Gouvernement de l’entreprise, creation de commun

« L’entreprise est un vecteur de création collective »


Fruit des recherches issues du programme du Collège des Bernardins sur l’entreprise, l’ouvrage collectif La Mission de l’entreprise responsable a reçu le prix du Livre RH Le Monde, Sciences-Po et Syntec 2019 et inspiré la récente loi Pacte. Entretien avec sa codirectrice, Blanche Segrestin.

Pourquoi pensez-vous que les entreprises sont davantage que des agents économiques ?

B. Segrestin. Les représentations classiques de l’entreprise empêchent de bien saisir les enjeux de leur responsabilité. Les entreprises ne doivent plus être considérées comme de simples agents économiques ou comme des personnes privées. Par leurs activités, elles transforment radicalement le monde à tous points de vue : social, écologique, économique… Il n’est qu’à voir comment les GAFA transforment nos modes de communication, mais aussi nos canaux d’information, notre rapport à la monnaie, etc.

Pourquoi parler de mission de l’entreprise ?

B.S. La question de la responsabilité des entreprises n’est assurément pas neuve, mais elle a été perçue différemment au cours de l’histoire. Dans les codes de gouvernance qui ont fleuri depuis les années 1990, les dirigeants avaient surtout une responsabilité à l’égard des actionnaires. Le courant de la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) n’a pas remis cette orientation en cause puisqu’elle suppose que c’est dans l’intérêt à long terme de la société (la communauté des associés) que de prendre en compte les aspects sociaux et environnementaux.

La loi Pacte donne une nouvelle voie de responsabilisation avec la mission : les entreprises peuvent désormais définir et ancrer la finalité de leur activité dans leurs statuts. Ainsi, la finalité n’est pas réductible à l’intérêt des associés ; elle exprime la responsabilité de l’entreprise par le biais d’engagements envers ses différentes parties et l’environnement.

À quoi ressemble l’entreprise que vous appelez de vos vœux ?

B.S. Dans le programme du Collège des Bernardins, nous avons plaidé pour que l’entreprise soit dissociée de la société, son véhicule légal, et qu’elle soit définie positivement. Pour nous, l’entreprise est fondamentalement un vecteur de création collective. Le pouvoir d’innovation et de transformation positive qu’elle porte doit être remis au cœur de son action. L’entreprise responsable est donc celle qui s’engage à construire un futur souhaitable. C’est ce que permet la société à mission.