Presse

Bibliothèque vivante - Fanny de Chaillé

Communiqué de presse. Performance dans la bibliothèque les 25 mai, 11 et 18 juin 2011
Mercredi 25 mai, samedis 11 et 18 juin 2011, de 14h à 18h

Conception et interprétation : Fanny de Chaillé
Production : L’association Display et le Collège des Bernardins - Fanny de Chaillé est artiste associée au Théâtre de la Cité internationale Paris.

Dans le cadre de la première saison de «Questions d’artistes» – Création contemporaine au Collège des Bernardins : une programmation arts plastiques / arts vivants / musique.

2 ans après sa réouverture au public, le Collège des Bernardins propose en mai et juin un rendez-vous original avec le projet Bibliothèque vivante de Fanny de Chaillé. Cette présentation s’inscrit dans le cadre de la programmation Questions d’artistes initiée par Jean de Loisy avec Yvane Chapuis pour les arts vivants. Avec ces propositions le Collège des Bernardins souhaite placer la création contemporaine au cœur d’une recherche exigeante sur l’humanité de l’humain et son devenir.

La Bibliothèque vivante se fonde sur la volonté de rencontre de l'autre et sur l'idée que tout un chacun peut être l'auteur d'un savoir et le mettre en partage. Fanny de Chaillé travaille ainsi avec un groupe de personnes volontaires du Collège des Bernardins et de ses environs pour qu’elles « deviennent des livres et soient consultées » par le public. Ensemble, discutant de ce qu’ils font, d’où ils viennent, de ce qu’ils aiment, de leurs engagements, ils réfléchissent à ce que sera le livre de chacun ; et c’est au fil de ces rencontres que le contenu des livres apparaît. Dans tous les cas, il s'agit du point de vue d'une personne sur un sujet, un thème ou une histoire que celle-ci met en partage avec le public lors d’entretiens individuels d’une vingtaine de minutes.

Un catalogue proposant une quinzaine de titres est ainsi constitué et est consultable dans la bibliothèque du Collège des Bernardins, le mercredi 25 mai et les samedis 11 et 18 juin, de 14h à 18h (en accès libre).

Entretien avec Fanny de Chaillé, par Yvane Chapuis, extrait de la revue Questions d’artistes, publiée par le Collège des Bernardins

Yvane Chapuis : Quelle est la genèse de ce projet ?

Fanny de Chaillé : Le principe a été mis en place par une ONG danoise pour lutter contre les préjugés. C’est une charte qui est à la disposition de tous, en libre-service sur Internet, que je me suis appropriée. Dans le cas de l’ONG, les « livres » sont plutôt des spécialistes de certaines questions ou des militants de certaines causes, qui viennent parler de leur combat pour faire entendre une parole, celle de leur engagement, à l’occasion de grands événements publics comme des concerts de rock par exemple.

Dans mon cas, il s’agit de rencontrer des gens et surtout pas des spécialistes, ou alors des spécialistes de leur propre vie. J’ai rencontré des êtres humains qui m’ont parlé de leur vie d’être humain, parfois de leurs engagements parce que leur vie est aussi pleine d’engagement, parfois de leurs origines ou de leurs centres d’intérêts. Avec ce projet, je fais le pari que c’est essentiel de rencontrer des gens. Quand on regarde, on a vite fait le tour de sa sociabilité en fin de compte. Elle se limite en général à un milieu socioprofessionnel.

Avec la Bibliothèque vivante, j’ai rencontré des personnes que je n’aurais jamais rencontrées autrement. C’est le cas aussi pour les spectateurs. Quand bien même ils ne voient pas tous les «livres», c’est à un tête-à-tête sur la base d’une histoire personnelle auquel ils ont accès. Les occasions de ce type sont finalement très rares. Le théâtre est souvent assimilé à un moment de rencontre, mais c’est faux. On ne rencontre personne. Nos idées à la rigueur peuvent rencontrer les spectateurs mais nous, nous ne rencontrons pas les leurs.

YC : Comment procédez-vous pour mettre en œuvre cette bibliothèque ?

