Presse

Alterminimalisme 10 - Folklores anglais

Communiqué de presse. Concert du 7 juin 2012. Garth Knox / Eyeless in Gaza
Jeudi 7 juin 2012, 20h, Grand auditorium

Première partie : Garth Knox (viole d’amour), Agnès Vesterman (violoncelle), Sylvain Lemêtre (percussions) : Saltarello
Deuxième partie : Eyeless in Gaza (folk culte)

Dans le cadre de la troisième saison de « Questions d’artistes » – Création contemporaine au Collège des Bernardins : une programmation arts plastiques / arts vivants / musique.

Le 4e et dernier rendez-vous de la saison vient poursuivre et amplifier le cycle « Alterminimalismes » constitué d’une série de doubles programmes mixant musiques « savantes » et « non savantes ». Conçu comme un vagabondage stylistique et musical à travers la création contemporaine autour des possibles avatars contemporains du minimalisme, ce cycle est envisagé au sens le plus « flottant » du terme.

Le face-à-face entre les compositeurs de l’ère élizabéthaine, revisités par Garth Knox et ses complices, et les folk-songs intemporelles des Anglais d’Eyeless In Gaza, glorieux rescapés des années 1980, sont autant de possibles incarnations de cette musique de la « stase », du temps suspendu, qu’est finalement le minimalisme.

Ce double programme propose deux visions, aussi singulière l’une que l’autre, du folklore, en particulier celui de l’Angleterre de l’ère élizabéthaine. En trio, et en écho à un nouveau CD publié par le label ECM, Saltarello, l’altiste Garth Know, cette fois à la viole d’amour, propose un florilège de pièces allant de Dowland ou Purcell à Luciano Berio et Saarihao, en regard de ses propres compositions.

En seconde partie de soirée, le groupe Eyeless In Gaza, formation parmi les plus légendaires et atypiques à être issues de la vague post-punk britannique, va présenter ses chansons souvent réminiscentes des grandes figures de la musique anglaise, des troubadours médiévaux à Nick Drake, portées par la voix incomparable de Martyn Bates.

Garth Knox (GB)

Né en 1956 à Dublin, Garth Knox, altiste explorateur d’origines écossaise et irlandaise, compte parmi les musiciens les plus recherchés sur la scène internationale. Il déploie sa virtuosité dans des domaines très variés, depuis les musiques médiévales et baroques jusqu’au répertoire contemporain et l’improvisation, en passant par la musique traditionnelle. Sur l’invitation de Pierre Boulez, Garth Knox devient membre de l’Ensemble Intercontemporain à Paris en 1983, où il crée de nombreuses œuvres en soliste. De 1990 à 1997, il est l’altiste du prestigieux Quatuor Arditti, et collabore avec la plupart des grands compositeurs du moment : Ligeti, Kurtág, Berio ou encore Stockhausen (notamment pour son fameux Helicopter Quartet, joué dans quatre hélicoptères). En 1998, il quitte le Quatuor Arditti et s’installe à Paris. Depuis il multiplie ses activités dans différents domaines artistiques, comme le théâtre où la danse. Avec la viole d’amour, il explore le répertoire baroque et suscite un nouveau répertoire pour cet instrument insolite.

www.garthknox.org

Eyeless In Gaza (G.-B.)

Né en même temps que les années 1980, Eyeless In Gaza, le duo formé par Martyn Bates et Peter Becker – tirant son nom d’un roman pacifiste d’Aldous Huxley (en français : La Paix des profondeurs, 1936) –, en a écrit quelques-unes des plus belles pages musicales. La musique d’Eyeless In Gaza, en perpétuel mouvement, tour à tour post-punk, new-wave, minimaliste, folk, pop, n’en garde pas moins une sonorité unique faite de mouvements de guitares chatoyants, de lignes synthétiques mystiques et bercé par la voix unique, à la fois lyrique et intimiste, passionnée et habitée de Martyn Bates. Une singularité qui empêchera le duo, dont les disques (citons Photographs As Memories, Drumming The Beating Heart ou Rust-Red September) sont édités à l’époque par l’excellent label Cherry Red, de prétendre à une vaste audience, en dépit de sa reconnaissance critique et de son influence sur de nombreux musiciens.

Après quelques années de séparation, Eyeless In Gaza s’est reformé depuis 1993, régulièrement accompagné sur scène par Elizabeth S. (l’épouse de Martyn Bates, qui faisait partie de la toute première mouture du groupe) : libérée de toute contrainte de succès commercial, sans cesse nourrie par les nombreux projets parallèles de Martyn Bates (en solo ou en collaboration avec Anne Clark, Mick Harris...), sa musique n’en est devenue que plus belle, riche et profonde. Un nouvel album, Everyone Feels Like A Stranger, a paru en décembre 2011 sur le propre label du groupe, Ambivalent Scale.

