Presse

Judith Scott - Objets secrets

Communiqué de presse. Exposition du 12 octobre au 18 décembre 2011.

12 octobre – 18 décembre 2011
Exposition dans l'ancienne sacristie

Dans le cadre de « Questions d’artistes », Création contemporaine au Collège des Bernardins : une programmation arts plastiques / arts vivants / musique.

Après les expériences psychosensorielles d’Anthony McCall et les interrogations sur le regard proposées par Isabelle Cornaro, le Collège des Bernardins poursuit la deuxième saison de Questions d’artistes. Cette nouvelle exposition invite à découvrir l’énigme que constitue l’œuvre de l’artiste américaine Judith Scott, une représentante des plus remarquables de l’Art Brut.

Près d’une douzaine d’œuvres de l’artiste sont exposées pour la première fois à Paris et résonnent profondément avec les objets de la sculpture contemporaine, comme ceux de Louise Bourgeois ou de Tony Cragg par exemple. La liberté technique, ainsi que la richesse psychologique et émotionnelle, qui conduit la démarche de Judith Scott est exemplaire pour d’autres artistes de la scène actuelle, bien au-delà des questions troublantes de son handicap. Il s’agit de montrer ces sculptures textiles en tant qu’objets magiques, secrets, puissants, montrer une pratique de la sculpture désinvolte à l’égard du tissage et des formes traditionnelles, faire honneur, au même titre que les autres artistes invités, à une démarche inédite.

Née à Cincinatti dans l’Ohio, Judith Scott (1943 -2005) est atteinte de trisomie (syndrome de Down) et a été placée dans diverses institutions spécialisées dans lesquelles elle eut du mal à trouver sa place. En 1986, prise en charge par sa sœur jumelle Joyce, elle rejoint le Creative Growth Art Center à Oakland, centre d’art consacré à l’art brut qui aide les personnes handicapées en les invitant à développer leur expression artistique. Judith Scott s’est spontanément engagée dans la création à 44 ans. Sourde et muette, elle a réalisé des sculptures qui constituent son unique moyen d’expression.

Entrée libre du lundi au samedi de 10h à 18h, les dimanches et jours fériés de 14h à 18h. Vernissage le 11 octobre 2011 de 18h à 21h
 

Autour de l’exposition :

Deux rencontres : l’équipe de la programmation artistique des Bernardins organise dans le petit auditorium du Collège, 2 conférences autour de l’œuvre inouïe de Judith Scott, qui libérée des entraves culturelles, perturbe les présupposés de l’art.

A la frontière de l’art : les sculptures de Judith Scott ?
Lundi 17 octobre, de 20h à 22h

Avec Bruno Decharme, cinéaste et collectionneur, galerie ABCD (art brut connaissance & diffusion) ; Barbara Safarova, historienne d’art, spécialiste d’art brut, collège international de philosophie ; Tom di Maria, directeur du Creative Growth Art Center.

Cette rencontre à pour objectif d’interroger les catégorisations, en présentant les pratiques de l’art qui élargissent notre conscience et nous confrontent à l’essentiel : une « scène de l’égalité » où se révèle des plasticiens de toutes tendances, de l’art conceptuel jusqu’à l’art brut.

 - L’art de la dissimulation : la notion de « secret » dans l’œuvre de Judith Scott
Mercredi 9 novembre, de 20h à 22h

Avec Bertrand Hell, ethnologue spécialiste du chamanisme et de la possession, professeur titulaire d'ethnologie à l'Université de Franche-Comté ; Jerôme Alexandre, théologien, responsable du département de recherche « La parole de l’art » au Collège des Bernardins ; Jean de Loisy, commissaire d’exposition, conseiller pour la création contemporaine au Collège des Bernardins, président du Palais de Tokyo.

Les sculptures dissimulatrices et fascinantes de Judith Scott provoquent l’interprétation anthropologique, esthétique, psychanalytique... Cette rencontre invite à croiser différents regards sur l’œuvre énigmatique de Judith Scott autour de la notion de « secret », qui touche aussi bien à la question du rituel qu'à celle de la magie, voire de la guérison, selon les approches culturelles.

