Presse

Quatuor Béla / Centenaire+KingQ4

Communiqué de presse - Concert dans le cadre du cycle Alterminimalismes le 12 janvier 2012.

Le Collège des Bernardins présente

Quatuor Béla / Centenaire+KingQ4:

Répétitions

Première partie : Quatuor Béla
œuvres de Glass, Nancarrow, Feldman, Volans

Deuxième partie : Centenaire+KingQ4
rock improvisé

Jeudi 12 janvier 2012, 20h, Grand auditorium

Dans le cadre de la troisième saison de «Questions d’artistes» – Création contemporaine au Collège des Bernardins : une programmation arts plastiques / arts vivants / musique.

De janvier à juin, quatre concerts viennent poursuivre et amplifier le cycle «Alterminimalismes » constitué d’une série de doubles programmes mixant musiques «savantes» et «non savantes». Conçu comme un vagabondage stylistique et musical à travers la création contemporaine autour des possibles avatars contemporains du minimalisme, ce cycle est envisagé au sens le plus « flottant » du terme. La manière dont la musique des compositeurs américains interprétée par le fascinant Quatuor Béla trouve un écho dans le rock hypnotique de Centenaire. Les artistes en présence, comme ceux qui les ont précédés lors des précédents volets d’ «Alterminimalismes» - Jay Gottlieb, Philip Jeck, Quentin Sirjacq, Oren Ambarchi, Stephan Mathieu, Joseph Ghosn et Rhys Chatham, Rachel Grimes, Oval - invitent, chacun à leur manière, à une écoute affranchie et recueillie.

Répétitions est un double programme autour de l’idée de musique « répétitive » mettant aux prises deux formations de trentenaires qui, dans leurs domaines respectifs, se distinguent autant par l’intensité de leurs prestations scéniques que par leur talent à élargir les frontières stylistiques. Encadré par deux quatuors de Philip Glass - avec le rare Quatuor n° 1, unique expérience atonale de son auteur, et Company, le Quatuor Béla nous propose une exploration buissonnière de la musique minimaliste américaine. Quant au groupe de « folk minimaliste » Centenaire, épaulé par le musicien KingQ4, il va s’évertuer à appliquer au rock cet idiome répétitif, au fil de longs morceaux hypnotiques, mi-écrits, mi-improvisés.

Quatuor Béla

Fondé en 2003, le Quatuor Béla est composé de quatre jeunes musiciens lyonnais issus des CNSM et Lyon et Paris : Julien Dieudegard, Frédéric Aurier, Julian Boutin et Luc Dedreuil. Ils se sont rassemblés autour du désir de défendre le répertoire contemporain (Ligeti, Crumb, Scelsi, Dutilleux...) et la création sous toutes ses formes : musique mixte, improvisation, théâtre musical ou encore commandes. Ils se produisent sur des scènes emblématiques de la musique d’aujourd’hui, telles que la Biennale Musique en scène, les festivals Why Note, Les Musiques ou Musique Action, le GMEA, etc. Leur désir naturel de rencontres les amène à travailler avec des artistes d’horizons parfois éloignés : Jean-François Vrod, Albert Marcœur, Anne Bitran, Fantazio, Moriba Koïta... De ces collaborations sont nées des spectacles, un disque, des concerts, des projets (Retour sur le Coissard Balbutant, Travaux pratiques, Machina Mémorialis, Impressions d’Afrique...). Convaincus que l’expression savante contemporaine doit jouer un rôle primordial, voire fédérateur, auprès de toutes les musiques vivantes et neuves, ils participent à des manifestations volontairement hybrides - dont ils sont parfois les organisateurs -, avec des compagnons de route tels que Denis Charolles, Fantazio ou Sylvain Lemêtre, où chacun tente d’entretenir avec le public une relation moderne sincère et sensible. En témoigne notamment le festival Les Nuits d’été, initié tous les étés en Savoie, par l’altiste Julian Boutin.
Pour en savoir plus sur le Quatuor Béla : www.quatuorbela.com

Centenaire et KingQ4

Centenaire a été formé en 2006 par trois figures phares de la scène rock indépendante parisienne : Damien Mingus (My Jazzy Child), Aurélien Potier et Orval Carlos Sibelius, rejoints par Stéphane Laporte (Domotic) à la fin de l’année 2006. Ensemble, ils composent une musique qui oscille entre pop baroque, folk progressif et rock féerique, proche de l’univers de Robert Wyatt et de l'École de Canterbury : un univers musical au départ très minimal (violoncelle, guitare, charango et voix), mais que sont venus étoffer de nombreux autres instruments, pour la plupart acoustiques, comme en témoignent les deux albums publiés par Centenaire pour le label Chief Inspector. Depuis le départ d’Orval Carlos Sibelius, fin 2009, le groupe continue sous forme d’un trio.