Transports amoureux

> Entretien avec Garth Knox par David Sanson, extrait de la revue Questions d’artistes n° 3, publiée par le Collège des Bernardins

Avec Agnès Vesterman (violoncelle) et Sylvain Lemêtre (percussions), l’altiste Garth Knox, à la viole d’amour, invite à un voyage à travers neuf siècles de musique. De Hildegard von Bingen à Kaija Saariaho, les pièces qui composent son disque Saltarello, publié par ECM, font la part belle au folklore celtique et à la musique de l’ère élizabéthaine.

David Sanson (DS) : Quel est le propos de D’Amore et Saltarello, les deux CDs que vous avez publiés en trio chez ECM ? En quoi l’un et l’autre se ressemblent-ils, et en quoi diffèrent-ils ?

Garth Knox (GK) : D’amore était un CD qui présentait la viole d’amour, instrument peu connu [instrument inventé au XVIIe siècle, parent de la viole et du violon, et muni de sept cordes mélodiques et de cinq à sept cordes vibrantes en métal, Ndlr.] mais riche en ressources, dans un répertoire de musiques baroques et contemporaines. Le disque est un mélange de solos de viole d’amour et de duos avec Agnès Vesterman au violoncelle. Saltarello pousse la question un peu plus loin, il y a de nouveau des duos de musique baroque avec Agnès Vesterman, mais aussi des duos de musique médiévale sur vièle médiévale avec Sylvain Lemêtre aux percussions, et aussi de la musique contemporaine à l’alto, avec ou sans électronique. L’éventail de musique proposé couvre ainsi neuf siècles, de Hildegard von Bingen à Kaija Saariaho. À la fin de D’Amore, on entendait des bribes de musique folk irlandaise : nous avons eu envie de creuser ce sillon sur Saltarello.

DS : Dans le texte figurant dans le livret de Saltarello, il est beaucoup question de « voyage » : en quoi cette idée vous semble-t-elle importante, quel genre de voyage cherchez-vous à offrir à l’auditeur ?

GK : La notion de voyage est très importante pour moi, au sens où ces musiques nous entraînent en- dehors de nous-mêmes et offrent des sensations exotiques. Mais l’idée est aussi de ramener jusqu’à nous, ici et maintenant, ces musiques lointaines et excitantes. Le chant grégorien de Hildegard von Bingen, par exemple, fait partie des racines de toute notre culture musicale européenne, et je trouvais intéressant de le mettre en rapport avec les musiques qui l’ont suivi.

DS : Comment décririez-vous la musique de l’ère élizabéthaine, celle de Purcell et de Dowland, et quels sont ses liens avec la musique folk celtique ?

GK : Je trouve que Purcell et Dowland sont arrivés à un niveau d’expression directe et pure qui n’a jamais été surpassé. Leurs mélodies possèdent ce « naturel » qu’on ne trouve normalement que dans les meilleures musiques « folk », mais le traitement de ces mélodies est d’un raffinement extrême.

DS : Comment concevez-vous l’interprétation de la musique ancienne, et en quoi la démarche des « baroqueux » a-t-elle influencé votre propre manière de jouer ce répertoire ?

GK : J’étais au conservatoire à Londres quand la grande vague baroque a déferlé sur l’Europe. Elle m’a fortement influencé, et nous a tous libérés de cette conception poussiéreuse de la musique ancienne. D’ailleurs, cela m’a également beaucoup inspiré dans mes interprétations de musiques contemporaines, la respiration, la légèreté, la clarté, l’expressivité...

DS : Vous faites partie de ces musiciens qui naviguez aussi bien entre la scène « classique » et les autres musiques (de l’électronique à l’improvisée) : est-ce parce que vous vous sentez à l’étroit sur la scène de la musique « savante » ?

GK : Il y a danger, avec la musique « savante », de tomber dans le piège de la gravité, de la tradition ou tout simplement du pseudo « prestige ». Un petit tour chez les amis improvisateurs ou une bonne dose de musique électronique est un très bon antidote, et permet de rester créatif.

DS : À vous qui avez beaucoup joué la musique de Cage et Feldman, et dont l’œuvre de compositeur est souvent très minimaliste, qu’évoque ce terme de « minimalisme » ?

GK : Ce terme est devenu si large que tout et son contraire peuvent se cacher là-dedans ! Pour ma part, j’admire ceux qui arrivent à faire beaucoup avec pas grand-chose (Feldman, et parfois Reich), plutôt que ceux qui ne font pas grand-chose avec beaucoup.

DS : Pouvez-vous nous présenter celles de vos compositions qui figurent sur Saltarello ?

