Humanisme numérique

ÉCRANS, CORPS, ENVIRONNEMENT NUMÉRIQUE : L’INTÉRIORISATION DES ÉCRANS ET SON IDÉOLOGIE


Ce colloque a invité à se questionner sur le rapport de plus en plus complexe entre corps, environnement et médias.

L’hybridation du corps humain et la progressive implémentation des interfaces dans les organes corporels (les yeux, la peau, la voix, les gestes) comporte tant une disparition des écrans comme objets distincts que la conversion du corps en interface. Le corps est devenu espace de contact, matière première et lieu d’échange d’information.

Toutefois, l’avenir des écrans et leur possible disparition ne se jouent non seulement dans les corps, mais aussi dans la transformation du monde en interface. Ce nouveau changement, typique de la condition numérique, a des implications anthropologiques et politiques très importantes.

Colloque sous la direction de :

Mauro Carbone, professeur de Philosophie, Université Jean Moulin Lyon 3
Gemma Serrano, théologienne, co-directrice du département Humanisme numérique, Collège des Bernardins

9h00 – 13h15 : SÉANCE DU MATIN
Présentation : Jacopo Bodini,
chercheur en philosophie, Université Jean Moulin Lyon 3

9H00 - 09H10 : Accueil

P. Frédéric Louzeau, directeur du Pôle de recherche, Collège des Bernardins

9h10 - 09h45 : REDEVENIR DES ÉCRANS
Mauro Carbone
, professeur de Philosophie, Université Jean Moulin Lyon 3

9h45 - 10h20 : CONTROLER LE REGARD, RACONTER DES HISTOIRES AU CINÉMA : LES TRIBULATIONS DE L'OCULOMÈTRE     
Dork Zabunyan
, professeur en cinéma, Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis

10h20 - 10h55  : LES ROBOTS SOCIAUX : UNE ÉTAPE NÉCESSAIRE SUR LA VOIE DE L’INTÉRIORISATION DES ÉCRANS ?
Amélie Cordier
, directrice scientifique d'Hoomano, Lyon

10h55 - 11h10 Pause café

11h10 - 11h45       
Gemma Serrano
, professeur de théologie, co-directrice du département Humanisme numérique, Collège des Bernardins

11h45 - 13h15 : DISPUTATIO 
Coordonnée par Graziano Lingua, professeur en Philosophie de l’image, Philosophie théorétique et Anthropologie philosophique, Université de Turin

13h15 - 15h00 Pause Déjeuner

15H00 – 18h30 : SÉANCE DE L'APRÉS-MIDI
Présentation : Alessandro De Cesaris,
chercheur en philosophie, Université de Turin, Collège des Bernardins

15h00 – 15h35 : « TRANSPARANCES »/ « DIFFERANCES ». LA LOGIQUE DE L’IMMÉDIATION
Emmanuel Alloa
, professeur d’esthétique et de philosophie, Université de Fribourg

15h35 - 16h10 : SCREENING WHITE SUPREMACY : TRUMP, TWITTER, AND TOTAL MEDIATION       
Richard Grusin
, Director, Center for 21st Century Studies, University of Wisconsin-Milwaukee (Intervention en anglais)

16h10 - 16h45 : L'ENDOSOMATISATION DE L'EXOSOMATISATION : CE QUI FAIT ÉCRAN       
Bernard Stiegler
, philosophe, président de l’Institut de Recherche et d’Innovation (IRI)

16h45 - 17h15 Pause café

17h15 - 18h30  : DISPUTATIO 
Coordonnée par Antonio Somaini, professeur en études cinématographiques, études visuelles, théorie des médias, Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3

Emmanuel Alloa

© D.R

Emmanuel Alloa est professeur d’esthétique et de philosophie de l’art à l’Université de Fribourg et enseignant en arts plastiques à l’Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis. Il a été chercheur postdoctoral au Pôle National de Recherche eikones à Bâle et professeur assistant en philosophie à l’Université de Sankt Gallen.

