Presse

Performance – Grand Magasin

Communiqué de presse. Performance les 12 et 18 février 2012.
 
Dimanche 12 février 2012, 17h
Samedi 18 février 2012, 20h
Grand auditorium

Dans le cadre de la troisième saison de Questions d’artistes – Création contemporaine au Collège des Bernardins : une programmation arts plastiques / arts vivants / musique.

Pour ce premier rendez-vous arts vivants, le Collège des Bernardins invite Grand Magasin à présenter leur nouvelle création, Bilan de compétences, qui se présente comme une audition. Douze personnes d’horizons divers chantent l’une après l’autre l’histoire de leur voix. Les airs se succèdent dans des styles variés, brossant une galerie d’autoportraits vocaux. Chacun, à son tour candidat et juré, raconte ses difficultés ou facilités à chanter, de façon naturelle, travaillée, sauvage ou policée. Le style musical de chaque contribution est à la discrétion de l’interprète. Refrain de colonie de vacances, récitatif, lied romantique, air d’opéra, chanson pop offrent des modèles plus ou moins lointains mais chacun se sent libre de composer à sa guise sans souci d’excellence ou de virtuosité. L’hétérogénéité de l’ensemble se veut à l’image de la diversité des autoportraits. Le soliste peut, le cas échéant, demander à l'un des jurés de l'accompagner d'un instrument, ou à tous de reprendre en chœur. Mais l'essentiel de sa prestation demeure individuelle : l'histoire particulière d'une voix racontée et chantée par cette voix elle-même.

L'événement a lieu sur une estrade, dans le grand auditorium. Les participants sont assis du même côté d'une longue table, tel un jury, à gauche de la scène. Sauf un, qui est debout au centre. Lorsqu'il a terminé son couplet, il rejoint la table et l'un des occupants lui cède sa place pour aller chanter. Chacun y passe : une douzaine de fois juré, une fois candidat.

Le jury n'est aucunement critique. Sa fonction est d'encourager et de soutenir. Il n'y a ni enjeu ni compétition entre les membres. Si la situation et la disposition des lieux évoquent une audition ce n'est que pour solenniser le moment. Les interventions sont parfois suivies de commentaires positifs ou généraux de l'ensemble du groupe. Quelques anecdotes seront lâchées.

Parmi les personnalités du spectacle qui participent à cette création, le chorégraphe Jérôme Bel, le pianiste Antoine Bernollin, l’autodidacte Christophe Salengro par exemple....

L'histoire particulière d'une voix racontée et chantée par cette voix elle-même.

Quels que soient les mots qu’elle prononce, une voix évoque par son timbre, sa couleur, son phrasé, sa puissance une histoire singulière et brosse un autoportrait. Lorsque le sens même des paroles vient compléter le tableau (« je suis un peu enroué ce matin », « excusez-moi c’est l’émotion », « je suis en pleine forme depuis que j’ai arrêté »,

« ...aphone...trop crié hier soir ») nous abordons les mystères de l’auto-description, de la redondance et ses jeux de miroirs. Un labyrinthe que Grand Magasin ne cesse de parcourir mais qui reste toujours inexploré.

Il dit d’un ton mal assuré combien il manque d’assurance. Elle parle timidement de sa timidité. Je chante avec enthousiasme mon enthousiasme à chanter. Tu clames avec puissance la puissance de ta clameur. « quel doux murmure » murmure-t-il avec douceur. Il évoque d’une voix suave la suavité de sa voix. Elle décrit en hésitant les hésitations de son phrasé.

Les participants : Jérôme Bel (chorégraphe aphone) Antoine Bernollin (pianiste stéphanois) François Chaignaud (danseur à la voix d’or) Étienne Charry (compositeur chanteur pop) Ondine Cloez (danseuse peu chanteuse) Jacqueline Hiffler (voix dans un chœur liturgique) Babeth Joinet (chef de chœurs et chorales) Jérôme Marin (le Chanteur d’Orléans) Dominique Pautas (soprano) Victor Ramos (bédette ibérique) Christophe Salengro (autodidacte célèbre) Claudia Triozzi (chorégraphe cantatrice) Pascale Murtin et François Hiffler (activistes infra-disciplinaires)

Grand Magasin

Grand Magasin a été fondé en 1982 par Pascale Murtin et François Hifler. Ces derniers ont conçu ensemble une vingtaine de pièces, numéros et performances, s’adjoignant à l’occasion les services de leurs amis. Leur travail a marqué la scène française de la danse et du théâtre dits expérimentaux de ces 20 dernières années et est à l’origine de son renouvellement au cours des années 1990.