GK : On trouve sur ce CD une nouvelle pièce pour alto seul qui fait le lien entre la musique baroque et la musique contemporaine. Cela commence comme une espèce de jazz baroque, mais avec des hésitations, passe par un côté un peu folklorique et se termine sur une course à l’épuisement. J’ai également réalisé les arrangements de plusieurs pièces figurant sur le disque, dont certains sont presque des re-compositions.

La paix des profondeurs

> Entretien avec Martyn Bates par Matthieu Loire, extrait de la revue Questions d’artistes N° 3, publiée par le Collège des Bernardins

Voilà plus de trente ans que Martyn Bates et Peter Becker, sous le nom d’Eyeless In Gaza, produisent une musique à nulle autre pareille, faisant le lien entre l’urgence, la spontanéité et la mélancolie des années post-punk et un folk intemporel, rappelant par instants les riches heures de l’époque élizabéthaine.

Martyn Bates (MB) : Pour moi, l’objectif quand je joue – et chanter, c’est « jouer de la voix » – est d’attirer l’attention sur une gamme de phénomènes différents, ce n’est jamais une simple relation de cause à effet. On pourrait y voir une manière de protestation contre tous ceux qui aimeraient confiner la richesse de l’expérience dans des cases et des étiquettes la « peur », l’« ennui », la « joie », la « tristesse », etc. Ces endroits sont certes suffisamment réels, c’est là où les gens vivent et placent leur être, mais de telles catégorisations ne peuvent qu’être réductrices et vaines..

Matthieu Loire (ML) : Votre voix incomparable – tour à tour mélancolique ou tourmentée, calme ou passionnée – est l’une des marques distinctives de la musique d’Eyeless in Gaza : quelle relation entretenez-vous avec elle ?

. Une chanson, c’est un mélange de musique et de pensée : s’y déploie un registre de sentiments qui existent au-delà des définitions, en un lieu complètement différent de ces espaces où les croyances et les attitudes, ces sagesses reçues qui nous transforment en automates, font la loi. C’est la musique qui permet d’atteindre un tel registre, bien plus que ne pourraient le faire les mots. Certains affirment que le premier cri à la naissance est davantage de l’ordre du chant que de la parole, et pour moi cela fait parfaitement sens. Cela dit, de manière générale, je n’aime pas analyser mon chant ou mon œuvre musicale... et je ne pense pas avoir très envie d’essayer de comprendre le pourquoi et le comment de ce que je fais. Si l’on commence à trop s’analyser, soit on fait fausse route, soit on se rend complètement invisible à soi-même : on devient trop... trop conscient, au sens malsain du terme, et en fin de compte, c’est inhibant.

ML : On serait tenté de rapprocher votre musique de la musique folk, voire parfois de la musique médiévale.

MB : Dans ma jeunesse, un oncle attentionné m’emmenait dans des clubs folk, voir des gens comme Martin Carthy. Mais j’écoutais toutes sortes de choses. J’ai commencé par jouer de la guitare, je me revois assis, les doigts meurtris. Je suis assez âgé pour avoir entendu Nick Drake à l’époque. J’ai essayé de faire quelque chose dans ce style, mais j’ai toujours senti que ce n’était pas ma propre voix.

C’est la seconde vague, toute la période d’expérimentation post-punk, qui a vraiment captivé mon imagination, et m’a conduit à passer à l’acte. Cela faisait complètement sens, et cela a inauguré la nouvelle vague du do it yourself, liée à l’emploi de moyens de production pauvres... C’est probablement la même chose avec la musique folk : on peut en faire avec le plus simple des instruments, voire avec sa seule voix.

Le punk a ouvert radicalement l’horizon, avec un message simple : chacun peut créer sa propre musique, c’était le message. Si l’on écoutait bien le message, on pouvait se dire qu’il était possible d’introduire un peu de musique folk dans tout ça. C’est ce que je continue à faire mais, encore une fois, sans jamais avoir d’approche systématique. Car même si j’aimerais parfois m’en imposer une, il semble que je n’en sois pas capable.

ML : Votre musique possède une forte dimension spirituelle, elle incite à la méditation et au recueillement. Vous qui aimez souvent renouveler complètement vos chansons sur scène, de quelle manière abordez-vous ce concert à Paris, le premier depuis cinq ans, au Collège des Bernardins ?

