Exposition

La prière, l’art et l’amour révèlent la raison multiforme


La rationalité a une histoire. Au fil du temps, le champ de la raison s’est trouvé réduit au quantifiable, dans l’espoir que tout finisse par se plier aux outils prédictifs, aux mécanismes de la production, de l’économie ou de l’ingénierie. Seulement voilà : l’homme ne vit pas uniquement dans le domaine du quantifiable, ni même du dicible. À travers l’art, la prière et l’amour, la raison peut être fortifiée.

Vouloir toujours ramener l’homme à ce qui se mesure, c’est l’étouffer. Il est aisé de comprendre en quoi un monde sans priants, sans artistes et sans amants serait invivable. Mais prier, créer et aimer, est-ce encore se situer dans le domaine rationnel ?

Rendre à la raison son ampleur humaine

À cette question, il faut répondre que la prière, la création et l’amour élargissent le champ de la raison et lui restituent son ampleur humaine. Sans elle, la raison sombre dans la seule intelligence, artificielle ou non. Le mot grec logos et le mot latin ratio peuvent nous éclairer. Le logos renvoie à la parole en tant qu’elle est porteuse d’un sens (elle est structurée) et en tant qu’elle fait sens, qu’elle communique une vision du monde (elle est structurante). Le mot ratio ne renvoie pas seulement au calcul : il intègre les proportions, l’harmonie observée les rapports entre les formes ou l’analogie. Comprendre logiquement et rationnellement, ce n’est pas seulement calculer. C’est aussi voir une harmonie, saisir des proportions, s’inscrire dans une structure, déployer une vision. C’est parler en visant plus loin que ce que l’on peut dire.

Approcher l’indicible

Les priants, les artistes et les amants renouvellent le langage en approchant l’indicible. Leur langage en est bien un, car il transmet un message selon les voies du logos et de la ratio. Nous avons besoin de ce renouvellement, sous peine de nous enfermer dans le monde étouffant de la raison calculante. L’œuvre des priants, des artistes et des amants guérit la raison, qui n’est elle-même que si elle est tendue par un dynamisme qui fait brèche, qui ouvre notre expérience et notre compréhension.

« Un monde sans priants, sans artistes et sans amants serait invivable »

Ce besoin concerne les théologiens. Certains artistes sont d’une perspicacité théologique qui dépasse le discours habituel de leur époque. Ainsi l’apparition du corps supplicié du Christ sur la croix, ou encore la représentation de l’humanité de l’Enfant Jésus dans les madones de la Renaissance italienne et flamande. Certaines représentations ont une pertinence christologique exceptionnelle, à des époques où le discours correspondant (la mort du Christ, la réalité de l’enfance du Verbe) est rare.

P. David Sendrez
Docteur en théologie, enseignant au Collège des Bernardins, codirecteur du laboratoire de recherche Beauté et Vérité

En ce moment au Collège des Bernardins :

9OCT
14DEC2019
Il est plus beau d’éclairer que de briller seulement

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