> Entretien avec Pascale Murtin et François Hifler, publié dans le n°3 de la revue Questions d’artistes - création contemporaine au Collège des Bernardins.

Grand Magasin (GM) : Tous nos spectacles ont été écrits en commun. À deux au minimum, à trois au maximum. Nous ne nous sommes jamais risqués à écrire en solo. Parce que cette position ne nous paraît pas suffisamment dialectique. Il peut y avoir quelques incartades. Pascale a par exemple un tour de chant tout personnel que François se contente d’accompagner musicalement. Mais d’une manière générale, nous avons besoin d’échange et de confrontation dans l’élaboration. À deux ou trois nous réfléchissons, au sens optique du terme. Nous évoluons avec une grande lenteur. Une lenteur que nous entretenons. Nous apprenons en traînant les pieds, presque à reculons. Ayant toujours craint de devenir virtuoses nous avons cessé tout entraînement physique il y a longtemps.

Yvane Chapuis (YC) : Qu’est-ce qui motive ce rejet de la virtuosité ?

GM : Il répond principalement au souhait de proposer des formes et des manières de faire qui soient accessibles à tous. Que nos spectacles ne soient jamais une démonstration d’excellence.

YC : Quelle est votre formation ?

GM : Danseur et danseuse. Nous nous sommes rencontrés grâce au chorégraphe Pierre Droulers. Il cherchait des personnes inexpérimentées. Il est très bien tombé ! C’est à la suite du trio pour lequel il nous avait engagés que nous avons décidé d’arrêter tout entraînement. C’était un choix éthique, esthétique. Faire sur scène quelque chose que la plupart des spectateurs n’auraient pu faire nous semblait déplacé. Il importait d’éviter de devenir des experts, sans pour autant laisser de côté rigueur et précision.

YC : Qu’est-ce que l’expertise empêche selon vous ?

GM : L’expertise, du moins son exhibition, établit une échelle de valeur entre ce qui est bien exécuté et ce qui ne l’est pas. Le principe d’équivalence de Robert Filiou « bien fait, mal fait, pas fait » nous réjouit très sincèrement. C’est exactement cela même ! L’intérêt que peut dégager une proposition ne vient pas du fait qu’elle soit bien ou mal exécutée. Un de nos grands modèles dans ce sens-là est Stuart Sherman, ce performeur américain que nous avons eu la chance de croiser. Son mode d’exécution nous a toujours ravis et encouragés. Il était peu doué d’un point de vue coordination physique, peut-être un peu dyslexique. Nous l’avons vu faire des ratages et recommencer sans sourciller parce que l’essentiel pour lui était que la chose ait lieu. Comme dans un rituel. Comme dans certains rites religieux. Les choses doivent avoir lieu et l’officiant n’est pas tenu d’être un bon performeur ou une bête de scène. Ce ne sont pas ses qualités d’acteur qui rendent le rite plus valide. L’un de nos buts était, est encore, le « spectacle invisible ». Un spectacle à l’issue duquel on ne pourrait pas dire exactement ce qu’on a vu tout en ayant conscience d’avoir vécu un moment exceptionnel. Un spectacle insaisissable, non-rétinien, qui plus qu’à l’œil et l’oreille s’adresse à l’imagination et à l’intellect. C’est peut-être une utopie. Elle motive en tout cas notre peu de souci de la scénographie et de l’éclairage. Elle nourrit la conviction que la performance individuelle de l’exécutant compte moins que l’ensemble de la composition. Nous en avons tenté une approche avec Prévisions pour les 22, 23, 24, 25 septembre 2011 qui proposait une série d’évènements discrets se succédant irrégulièrement dans un quartier périphérique de la ville de Genève. Un livret disponible sur place décrivait d’avance chaque action, précisant l’heure exacte et l’emplacement. Il s’agissait d’actions peu spectaculaires, à peine remarquables, s’apparentant à l’activité quotidienne, ponctuellement effectuées par de nombreux complices habitant le quartier. Monter ou descendre un escalier, emprunter l'ascenseur, laver ou garer sa voiture par exemple). Les faits annoncés se produisaient comme par miracle en temps et lieu, qu’il y ait des spectateurs ou pas.