Bertrand Groussard, alias KingQ4, est une figure singulière de l'underground musicale français. Enregistré en plein dans le creux de la vague entre la première et la deuxième vague « French Touch », son premier album, convoquant autant les mélodies enfantines de François de Roubaix que la polyrythmie de la musique africaine ou les envolées solaires de Steve Reich, est considéré comme une des pierres angulaires de l'électronica « made in France ». Après une poignée de concerts, il endort pourtant un temps la musique en solitaire, se consacrant plus volontiers à la musique des autres en tant que batteur (Encre, The KonkiDuet, Matt Elliot...), ou au sein de projets comme Arafight, Section Amour et J&Y.

Pour en savoir plus sur Centenaire et KingQ4 : www.centenaire.net / http://kingq4.free.fr

Entretien avec le Quatuor Béla par David Sanson, extrait de la revue Questions d’artistes N° 3, publiée par le Collège des Bernardins

Le Quatuor Béla excelle à s’échapper des sentiers balisés de la musique « classique » pour mieux redonner à celle-ci toute sa place dans le monde d’aujourd’hui. En témoigne des concerts souvent hors normes, d’une intensité et d’une inventivité peu communes.

David Sanson (DS) : Comment avez-vous décidé de former le Quatuor Béla ? Que recherchez- vous ? Quatuor Béla (QB) : Les instrumentistes à cordes sont rarement des animaux solitaires et cherchent à se regrouper souvent. Peut-être avons-nous acquis dans nos gènes, par une pratique ancestrale de l’orchestre, ce besoin de faire du son à plusieurs. Nous étions amis et c’est assez naturellement que nous nous sommes « ligués » tous les quatre lorsque l’envie nous est venue, après nos études, de défendre aussi le répertoire moderne : l’amitié est importante, je crois, car la discipline particulièrement exigeante du quatuor à cordes ne résiste pas à un assemblage qui serait uniquement professionnel. Nous cherchons à chercher, voir si la terre est ronde. Tant que le bateau ne tombe pas dans le gouffre, on rame!

DS : Le Quatuor fait la part belle à la musique de l’après-guerre et à la création : pourquoi cette orientation ? QB: Nous jouons en effet ce répertoire pour des raisons qui semblent évidentes : artistiquement, socialement, politiquement, philosophiquement et enfin humainement, il est plus vital de jouer des œuvres de créateurs vivants ou récents que de jouer les splendeurs du passé. L’un n’excluant pas l’autre, évidemment. Mais aujourd’hui la proportion de diffusion est dramatiquement en faveur des grands « classiques », au point de rendre la musique d’aujourd’hui marginale ! Ce qui est un non-sens problématique.

Nous avons la chance d’avoir un compositeur parmi nous quatre : Frédéric Aurier. C’est avec beaucoup de fierté que nous jouons ses compositions. Elles s’inscrivent dans la belle diversité des esthétiques d’aujourd’hui, diversité que nous tentons de défendre dans son ensemble sans trop nous encombrer d’idéologies sectaires.

DS : Vous donnez des concerts atypiques, vous multipliez les projets transversaux, avec le Jean-François Vrod ou le musicien malien Moriba Koïta... L’idée de « dépoussiérer » l’image de la musique classique vous préoccupe-t-elle ? Que retirez-vous de ces expériences ?

QB: Ce n’est pas exactement ça, car encore une fois nous ne nous plaçons pas en opposition par rapport à l’univers de la musique classique, et les grandes œuvres fondatrices ou révolutionnaires du passé ne seront jamais poussiéreuses. En outre, la meilleure façon de les faire entendre est certainement le cadre du concert traditionnel tel qu’on le conçoit encore de nos jours. Si nous avons exploré (et beaucoup l’ont fait avant nous) de nouvelles formes de représentation, c’est que les enjeux contenus dans les œuvres récentes nous poussent souvent à le faire. En effet, on n’écrit plus aujourd’hui de la musique pour les mêmes raisons qu’hier, ni pour le même public, ni dans le même but. Il est donc normal et important de faire évoluer les formes de restitution.

Ce que l’on retire des multiples expériences dans ce domaine est la sensation de participer modestement à une réflexion globale collective, engagée bien avant nous mais toujours d’actualité, sur le positionnement de l’art dans la société et qui dépasse les contingences trop souvent mercantiles, médiatiques ou mondaines de la sphère du business musical.

DS : Comment concevez-vous les programmes de vos concerts, et comment avez-vous conçu en particulier celui du 12 janvier ? Qu’évoque pour vous le terme de « minimalisme » ?