Ses travaux ont été récompensés par plusieurs prix, dont le prix Latsis 2016 et l’Aby Warburg Wissenschaftspreis 2019. Ses ouvrages portent notamment sur la phénoménologie, l’esthétique, la pensée française contemporaine, la théorie des médias et la pensée de la technique. Il travaille actuellement à une Critique de la Société de la transparence.

Publications récentes : Dir. avec Yves Citton, Tyrannies de la transparence, Multitudes no. 73 ; Dir. avec Jean-Baptiste Soufron, L’idéologie de la Silicon Valley, Esprit 454 ; Dir. avec Dieter Thomä, Transparency, Society, Subjectivity. Critical Perspectives, Palgrave 2018.

JACOPO BODINI

© D.R

Jacopo Bodini est docteur en Philosophie de l’Université Jean Moulin Lyon 3 où il est chargé de cours à la faculté de Philosophie et membre du comité de pilotage du groupe de recherche Vivre par(mi) les écrans. Ses recherches explorent de manière transdisciplinaire les relations contemporaines entre les écrans et le désir.  

Il est également musicien et compositeur de musiques originales pour des installations artistiques, vidéo-art et théâtre. 

Publications récentes : Les républiques et l’in-formation du désir dans Des pouvoirs des écrans, co-dirigé avec Mauro Carbone et Anna Caterina Dalmasso, Mimésis, 2018 ; The Screen : A Body without Organs dans Essays in Post-Critical Philosophy of Technology, sous la direction de Mihály Hélder et Eszter Nádasi, Vernon Press, 2019.

MAURO CARBONE

© D.R

Mauro Carbone est professeur de Philosophie à l’Université Jean Moulin Lyon 3 où il dirige le groupe de recherche Vivre par(mi) les écrans. Il est spécialiste d’esthétique et membre honoraire de l’Institut Universitaire de France.

Ses recherches actuelles sont focalisées sur les rapports entre l’expérience visuelle contemporaine et la philosophie à faire aujourd’hui.

Publications récentes :La chair des images, Paris, Vrin, 2011 ; Être morts ensemble : l’événement du 11 Septembre 2001, Genève, MetisPresses, 2013 ; Philosophie-écrans : du cinéma à la révolution numérique, Paris, Vrin, 2016. Avec le groupe de recherche, Vivre par(mi) les écrans, il a coédité les volumes collectifs, Vivre par(mi) les écrans, Dijon, Presses du réel, 2016 ; Voir selon les écrans, penser selon les écrans, Paris, Mimésis, 2016 ; Des pouvoirs des écrans, Paris, Mimésis, 2018.

AMÉLIE CORDIER

© Alexandremoulard

Amélie Cordier est directrice scientifique d'Hoomano, une startup basée à Lyon dont la mission est de créer des logiciels pour les robots sociaux. Elle détient un doctorat en Intelligence artificielle de l’Université Jean Moulin Lyon3. Avant de rejoindre Hoomano en 2017, elle occupait un poste de Maître de Conférences à l'Université Claude Bernard Lyon 1 et effectuait sa recherche au laboratoire LIRIS (UMR CNRS 5205).

Chez Hoomano, ses activités de recherche portent sur l'amélioration des interactions Humains-Robots de sorte à les rendre plus intuitives et engageantes. Elle contribue également à développer de nouvelles approches de l'intelligence artificielle dans les robots, par exemple en étudiant les possibilités offertes par l'apprentissage développemental. Elle co-anime un laboratoire de recherche commun, Behaviors.ai, entre le LIRIS et Hoomano et est co-fondatrice et présidente de Lyon-iS-Ai, une association dont la mission est de promouvoir l'IA dans Lyon et sa région.

ALESSANDRO DE CESARIS

© D.R

Alessandro De Cesaris est chercheur post-doctoral à l’Université de Turin et au Collège des Bernardins de Paris. Il travaille aussi au sein du laboratoire GSRL (Groupe Sociétés, Religion, Laïcités) du CNRS de Paris. Sa recherche se concentre sur la philosophie classique allemande, sur la philosophie de la technologie et sur les imaginaires sociaux liés à la culture numérique.