YC : À vous écouter, on vous inscrirait volontiers dans la tradition de l’art conceptuel.

GM : Élargir la recherche aux départements limitrophes (2001) est une autre tentative de ne pas limiter le spectacle au périmètre de la salle. Nous sommes là, présents sur la scène, régulièrement interrompus par des appels téléphoniques venant de l’extérieur. C’est une tentative de considérer le monde hors de la scène. C’est une manière de déplacer l’intérêt ailleurs que sur la personne du performeur et des objets présents dans la salle. La question de l’expertise nous conduit assez directement à l’expérience que nous allons faire au Collège des Bernardins avec Bilan de compétences. Nous interrogeons aujourd’hui nos dogmes. Au bout de trente ans, ai-je choisi le bon sentier ? Je suis encore à me demander... Ce prétendu bilan concerne la pratique du chant... Nous avons demandé à une douzaine de personnes, dont nous-mêmes, de raconter en quelques mots l’histoire de leur voix et de venir tour à tour la chanter.

Nous ne cherchons pas à faire un catalogue d’expertises différentes, mais plutôt à essayer de célébrer gaiement différentes façons d’exploiter, ou pas, ce patrimoine naturel qu’est la voix. De l’ensemble des témoignages, il apparaît notamment que l’usage de la voix, le fait d’oser chanter ou pas, est soumis à une forte pression sociale. Une voix, c’est déjà une sorte de portrait de son propriétaire. À l’écoute de sa voix, on perçoit quelque chose de lui, même si on est incapable de dire quoi. Une voix est un portrait non formulé et nous nous proposons de formuler ces portraits. Sans craindre la redondance, le texte chanté par chaque participant viendra confirmer ou contredire ce que l’on entend déjà dans sa voix. Nous n’exigeons pas pour autant une sincérité absolue. Ce ne sera ni une confession ni une psychanalyse... C’est un bilan de compétences ! On peut donc mentir. Il s’agit juste de parler de sa voix avec sa voix, de la manière dont chacun a utilisé cette faculté naturelle, soit en la travaillant, soit en l’occultant, soit en la laissant en friche, sauvage ou au contraire très policée, dans des circuits académiques (comme une cantatrice) ou plus alternatifs, mais qui n’en ont pas moins leurs normes strictes, comme la chanson pop ou rock. Tous témoigneront d’un usage particulier et l’on pourra apprécier le contraste et la diversité. C’est aussi pour nous l’occasion de questionner de façon légère notre renoncement à l’entraînement. La forme sera celle d’une audition mais sans compétition, la bienveillance des uns envers les autres sera requise. Chacun passant à tour de rôle sera le reste du temps auditeur ou accompagnateur le cas échéant. C’est la première fois que nous faisons entrer autant d’éléments extérieurs et de façon aussi hétérogène dans un projet. Jusqu’ici, les collaborations que nous avons engagées l’ont été sur un contrat très précis d’exécution. Il s’agissait toujours d’amis qui s’engageaient avec plaisir à n’être qu’exécutants et qui ne souhaitaient pas intervenir dans l’écriture. Il leur était simplement demandé d’effectuer des tâches.

YC : Pourquoi cette volonté de neutralité ?

GM : Encore une fois nous ne voulions pas que la personnalité de l’exécutant vienne troubler la partition et brouiller le dessin de départ. Il y a somme toute chez nous une grande prétention à penser que le dessin est plus important que les harmoniques et les épaisseurs que l’individu pourrait apporter.

