisation de la transmission de la vie a été présentée et accueillie comme une thérapie, d’abord contre l’infertilité tout court, puis contre l’infertilité « sociale ». La médecine a donc été arraisonnée pour répondre aux désirs des adultes souhaitant devenir parents.

Les objectifs de cette recherche pluridisciplinaire seront de :

  • Nourrir la réflexion éthique sur les bouleversements apportés dans le domaine de la transmission de la vie humaine. 
  • Interroger les limites des pratiques médicales et soignantes entre ce qui est possible et ce qui est souhaitable. 
  • S’inscrire dans les débats actuels de la révision des lois de bioéthique.

Contexte

Toute personne humaine est engendrée. Engendrée d’autres personnes semblables, dont la volonté de concevoir est plus ou moins engagée dans une étreinte charnelle ou un processus technique de reproduction artificielle. Pour les croyants et quel que soit le mode de conception, l’enfant est créé par Dieu. Le christianisme ajoute cette spécificité d’un engendrement intra-divin, le Fils étant éternellement engendré et non créé, consubstantiel au Père. C’est pourquoi Paul voit en Dieu le Père celui « de qui toute paternité au ciel et sur la terre tire son nom » (Ep 3,14). En net contraste, les transhumanistes rêvent aujourd’hui de pouvoir se substituer à « mère nature » en créant un « homme augmenté » qui ne soit plus engendré.

Même artificialisé, l’engendrement reste encore lié au corps sexué, donc au désir et à ses objets, entre attirance, don de soi et aspiration à posséder. La mythologie grecque a exploré les dédales des désirs liés à la transmission de la vie, jusqu’à l’illusion déraisonnable de pouvoir fabriquer un être correspondant parfaitement à nos fantasmes. Les mythes anciens taclaient la démesure, l’avènement des sciences modernes va au contraire encourager Francis Bacon et ses successeurs à bâtir avec elles des utopies « en vue de réaliser toutes les choses possibles ». Les succès du libéralisme et de son exaltation de l’autonomie vont conduire à la récupération de l’utopie technoscientifique au profit des désirs individuels. Mystérieusement, Mary Shelley comprit dès 1816 que, couplée à la dérégulation voulue des comportements sexuels, corollaire de l’affranchissement du père, la technoscience envahirait le domaine de la procréation : ce fut le mythe de Frankenstein.

Dans la seconde moitié du XXe siècle, les sociétés dotées des structures médico-techniques suffisantes ont largement entériné l’introduction de techniques artificielles au service d’un « projet parental ». Le préalable en a été la dévalorisation de l’enfant in utero, d’abord au stade fœtal par la dépénalisation de l’avortement, puis au stade embryonnaire lorsque l’embryon humain est devenu disponible in vitro. Ce même préalable a conduit à l’ambivalence de l’utilisation des techniques permettant un diagnostic prénatal, soit pour permettre de remédier précocement à des défaillances repérées, soit beaucoup plus souvent pour interrompre une vie grevée d’un handicap redouté. Petit à petit l’engendrement tend à être remplacé par la « création » d’enfant que l’on programme, éventuellement dont on choisit les caractéristiques ou encore que l’on élimine lorsqu’il ne correspond pas au désir s’étant projeté sur lui. Dès lors, le lien généalogique est fragilisé, voire occulté, pour faire place à une relation entre adultes et enfants dont le socle est uniquement la volonté des premiers de concevoir les seconds.

L’artificialisation de la transmission de la vie a été présentée et accueillie comme une thérapie, d’abord contre l’infertilité tout court, puis contre l’infertilité « sociale ». La médecine a donc été arraisonnée pour répondre aux désirs des adultes souhaitant devenir parents. Le séminaire de recherche souhaite apporter une réflexion critique sur ces pratiques adoubées par une « bioéthique » ayant rompu, entre autres, avec une quelconque référence à la nature humaine, encore moins avec l’idée d’une « loi naturelle ». Il est important dès lors de clarifier ce que l’on entend par « nature ». D’autre part, le réveil d’une conscience écologique a conduit le monde chrétien à interpeller les générations présentes sur l’opportunité d’une « écologie humaine », le questionnement sur les technologies reproductives y trouvant sa place. Il convient de ne pas oublier que la transmission de la vie, source de joie, a toujours été le lieu de bien des souffrances comme de convoitises. Parmi les plus médiatisées, nous trouvons les désirs de parenté de personnes transsexuelles et la course vers l’utérus artificiel. Demeurent des questions plus anciennes comme le déni de grossesse, les complexités de l’adoption, les tentations eugénistes.

C’est principalement à partir d’une interrogation philosophique sur l’enjeu de ces bouleversements anciens et nouveaux dans le chemin de l’engendrement et de la recherche théologique sur le mystère de l’« Unique-engendré » , que la recherche propose de visiter les questions éthiques traversant la révolution procréatique.

Méthode

Ce séminaire s’organise en séance mensuelle, portant sur une question et réunissant une équipe de chercheurs et praticiens. A chacune des séances, une intervention permet de nourrir les réflexions et d’apporter une expertise, suivie d’une discussion avec les membres de l’équipe de recherche.

Programme

(Séances du séminaire réservées à l’équipe de recherche pluridisciplinaire : chercheurs, professionnels, étudiants.... Chaque séance a lieu le mercredi de 18h à 20h au Collège des Bernardins)

Mercredi 12 janvier 2022
Un enfant nous est né. D’où vient-il ? « Que sera cet enfant ? » Hannah Arendt
David SMADJA, maître de conférences en science politique, université Gustave Eiffel
Compte-rendu de la séance

Mercredi 9 février 2022
Christologie : que veut dire que le Christ est « engendré non pas créé »

P. David SENDREZ, professeur extraordinaire, Faculté Notre-Dame, Collège des Bernardins
Compte-rendu de la séance

Mercredi 16 mars 2022
Les technologies reproductives : apport de la psychopathologie de la conception humaine

Benoit BAYLE, psychiatre, Établissement Public de Santé, Etampes
Compte-rendu de la séance

Mercredi 6 avril 2022
Le projet parental et la technique

Dominique FOLSCHEID, professeur émérite, Université Gustave Eiffel    
Compte-rendu de la séance

Mercredi 11 mai 2022
Définitions juridiques. Le travail sur les mots. Jurisprudence. Droit pénal. Droit de l’enfant

Aude MIRKOVIC, maître de conférences en droit privé, Université d'Evry

Mercredi 8 juin 2022
Homme et femme il les créa. Bible et différence sexuelle

P. Jean-Philippe FABRE, exégète, Faculté Notre-Dame de Paris, Collège des Bernardins

En partenariat avec :

 

Thématiques de recherche :

Engendrer ou créer ? Vers l’homme fabriqué ?
2022-2024
Véronique Lefebvre des Noëttes
P. Matthieu Villemot
La médecine confrontée aux limites
2020-2022
P. Brice de Malherbe
Véronique Lefebvre des Noëttes
Que vaut le corps humain ? Médecine et valeurs du corps
2017-2019
P. Brice de Malherbe
Dominique Folscheid
Anne Lécu
Humanisme, transhumanisme, posthumanisme
2015-2016
P. Brice de Malherbe
Dominique Folscheid
Religion, éthique et médecine bio-technicienne
2012-2014
P. Brice de Malherbe
Dominique Folscheid
Vie normale, vie parfaite, vie handicapée
2010-2012
P. Brice de Malherbe
Dominique Folscheid