Magazine du Collège des Bernardins Hiver 2017-2018

L’espérance face au déclinisme : le regard de Paul Valadier


À l’aube de l’année 2020, (re)découvrez le regard d’espérance de Paul Valadier qui nous incite à ne pas céder au déclinisme

Semble venu le temps des déclinistes, de ceux qui nous annoncent la fin des utopies et qui obturent tout avenir prévisible ; de ceux qui nous enjoignent de rester dans les horizons du présent ; de ceux qui, sur le destin de l’Europe comme sur celui de la planète elle-même, prédisent le pire. Si ceux-là ne manquent sans doute pas d’arguments – à moins que leur œil mauvais finisse par ne plus voir le monde que comme mauvais, pour reprendre un aphorisme nietzschéen –, ils méconnaissent en réalité les capacités humaines, et la nécessité où est l’être humain d’anticiper son avenir. Ce qui est vrai individuellement et collectivement. Nous ne pouvons pas ne pas nous promettre des lendemains, sinon meilleurs, du moins autres. Tel est d’ailleurs le B-A BA de toute éducation : il faut laisser entrevoir à l’enfant que son avenir est entre ses mains, qu’il doit s’engager à croître, qu’il doit se promettre à lui-même de développer ses talents. Le décliniste au contraire s’enferme dans le présent : il n’a rien à promettre, il a le nez sur le guidon.

Or la promesse n’est pas seulement une immense réalité humaine que nombre de philosophes ont pensée, elle est au cœur de l’attente religieuse. Le Dieu de Jésus-Christ est un Dieu qui nous promet la réussite de sa création, qui s’allie aux hommes en leur annonçant la venue et la présence déjà latente du Royaume. Le chrétien, fidèle à ce Dieu-là, attend la réalisation de la promesse, mais il n’attend pas passivement. Car l’Alliance l’engage à développer lui-même ses talents, donc à mettre en œuvre dès maintenant les moyens de faire avancer l’humanité vers plus de justice, de solidarité et d’amour. Certes le chrétien n’a pas dans sa poche un GPS lui indiquant la route vers un hypothétique avenir radieux. Mais il sait qu’il répond à l’attente de Dieu quand il ne donne pas prise au déclinisme, quand il ne prête pas l’oreille aux forces de mort qui sommeillent en nous et qui démobilisent. Il croit en tout cas que l’Esprit lui donnera le courage et la force de braver les défis et de ne pas baisser les bras.

Au fond les grands personnages de l’histoire ont été des gens qui, dans des situations bouchées (guerre, oppression, misère sociale…), ont su proclamer à eux-mêmes et à leur peuple, ou à leurs disciples, que dès maintenant quelque chose d’autre était possible. Sans attendre, mais en s’appuyant, dans la nuit traversée, sur la petite lumière de l’espérance, donc de la promesse. Un de ceux-là se nommait Jésus.

Paul Valadier - Jésuite, théologien et philosophe, ancien directeur de la revue Études