QB: Nos programmes ne sont pas tous mûrement réfléchis, parfois il s’agit tout simplement de la juxtaposition de pièces que nous aimons (ce qui est une bonne façon de concevoir un programme !). Mais certaines œuvres, comme Black Angels de George Crumb ou Gran Torso de Helmut Lachenmann, par les secousses bénéfiques qu’elles infligent à nos habitudes musicales, nous imposent de concevoir autour d’elles un « dispositif » sonore afin de les mettre en évidence. Quant au programme du 12 janvier, il est le fruit de l’intérêt que l’on porte à ce répertoire.

Lorsque la demande nous a été faite de réfléchir au « minimalisme » comme fil conducteur d’une série de concerts au Collège des Bernardins, nous avons bien sûr pensé aux pères fondateurs de ce mouvement (John Cage, Morton Feldman), mais aussi à ce qu’il a déclenché chez d’autres compositeurs et dans l’histoire de la musique en général.

Le « minimalisme » est d’abord un mouvement artistique et de pensée qui a apporté une des réponses nécessaires aux affres politiques de la première partie du XXe siècle. C’est d’ailleurs une magnifique occasion de constater, une nouvelle fois, que la création suit toujours son cours aussi sûrement qu’un ruisseau va vers la mer, et qu’il est inutile de s’accrocher en pleurant aux dorures du passé en prétextant qu’on ne fera jamais mieux ! C’est aussi une notion toujours moderne, qui rappelle à l’humain un certain retour à la lucidité et qui impose une économie de moyens dans la production d’objets, qu’ils soient artistiques ou autres. La contrainte et la simplicité sont encore pour longtemps les mamelles fécondes des réflexions et réalisations futures.

Entretien avec Damien Mingus par David Sanson, extrait de la revue Questions d’artistes N° 3, publiée par le Collège des Bernardins

Déployant avec un enthousiasme juvénile une maturité hors d’âge, le groupe Centenaire réussit à produire l’une des musiques qui, sans jamais chercher à coller à son époque, est l’une des plus inspirées qui se composent aujourd’hui. Avec KingQ4, le trio improvise un rock répétitif à la fois primal et cultivé.

David Sanson (DS) : Comment définiriez-vous vos musiques respectives ? Et comment celle de Centenaire a-t-elle évolué depuis le départ d’Orval Carlos Sibelius en 2009 ?

Damien Mingus (DM) : KingQ4 est un projet de musique électronique, très mélodique et rythmique, qui a débuté vers l’an 2000. Son disque est le tout premier publié par le label Clapping Music. Il a depuis fait paraître plusieurs maxis et vidéos. Mais Bertrand Groussard est aussi un batteur qui a joué dans plusieurs formations différentes (Matt Elliot, Encre, The Konki Duet...) et qui a aussi un nouveau projet, sous le nom de J&Y.
Avec Centenaire, nous avions démarré le groupe avec l’idée de faire une sorte de rock baroque : utiliser des instruments tels que le charango, le violoncelle, une guitare à 12 cordes... Nous étions alors très influencés aussi bien par le post-rock que par le folk progressif anglais de Pentangle ou Robert Wyatt, mais aussi par la musique baroque : Marin Marais, Sainte-Colombe, John Dowland. Après le départ de Orval, le guitariste, nous avons décidé de rester en trio et de voir ce que ça donnerait. On a échangé nos rôles (le batteur est devenu guitariste, le violoncelliste batteur...) et continué à travailler comme on l’avait toujours fait : en improvisant et en enregistrant systématiquement tout ce que nous faisions, sélectionnant ensuite ce qui nous plaisait. Et le résultat était beaucoup plus rock, voir noise. Cela dit, si la forme a changé, le fond est le même, et je pense que l’on retrouve tout a fait la « patte » de Centenaire. Le nouveau disque est enregistré et il devrait sortir courant 2012.

DS : On a parfois parlé de minimalisme à votre propos : qu’en pensez-vous ? Qu’évoque pour vous ce terme – et la musique des compositeurs minimalistes américains ?

DM : Aussi bien pour KingQ4 que pour Centenaire, les minimalistes américains ont été une vraie influence, que ce soit Terry Riley, Morton Feldman ou, évidemment, Steve Reich. Pour Centenaire, l’approche minimaliste, aussi bien dans les compositions que dans le choix des instruments, est un choix de départ, une esthétique qui nous a servi de contrainte.
Il est vrai que pour toute la génération de musiciens dont nous faisons partie, la rencontre avec le minimalisme a été à la fois déterminante et très logique : il y a un lien entre ces musiques, la musique électronique et le post-rock des années 1990. Les cycles et la répétition de motifs très mélodiques chez Reich sont des procédés très facilement « adaptables » et une vraie source d’inspiration, notamment dans les musiques électroniques. On peut aussi faire des liens entre le rock psychédélique et la musique de Terry Riley par exemple...
Ces approches de la répétition et des cycles influent parfois sur notre musique, mais aussi sur l’utilisation d’instruments particuliers : orgues, marimbas, shakers... On ne cache pas que tout cela fait partie de notre bagage musical !

