Philosophie

315 - Tolkien, la Bible et les Pères - 2018


Séances

Jeudi 20h-21h30 - 6 séances
Premier cours : Jeudi 4 octobre 2018
6 séances en tout, les dates suivantes seront fixées par le professeur au premier cours


Philosophie et Sciences humaines - Annuel

Quel catholicisme retrouve-t-on chez Tolkien ? L’approche biographique de sa foi est bien connue. Reste que sa conception du conte de fées, qui repousse l’idée d’allégorie, interdit des correspondances aisées.

Tolkien est un tenant de « l’applicabilité », c’est-à-dire d’une compatibilité entre son legendarium et la foi en la Sainte Trinité. Dans quelle mesure le recul de la culture chrétienne en France fait-il obstacle à la reconnaissance d’éléments chrétiens manifestes pour sa génération ? Où sont les clins d’oeil que l’on ne voit plus ?
l faut par ailleurs prendre en considération sa carrière de médiéviste. Son catholicisme n’est pas réductible à sa pratique religieuse : c’est aussi la teneur chrétienne des textes qu’il travaille quotidiennement et professionnellement qui l’inspire, consciemment ou non. Or Tolkien est parfois présenté comme membre de la nouvelle critique qui s’oppose à la critique exégétique des textes vieil-anglais. Méconnaît-il cet autre courant philologique ? Échappe-t-il à son approche dans ses propres textes ?
Nous voudrions de façon générale éprouver l’hypothèse selon laquelle ce n’est pas tant le néo-thomisme et l’Église catholique romaine latine d’avant Vatican II qui permet de comprendre le catholicisme de Tolkien que la Bible et la patristique notamment. Nous proposons donc d’étudier le rapport de Tolkien à la Bible selon les lectures des Pères de l’Église sans oublier des traditions vieil-anglaises qu’il enseignait.
La participation de Tolkien à la traduction de la Jerusalem Bible fera l’objet de la première séance. Tolkien a traduit Jonas après des essais sur Isaïe. Comment a-t-il travaillé à partir de la traduction française de la Bible de Jérusalem de l’École biblique et archéologique de Jérusalem ?
Nous suivrons ensuite la piste biographique des rapports de Tolkien à son ami jésuite Robert Murray, exégète de la tradition syriaque, qui nous conduit à Origène et au quadruple sens de l’Écriture, ainsi qu’à saint Éphrem. La fréquentation de la famille Murray dès l’après Grande guerre et les années de séminaire de Robert Murray n’est-elle donc qu’anecdotique ? La période créative de la Terre du Milieu date de l’époque du mandat britannique en Mésopotamie. La littérature ancestrale de ces chrétiens d’Orient a-t-elle retenu son attention ? C’est aussi l’époque des travaux de Marcel Jousse sur le style oral palestinien (1924) qui ont été décisif pour l’oral-formulaic theory de Milman Parry et Albert Lord.
Eriol / Ælfwine est habituellement considéré comme le personnage qui incarne l’oralité chez Tolkien. Pourquoi donc a-t-il tendance à disparaître quand cette théorie se répand ?

Puis la tradition latine sera étudiée avec le rapport de Tolkien à saint Augustin. Dans quelle mesure Tolkien peut-il être rapproché de La Genèse au sens littéral et de La Cité de Dieu ? Son récit de la création peut-il conduire à reconnaître « Augustin dans la Chaumière du Jeu perdu » comme l’a dit William Houghton ?
Sa conception de l’humilité peut-elle se laisser appréhender à partir d’Augustin comme Michelle Kundmueller l’affirme à son tour ?
Enfin, la Genèse et l’Exode (dont John Niles loue la « virtuosité patristique ») en vieil anglais retiendront notre attention. Peut-on y déceler des éléments pertinents pour la compréhension des récits de la Terre du Milieu ?

Aucune connaissance préalable n’est nécessaire pour suivre ce cours.