Entrée libre dans la limite des places disponibles.

Entretien avec Tom di Maria responsable du Creative Growth Center (Oakland- Californie), par Sandra Adam-Couralet et Alain Berland commissaires de l’exposition.

Extrait de la revue Questions d’artistes n° 2, publiée par le Collège des Bernardins : Ouvrir les champs des possibles

Situé à Oakland en Californie, le Creative Growth Center reste un lieu singulier. Depuis plus de quarante ans, l’espace accueille de nombreux handicapés qu’il encourage à la créativité artistique. Judith Scott, trisomique sourde et muette, fut l’une de ses pensionnaires les plus célèbres.

Alain Berland & Sandra Adam-Couralet (AB & SA) : Pouvez-vous nous raconter l’aventure du Creative Growth Center et nous expliquer quelles sont ses spécificités ?

Tom di Maria (TM) : Le Creative Growth Center a été fondé en 1972, à un moment vraiment spécial de l’histoire de la baie de San Francisco. C’était le temps des hippies, de la libre expression,de l’expérimentation, et aussi le moment où les personnes handicapées mentales pouvaient enfin sortir des hôpitaux pour prendre part à la société. Nos pratiques ne sont pas basées sur la thérapie, mais construites sur l’idée simple et radicale que tout le monde peut-être créatif si on lui en donne l’opportunité.

D’une petite table avec de la peinture et des pinceaux chez nos membres fondateurs jusqu’aux 160 artistes handicapés que nous accueillons chaque semaine, le Creative Growth continue toujours d’opérer selon le même principe. Notre équipe n’est composée que d’artistes et nous encourageons la créativité. Nous n’essayons ni d’instruire ni d’enseigner d’une manière traditionnelle mais nous tentons de trouver un chemin d’expression créatif à travers une approche individuelle et cela avec chaque artiste.

Le Creative Growth Art Center, le plus grand et le plus ancien centre de ce type dans le monde, sert de modèle pour tous les autres programmes. Son histoire et l’intérêt grandissant pour le travail de nos artistes sont la preuve qu’une expérience des années 70 soutenue par des artistes invités croyant au potentiel humain peut témoigner du pouvoir transformateur de l’art, de son indéniable impact sur la société.

Depuis toutes ces années, en parallèle au développement de nos artistes et programmes, nous nous sommes engagés à essayer de mettre en forme et de relocaliser les frontières de l’art contemporain. Où se situe l’art du Creative Growth Art Center ? Est-ce que c’est de l’art brut ? Si l’on considère l’art brut selon les conditions de Dubuffet ou selon son équivalent anglais que l’on nomme l’outsider art, alors nos artistes se situent en dehors de ces champs même si il est vrai qu’ils partagent certaines similarités avec les artistes de l’art brut. Souvent, ils ont été élevés en dehors de la société, ils sont autodidactes et il existe d’énormes barrières entre eux, la société, et les artistes qui ont reçu une formation académique.

Cependant, ma conviction est que les artistes de notre studio sont davantage compris en tant qu’artistes contemporains, que comme des artistes folks ou bruts. Quand un chemin de communication est bloqué, un autre chemin s’ouvre. Cette situation unique de puissance conduit nos artistes à être libres de certaines des contraintes rencontrées par de nombreux artistes de formation académiques. Ils sont libres de toutes les conditions du succès commercial : prix, ego, vernissages de galeries, etc. Pour toutes ces raisons, ils sont en position de nous offrir un regard unique, absolu et direct sur ce que cela signifie d’être vivant dans notre siècle tout en se situant sur les lisières du courant majoritaire de l’art. La nature viscérale et immédiate de leur travail informe et défie une société lourdement médiatisée en créant des formes détachées de la communication. Ainsi, non seulement je vois leurs œuvres comme contemporaines mais je les vois aussi comme des œuvres signifiantes de notre époque. Les artistes sont les leaders de notre culture et ceux du Creative Growth Art Center sont d’authentiques artistes de notre époque.