RICHARD GRUSIN

© D.R

Richard Grusin is Distinguished Professor of English and Director of the Center for 21st Century Studies at University of Wisconsin-Milwaukee. He has authored numerous chapters and articles and five books, including: With Jay David Bolter Remediation: Understanding New Media, 1999 ; Premediation: Affect and Mediality After 9/11, 2010; Radical Mediation: Cinema, Estetica, e Tecnologie Digitali, 2017.

Grusin has edited three books: The Nonhuman Turn, 2015; Anthropocene Feminism, 2017; After Extinction, 2018.

He is currently working on a small book on Donald Trump and total mediation.

GRAZIANO LINGUA

© D.R

Graziano Lingua est actuellement professeur associé à l’Université de Turin, où ses enseignements portent sur : Philosophie de l’image, Philosophie théorétique et Anthropologie philosophique. Il est aussi membre associé du laboratoire GSRL (Groupe Sociétés, Religion, Laïcités) de l’EPHE-CNRS, Paris. Il a obtenu un doctorat en Herméneutique philosophique (1998) et un doctorat en Sciences juridiques (2009).

Au début de sa carrière, il a concentré ses recherches sur la philosophie russe du XXème siècle (S.N. Bulgakov, P.A. Florenskij), pour travailler ensuite sur la philosophie des images et des symboles d’une part et sur le rapport entre religion et sphère publique d’autre part. Il a développé en particulier une réflexion sur le rapport entre identités symboliques et raison publique dans les contextes post-séculiers.

Publications récentes : L’icona, l’idolo e la guerra delle immagini, Medusa, Milano 2006 ; Il pensiero ricostruttivo. Comunicazione ed etica nel pensiero di Jean-Marc Ferry, Ets, Pise 2012 ; Esiti della secolarizzazione, Ets, Pise 2013.

Frédéric Louzeau

© D.R

P. Frédéric Louzeau est théologien et directeur du Pôle de recherche du Collège des Bernardins.

Ingénieur des Mines de Paris spécialisé en génie atomique, docteur en théologie et en philosophie, après une double thèse de théologie morale (soutenue au Centre Sèvres) et de philosophie politique (EHESS) sur la pensée du jésuite Gaston Fessard (1897-1978), le P. Frédéric Louzeau a été ordonné prêtre en 1998 pour le diocèse de Paris.Il a été président de la Faculté Notre-Dame (2006 – 2013) où il enseigne la théologie morale.

Gemma Serrano

© D.R

Gemma Serrano est professeur de théologie et co-directeur du département Humanisme numérique du Collège des Bernardins. Depuis 2012 au sein du Pôle de recherche du Collège des Bernardins, Gemma Serrano a co-dirigé les séminaires : Corps et Âmes en devenir ; Ecole et République ; Journalisme et bien commun à l'heure des algorithmes et a co-dirigé le département de recherche Sociétés humaines et responsabilité éducative.

Docteur en théologie, elle est professeur extraordinaire de théologie fondamentale et dogmatique et directeur de la licence canonique à la Faculté Notre-Dame du Collège des Bernardins.

Publications récentes : Les mots du numérique à l'Ecole, Dossier Eduquer à la liberté, Revue Etudes, janvier 2018, n.4245, 39-48. Co-enseigner avec les robots : l'école à l'heure du numérique apprenant, B. Hugonnier -G. Serrano (éd.) Réconcilier l'école et la république, Cerf, Paris 2017, 157-168.

Antonio Somaini

© D.R

Antonio Somaini est professeur en études cinématographiques, études visuelles, théorie des médias à l'Université Sorbonne Nouvelle Paris 3 et directeur adjoint de l'EA 7343 LIRA (Laboratoire International de Recherches en Arts). Il est également membre du Steering Committee du NECS (European Network for Cinema and Media Studies) et de l'Advisory Board de l'IKKM (International Research Institute for Cultural Technologies and Media Philosophy) de la Bauhaus-Universität de Weimar.