DS : Quel est le principe de cette réunion entre Centenaire et KingQ4 ? Comment travaillez- vous ?

DM : Nous nous connaissons depuis longtemps, et cela correspondait d’abord à une envie de rejouer ensemble, depuis notre concert donné en 2010 à l’Udo Bar, à Paris. Ce concert avait été enregistré et le résultat paraît ces jours-ci sous forme d’un vinyle, Asper#2, que nous partageons avec un artiste de musique électronique, Guido Möbius, dans une collection initiée par le label Dokidoki et l’Udo Bar. Comme l’expérience nous avait beaucoup plu, on a continué à jouer et enregistrer ensemble.
Ce sont des improvisations, avec KingQ4 en deuxième batteur. Une approche très brute et directe, jouant sur les textures, le bruit, les amplis... Nous sommes notamment assez influencés, il faut bien l’avouer, par This Heat, un groupe immense qui mêle musique tribale, expérimentale, pop... tout ce qu’on aime ! L’idée n’est évidemment pas de livrer une copie de leur musique, mais disons que nous appréhendons ces improvisations suivant des critères comparables.

DS : Quel regard portez-vous sur la scène rock actuelle, et quelles musiques écoutez-vous ?

DM : On écoute vraiment beaucoup de choses différentes, même si on vient tous, plus ou moins, du rock. Mais quand on aime la musique en 2011, il est difficile de se contenter d’un seul style : nous écoutons pas mal de rock, mais aussi de la musique électronique dans la lignée du label Warp, du jazz, du metal... En même temps, cette profusion de musiques et de groupes est quelquefois un peu effrayante : les différentes micro-modes génèrent beaucoup de très mauvaises choses, il faut l’avouer. Aussi revenons-nous souvent à nos « valeurs sûres » à nous : This Heat, les Beatles, Sonic Youth, John Coltrane, Morton Feldman, le Velvet Underground, Thee Oh Sees, Broadcast, pour n’en citer que quelques-uns...

Informations pratiques

Jeudi 12 janvier 2012, 20h, Grand auditorium

Tarifs : 14€ (plein), 8€ (réduit)

www.collegedesbernardins.fr

Question d’artistes

Les artistes qui composent cette programmation ont en commun une pratique expérimentale de leur art. La musique est pour eux, comme les autres formes de l’art, le lieu d’une recherche qui interroge l’humanité de l’humain et ses représentations. Les œuvres qu’ils élaborent ont pour spécificité de naître de leur propre disparition et sont une mise en partage d’expériences sensibles. L’économie de moyens qui les caractérise se joue au profit de la relation de coprésence des auteurs et de l’audience.

Programmateur chargé de la musique : David Sanson

David Sanson a exercé durant près de quinze ans le métier de critique musical et de journaliste (à la rédaction en chef des revues Classica, puis Mouvement). Auteur d'un essai biographique consacré à Maurice Ravel (Actes Sud-Classica, 2006), il a également participé, chez Robert Laffont, aux ouvrages collectifs Tout Mozart, Tout Bach, ainsi qu'à la réédition du Dictionnaire du rock de Michka Assayas actuellement en préparation.

Il s'est efforcé de mettre à profit cette double culture, à la fois rock et classique, à travers ses différentes expériences de programmateur et conseiller artistique - notamment au sein du festival Santarcangelo dei Teatri (Italie) en 2006-2007, ou dans le cadre de la soirée « Bach to the Moon » présentée au Théâtre du Châtelet en février 2009. David Sanson mène par ailleurs une activité de musicien sous le nom de That Summer.

LE COLLÈGE DES BERNARDINS

Édifice exceptionnel du XIIIe siècle récemment restauré, le Collège des Bernardins est ouvert au public depuis septembre 2008.

C’est aujourd’hui un lieu dédié aux espoirs et aux questions de notre société et à leur rencontre avec la sagesse chrétienne. Tous sont invités à participer à ces dialogues par des travaux de réflexion ou de recherche, de formation ou d’expression artistique.

Plusieurs activités au service de l’Homme dans toutes ses dimensions (spirituelle, intellectuelle et sensible sont proposées : l’art (expositions d’art contemporain, art vivant, musique), les rencontres et débats (conférences, colloques), la formation (École Cathédrale) et la recherche.

Le Collège des Bernardins s’appuie sur un pôle de recherche composé de six départements : « Sociétés humaines et responsabilité éducative », « Économie, Homme, Société », « Éthique biomédicale », « Société, Liberté, Paix », « Judaïsme et christianisme », « La parole de l’art ». Son originalité est de réunir universitaires, praticiens et théologiens autour de la question essentielle de l’homme dans une approche pluridisciplinaire.

www.collegedesbernardins.fr