YC: Avec Bilan de compétences, vous serez très loin de ce modèle puisque douze personnalités seront sur le plateau. Si vous faîtes fi ainsi d’un certain nombre de règles de base que vous vous imposiez jusque-là, qu’est-ce qui est essentiel avec ce projet ? GM : Avec ce projet nous ne faisons plus appel à des personnes pour jouer les pions sur un échiquier. Nous faisons appel à des masses humaines, de couleurs et de physionomies totalement différentes ; notre travail consiste à accompagner chacun dans la rédaction de sa partition, puis de faire un montage, de déterminer l’ordre de passage par exemple. Mais nous abandonnons volontairement une part de maîtrise du résultat et il est probable que certaines choses apparaissent que nous n’aurions jamais choisies. C’est la raison pour laquelle nous maintenons que c’est une expérience. Nous sommes intrigués par notre propre idée. Les contributions resteront disparates, mais nous veillerons à une égalité de traitement. Ce n’est pas un concours, il n’y aura pas de gagnant. La bienveillance entre les participants sera essentielle. C’est un mot étrange, qui sonne peut-être bien ici au Collège des Bernardins, mais c’est le mot de ce projet : la bienveillance.

Informations pratiques

Dimanche 12 février, 17h Samedi 18 février, 20h Tarif : 14 € (plein), 8 € (réduit)

Questions d’artistes / arts vivants

Les artistes qui composent cette programmation ont en commun une pratique expérimentale de leur art. La danse et le théâtre sont pour eux, comme les autres formes de l’art, le lieu d’une recherche qui interroge l’humanité de l’humain et ses représentations. Les œuvres qu’ils élaborent ont pour spécificité de naître de leur propre disparition et sont une mise en partage d’expériences sensibles. L’économie de moyens qui les caractérise se joue au profit de la relation de coprésence des auteurs et de l’audience.

> Programmatrice chargée des arts vivants : Yvane Chapuis

Historienne de l'art de formation, Yvane Chapuis s'intéresse plus particulièrement aux formes performatives de l'art contemporain. Elle a à ce titre notamment conçu les expositions "Life/forms" (Vito Acconci, Bruce Nauman, Dan Graham, Robert Morris, Yvonne Rainer, Merce Cuningham), Musée Fesch, Ajaccio, 1999 et "The other show", Kunstmuseum, Lucerne, 2000 ; était co-commissaire de la Biennale d'art contemporain de Lyon en 2001 et a dirigé le numéro spécial d'Art Press consacré à la danse en 2002. Yvane Chapuis a également été rédacteur en chef adjoint de la revue Mouvement.

De 2001 à 2009, elle a co-dirigé les Laboratoires d'Aubervilliers, lieu de production et de recherches artistiques pluridisciplinaires. Dans ce cadre, elle a développé un programme d'interventions artistiques dans l'espace public dont l'objectif est d'expérimenter la capacité de l'art à exister hors des espaces qui lui sont dévolus. Elle a par ailleurs été co-présidente de tram-réseau art contemporain Paris-Ile-de-France en 2008 et 2009.

Elle a récemment fait paraître aux Éditions Xavier Barral un livre consacré au projet de Théâtre Permanent de la compagnie Gwenaël Morin. Elle est lauréate de l’Académie de France à Rome-Villa Médicis en histoire de l’art pour l’année 2012-2013. Elle est actuellement chargée de mission auprès de la direction de la Drac-Ile-de-France pour le projet de Tour Médicis de Clichy-Montfermeil.

LE COLLÈGE DES BERNARDINS

Édifice exceptionnel du XIIIe siècle récemment restauré, le Collège des Bernardins est ouvert au public depuis septembre 2008. C’est aujourd’hui un lieu dédié aux espoirs et aux questions de notre société et à leur rencontre avec la sagesse chrétienne. Tous sont invités à participer à ces dialogues par des travaux de réflexion ou de recherche, de formation ou d’expression artistique.

Plusieurs activités au service de l’homme dans toutes ses dimensions (spirituelle, intellectuelle et sensible sont proposées : l’art (expositions d’art contemporain, art vivant, musique), les rencontres et débats (conférences, colloques), la formation (École Cathédrale) et la recherche.

Le Collège des Bernardins s’appuie sur un pôle de recherche composé de six départements : « Sociétés humaines et responsabilité éducative », « Économie, Homme, Société », « Éthique biomédicale », « Société, Liberté, Paix », « Judaïsme et christianisme », « La parole de l’art ». Son originalité est de réunir universitaires, praticiens et théologiens autour de la question essentielle de l’homme dans une approche pluridisciplinaire.