FDC : J’ai réalisé ce projet au printemps dernier au Théâtre de la cité internationale à Paris. La Cité internationale est une résidence universitaire qui accueille des étudiants étrangers. J’ai passé une annonce dans les divers bâtiments disant que je cherchais des bénévoles pour être un livre au sein de ma bibliothèque vivante. Une trentaine de personnes ont répondu. Je les ai d’abord rencontrés ensemble pour leur exposer mon projet de constituer une bibliothèque à partir des livres qu’elles pourraient et souhaiteraient être l’espace d’une journée. Les modalités sont très simples : quand le public arrive dans cette bibliothèque, il y a un catalogue où figure la liste des livres. Le ou la bibliothécaire installe le « lecteur » à une table et va chercher le livre choisi qui en fait est une personne, qui prend place en face et qui commence à raconter son histoire, ou une histoire.

J’ai ensuite procédé par entretien individuel avec les volontaires au cours duquel nous avons discuté d’eux, de leur vie, de leurs activités, de leurs centres d’intérêts, etc. Des discussions ont ainsi pris forme comme quand on rencontre simplement quelqu’un et qu’on s’y intéresse. Et puis au bout de quelques heures de discussion (parfois c’est allé plus vite), nous avons décidé ensemble de ce que serait le titre d’un livre qu’il ou elle pourrait raconter, constituer, c’est-à-dire qui le ou la concerne.

Je ne leur demande ni d’écrire ni de bâtir un plan. Il s’agit d’une histoire qui leur est propre, il n’y a rien à chercher de plus, c’est quelque chose qu’ils portent en eux. Après cela l’ensemble des livres se sont présentés les uns aux autres, pour connaître la bibliothèque à laquelle ils appartenaient. Chaque livre est autonome. C’est-à-dire que si la consultation par le public peut prendre la forme d’un dialogue à partir de ce que raconte le livre, le livre peut aussi exister, tenir, sans question. C’est la raison pour laquelle nous avons défini le temps de consultation à une vingtaine de minutes. C’est à peu près le temps qu’un récit de cette nature peut tenir.

YC : Quel est le sens pour vous de réactiver ce projet au Collège des Bernardins ?

FDC: Le Collège des Bernardins tel qu’il se présente est un lieu de pensée ouvert sur la société qui fait écho au principe même de la Bibliothèque vivante. Celles et ceux qui lui donnent corps, quel que soit l’endroit où elle prend forme, sont des acteurs de la société, comme nous le sommes tous, quel que soit le rôle que nous y jouons et quel que soit l’importance que les autres y accordent.

Raconter une histoire qui nous concerne, la dire à l’autre, c’est précisément se représenter en tant qu’acteur et donc partie prenante du monde dans lequel nous vivons, quelle que soit l’étendue de notre champ d’intervention. La place que les Bernardins accordent aux rencontres et aux débats, autrement dit à la circulation de la parole, croise aussi intimement la Bibliothèque vivante. Simplement, dans un cas les questions ou les sujets qui sont abordés sont thématisés ou problématisés parce qu’ils émanent d’un discours spécialisé et dans l’autre ils résultent d’expériences singulières et se donnent à travers un récit. Ce sont peut-être là des manières complémentaires de regarder le monde et de mettre en partage ce regard. Reprendre ce projet au Collège des Bernardins sera pour moi l’occasion d’ouvrir encore davantage le principe de la Bibliothèque vivante en travaillant à l’échelle d’un quartier.