AB & SA : Quel regard portez-vous sur l’œuvre de Judith Scott ?

TM : L’œuvre de Judith Scott raconte l’histoire du Creative Growth Art Center et notre rôle sur la scène mondiale de l’art contemporain. Judith, séparée de sa sœur jumelle et prise en charge par l’institution dès son plus jeune âge, a vécu seule et oubliée dans un hôpital terrible.Ce n’est qu’adulte et avec le soutien de sa sœur Joyce, qu’elle a fait un retour dans le monde et dans le Studio du Creative Growth Art Center. Dans ce lieu et par manque d’un mot meilleur pour qualifier la chose, elle est née à nouveau, expérimentant le monde autour d’elle, telle une enfant, apprenant à voir les choses pour la première fois depuis quarante ans. Ses deux premières années au centre furent improductives. Elle observait, en faisant le minimum. Puis les portes se sont ouvertes et ses paroles, rappelons que Judith est sourde et muette, se sont déversées à l’aide de fils, de tissus et d’objets rassemblés. Sa sculpture a d’abord été remarquée par des artistes conceptuels. Ils voyaient l’histoire de sa vie cachée dans son travail et appréciaient ce qu’elle nous montrait et aussi ce qu’elle nous cachait. Plus récemment, son œuvre a pris une présence croissante dans les galeries contemporaines où les visiteurs admirent ses formes singulières, son engagement viscéral, ses éléments autobiographiques, toutes ses strates de plaisirs esthétiques, variées et complexes.

Le second numéro de la revue Questions d’artistes qui apporte un éclairage complémentaire sur cette programmation est à paraître en septembre.

Les « ALERTES »

Les « Alertes » témoignent des questions que se posent par les artistes, et invitent chaque spectateur à adopter un nouveau regard.

Evariste Richer - Cumulonimbus Capillatus Incus

11 octobre – 18 décembre 2011

Œuvre présentée sous forme d’« Alerte » dans la nef.

Evariste Richer s’empare des objets usuels (boules de bowling, balles de tennis, perches de saut en hauteur, battes de cricket, dés, etc.), en les détournant et en les modifiant pour créer un langage plastique minimal, énigmatique qui joue avec les codes, leurs dépassements et leurs parcours aléatoires. Il propose dans la nef une œuvre constituée d’une accumulation de 8000 dés à jouer standards, bleus, rouges, verts, jaunes et blancs. Son nom, emprunté au lexique des météorologues, désigne un très gros nuage présentant la plus grande extension verticale, qui est très souvent associé à des phénomènes particulièrement violents comme les tornades ou la grêle. Ce cube de 76 kg (moyenne statistique du poids d’un être humain), est une métaphore des possibilités et des hasards de l’existence.

Evariste Richer est un artiste français né en 1969, préoccupé par des recherches scientifiques (architecture, astronomie, météorologie...) qui nourrissent son œuvre composée principalement d’images et d’objets manufacturés.

Entrée libre du lundi au samedi de 10h à 18h, les dimanches et jours fériés de 14h à 18h.

Laurent Derobert - Fragments de mathématiques existentielles
11 octobre – 18 décembre 2011

Œuvre présentée sous formes d’« Alertes » dans le cellier.

Concevoir des modèles mathématiques pour exprimer nos relations aux êtres et au monde, tel est le projet du chercheur Laurent Derobert. Il projette sur les murs chargés d’histoire du Collège, une poésie formulée comme une équation mathématique établie à partir de son ouvrage Fragments de Mathématiques existentielles (2010). Transformant des propositions philosophiques en données scientifiques, le chercheur pose les calculs de la recherche de l'Etre aimé et dévoile des équations merveilleuses faites d’ « indices d’inconstance » et « d’élasticité des psychorigides ».

Né en 1974, Laurent Derobert est docteur en philosophie et chercheur en mathématiques (Ecole supérieure d'art d'Avignon et CNRS-Greqam), il est également auteur, et à l'origine du Delirium en Avignon, un salon culturel et artistique.

Installation à découvrir uniquement dans le cadre des visites gratuites dédiées sur rendez- vous.