MB : Au cours des derniers mois de 2011, lorsque nous travaillions à notre nouvel album, Everyone Feels Like A Stranger, un motif inattendu a commencé à se faire jour. En enregistrant et finalisant les morceaux, il est devenu clair que la plupart d’entre eux témoignait d’un attachement à la forme « chanson », opposée à ces explorations et improvisations instrumentales qui sont comme des tableaux sans paroles. Bien sûr, toute la musique que nous faisons possède son histoire, car finalement, c’est tout ce qu’il nous reste : des histoires, qu’elles soient magnifiques, effrayantes, extatiques, anecdotiques, éveillées, endormies... Si ces histoires particulières nourrissent naturellement la musique d’Eyeless In Gaza, les chansons commencent ensuite à mener une vie propre. Quoi qu’il en soit, en les voyant apparaître, j’ai été frappé par le fait que ces chansons-là semblaient teintées d’une dimension particulièrement introspective et réflective. C’est Peter Becker qui a suggéré d’intituler l’album Everyone Feels Like A Stranger : au début, j’étais sceptique, je redoutais que ces mots véhiculent des connotations négatives, mais je vois bien maintenant qu’il était dans le vrai. Car ce que proposent ces chansons, c’est une méditation collective sur cet état d’esprit particulier, ce double sentiment d’ivresse et d’intimité que procure parfois le fait d’être seul. Lorsque l’on atteint ce point à partir duquel « se sentir comme un étranger » entraîne, étrangement, un irrépressible sentiment de bonheur subtil et de bien-être, où la distance et la séparation, d’une manière ou d’une autre, ouvrent soudain à l’élévation et la clairvoyance, où l’on éprouve, à travers cet isolement, un troublant sentiment de sécurité. Ce point où être « seul » prend une intensité quasi religieuse, où l’on se sent relié à la paix, au calme, au silence.

Pour moi, le meilleur de ce que j’ai accompli l’a été avec Eyeless In Gaza, c’est le cœur de ma musique, du fait de cette relation particulière, télépathique, que Peter Becker et moi avons développée depuis toutes ces années. C’est quelque chose de très intense, parce que nous ne sommes que deux, un lien très fécond. Parfois même trop.

Informations pratiques :

Jeudi 7 juin 2012, 20h, Grand auditorium 
Tarifs : 14€ (plein), 8€ (réduit)
www.collegedesbernardins.fr

Pour en savoir plus sur : 
Garth Knox : www.garthknox.org
Eyeless In Gaza : www.eyelessingaza.com

ML : Voilà plus de trente ans que Peter Becker et vous jouez ensemble, avec une fraîcheur intacte : qu’est-ce qui vous permet de continuer ?

MB :

Question d’artistes

Les artistes qui composent cette programmation ont en commun une pratique expérimentale de leur art. La musique est pour eux, comme les autres formes de l’art, le lieu d’une recherche qui interroge l’humanité de l’humain et ses représentations. Les œuvres qu’ils élaborent ont pour spécificité de naître de leur propre disparition et sont une mise en partage d’expériences sensibles. L’économie de moyens qui les caractérise se joue au profit de la relation de coprésence des auteurs et de l’audience.

Programmateur chargé de la musique : David Sanson

David Sanson a exercé durant près de quinze ans le métier de critique musical et de journaliste (à la rédaction en chef des revues Classica, puis Mouvement). Auteur d'un essai biographique consacré à Maurice Ravel (Actes Sud-Classica, 2006), il a également participé, chez Robert Laffont, aux ouvrages collectifs Tout Mozart, Tout Bach, ainsi qu'à la réédition du Dictionnaire du rock de Michka Assayas actuellement en préparation.

Il s'est efforcé de mettre à profit cette double culture, à la fois rock et classique, à travers ses différentes expériences de programmateur et conseiller artistique - notamment au sein du festival Santarcangelo dei Teatri (Italie) en 2006-2007, ou dans le cadre de la soirée « Bach to the Moon » présentée au Théâtre du Châtelet en février 2009. David Sanson mène par ailleurs une activité de musicien sous le nom de That Summer.

LE COLLÈGE DES BERNARDINS

Édifice exceptionnel du XIIIe siècle récemment restauré, le Collège des Bernardins est ouvert au public depuis septembre 2008. C’est aujourd’hui un lieu dédié aux espoirs et aux questions de notre société et à leur rencontre avec la sagesse chrétienne. Tous sont invités à participer à ces dialogues par des travaux de réflexion ou de recherche, de formation ou d’expression artistique.

Plusieurs activités au service de l’Homme dans toutes ses dimensions (spirituelle, intellectuelle et sensible sont proposées : l’art (expositions d’art contemporain, art vivant, musique), les rencontres et débats (conférences, colloques), la formation (École Cathédrale) et la recherche.

Le Collège des Bernardins s’appuie sur un pôle de recherche composé de six départements : « Sociétés humaines et responsabilité éducative », « Économie, Homme, Société », « Éthique biomédicale », « Société, Liberté, Paix », « Judaïsme et christianisme », « La parole de l’art ». Son originalité est de réunir universitaires, praticiens et théologiens autour de la question essentielle de l’homme dans une approche pluridisciplinaire.

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Pierre Laporte communication
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