Fanny de Chaillé

Née en 1974, Fanny de Chaillé a, parallèlement à ses recherches universitaires sur la performance orale et la poésie sonore, travaillé pendant plusieurs années avec Daniel Larrieu au Centre Chorégraphique National de Tours en tant qu’assistante à la mise en scène et interprète. Elle a également collaboré avec Matthieu Doze, Rachid Ouramdane, et plus récemment avec Emmanuelle Huynh et Alain Buffard. Dès 1998, elle développe une recherche personnelle aux frontières de la poésie sonore, de la danse et du théâtre et crée Karaokurt (karaoké réalisé à partir de l’Ursonate de Kurt Schwitters), La pierre de Causette (installation-performance, fac similé de la pierre de rosette), Le robert (performance pour un danseur et un dictionnaire), Le voyage d’hiver (lecture synonymique du texte de Georges Perec), Wake up (concert de réveils), Underwear (projet chorégraphique pour huit interprètes masculins), Ta ta ta, (pièce chorégraphique), Amérique (pièce chorégraphique pour une île déserte). En 2004, elle commence une collaboration avec Gwenaël Morin pour le film Anéantis movie/Blasted Film d’après Sarah Kane et la pièce Guillaume Tell d’après Schiller. Elle a co-écrit et joué dans le chœur de Philoctète d’après Philoctète de Sophocle, 2006, puis dans Lorenzaccio d’après Lorenzaccio de Musset, 2007. Elle a participé aux premiers mois du Théâtre Permanent en 2009 puis se consacre à la mise en œuvre de son projet de Bibliothèque vivante et à la mise en scène de Je suis un metteur en scène japonais dans le cadre d’une résidence au Théâtre de la cité internationale à Paris.

Informations pratiques

Mercredi 25 mai et samedis 11 et 18 juin 2011, de 14h à 18h

Entrée libre dans la limite des places disponibles

Question d’artistes

Les artistes qui composent cette programmation ont en commun une pratique expérimentale de leur art. La danse et le théâtre sont pour eux, comme les autres formes de l’art, le lieu d’une recherche qui interroge l’humanité de l’humain et ses représentations. Les œuvres qu’ils élaborent ont pour spécificité de naître de leur propre disparition et sont une mise en partage d’expériences sensibles. L’économie de moyens qui les caractérise se joue au profit de la relation de coprésence des auteurs et de l’audience.

Programmatrice chargée des arts vivants : Yvane Chapuis

Historienne de l'art de formation, Yvane Chapuis s'intéresse plus particulièrement aux formes performatives de l'art contemporain. Elle a à ce titre notamment conçu les expositions "Life/forms" (Vito Acconci, Bruce Nauman, Dan Graham, Robert Morris, Yvonne Rainer, Merce Cuningham), Musée Fesch, Ajaccio, 1999 et "The other show", Kunstmuseum, Lucerne, 2000 ; était co- commissaire de la Biennale d'art contemporain de Lyon en 2001 et a dirigé le numéro spécial d'Art Press consacré à la danse en 2002.

Yvane Chapuis a également été rédacteur en chef adjoint de la revue Mouvement. De 2001 à 2009, elle a co-dirigé les Laboratoires d'Aubervilliers, lieu de production et de recherches artistiques pluridisciplinaires. Dans ce cadre, elle a développé un programme d'interventions artistiques dans l'espace public dont l'objectif est d'expérimenter la capacité de l'art à exister hors des espaces qui lui sont dévolus. Elle a par ailleurs été co-présidente de tram-réseau art contemporain Paris-Ile-de- France en 2008 et 2009. Elle vient de faire paraître aux Éditions Xavier Barral un livre consacré au projet de Théâtre Permanent de la compagnie Gwenaël Morin.

LE COLLÈGE DES BERNARDINS

Édifice exceptionnel du XIIIe siècle récemment restauré, le Collège des Bernardins est ouvert au public depuis septembre 2008.

C’est aujourd’hui un lieu dédié aux espoirs et aux questions de notre société et à leur rencontre avec la sagesse chrétienne. Tous sont invités à participer à ces dialogues par des travaux de réflexion ou de recherche, de formation ou d’expression artistique.

Plusieurs activités au service de l’Homme dans toutes ses dimensions (spirituelle, intellectuelle et sensible sont proposées : l’art (expositions d’art contemporain, art vivant, musique), les rencontres et débats (conférences, colloques), la formation (École Cathédrale) et la recherche.

Le Collège des Bernardins s’appuie sur un pôle de recherche composé de six départements : « Sociétés humaines et responsabilité éducative », « Économie, Homme, Société », « Éthique biomédicale », « Société, Liberté, Paix », « Judaïsme et christianisme », « La parole de l’art ». Son originalité est de réunir universitaires, praticiens et théologiens autour de la question essentielle de l’homme dans une approche pluridisciplinaire.

Contact presse :
Pierre Laporte communication 01.45.23.14.14 – [email protected]