BERNARD STIEGLER

© Bernardstiegler

Bernard Stiegler est actuellement président de l’Institut de Recherche et d’Innovation (IRI) qu’il a dirigé de 2009 à décembre 2018. Il est également l’un des membres fondateurs et le président de l’association Ars Industrialis, un groupe de citoyen bénévoles engagés dans la lutte pour l’élaboration d’une politique industrielle des technologies de l’esprit qui préservent les modes d’existence individuels et collectifs aujourd’hui menacés par l’entropocène.

En mai 2017, Ars Industrialis redéfinit ses priorités et s’assigne pour but d’appréhender l’avenir de l’ère Anthropocène à partir du concept d’internation esquissé par Marcel Mauss dans le contexte de la Société des Nations fondée le 10 janvier 1920 à Genève, afin d’éviter que ne recommence la barbarie guerrière.

C’est dans cette perspective qu’avec le soutien de l’IRI, un groupe de personnalités issues des sciences, du droit, de l’économie des arts, de la philosophie, de l’ingénierie et de l’activisme, il travaille l’écriture d’un memorandum of understanding qui sera adressé le 10 janvier 2020, à Genève, à l’Organisation des Nations Unies. Celle-ci fut créée à la fin de la Deuxième guerre mondiale, qui reproduisit durant six ans les destructions barbares en y ajoutant les camps d’extermination et les bombardements atomiques. C’est la Biosphère en totalité qui est à présent menacée par ce qu’il faut appréhender comme une guerre économique totale, qui, si elle devait se poursuivre, conduirait en outre et inévitablement à un conflit nucléaire. C’est pour proposer les principes d’une paix économique globale fondée sur des investissements massifs dans la lutte contre l’entropie provoquée par l’ère Anthropocène que ce mémorandum sera présenté aux opinions publiques mondiales.

DORK ZABUNYAN

© Delphinetomaselli

Dork Zabunyan est professeur en études cinématographiques et directeur du laboratoire Esthétique, Sciences et Technologies du Cinéma et de l'Audiovisuel (ESTCA) à l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis.

Emmanuel Alloa
« Transparances » / « Différances ». La logique de l’immédiation.

L’ère des médias est une ère du soupçon : les médias sont suspectés de fausser la réalité, de manipuler l’information et de donner à voir une image biaisée des choses. En guise de réponse, on observe actuellement une puissante aspiration d’un monde sans médiations, où le réel nous serait livré en toute transparence. Les écrans eux-mêmes promettent une perméabilité générale et une prise immédiate, tactile et empathique, avec des situations pourtant distantes, et les images se veulent immersives, comme dans ce projet de réalité virtuelle Carne y Arena (2017) du cinéaste Alejandro G. Iñarritu qui plonge « le spectateur dans la dure vie d’un immigré ».

Il est important d’interroger les raisons, morales et politiques, de cet inapaisable désir de transparence et ses effets ambigus. Des écrans dont les bords ont disparu et qui saturent notre horizon perceptif sont une illustration parfaite du paradoxe inhérent à toute transparence : apparence d’unité, elle n’est pourtant acquise qu’au terme d’une transposition qui doit se faire oublier pour aboutir. L’immédiateté est acquise au prix d’une « immédiation » dont l’intervention tentera de dégager la logique interne. Tout comme Derrida indiquait jadis que dans tout retour du Même, il y a immanquablement du différé – Derrida appelait cela l’opération de la « différance » -. Pourquoi aujourd’hui la transparence n’est pas un état originel, mais le résultat d’une « transparance » ?

Mauro Carbone
Redevenir des écrans.

« Faire écran » est tout d’abord une fonction du corps. Celui-ci peut donc être caractérisé comme « proto-écran ». Toutefois, la fonction de « faire écran » peut se détacher du corps et être produite par un « objet technique » qu’on appelle précisément « écran ». Celui-ci s’avère donc une prothèse du corps, au sens spécifique d’artefact qui en accroît certaines capacités, par exemple celle de faire de l’ombre, en même temps en les extériorisant et en les réinvestissant dans le façonnement de notre rapport sensible au monde. L’histoire des cultures humaines est peuplée d’objets techniques remplissant la fonction d’écran.

La révolution numérique semble annoncer, pour l’avenir proche, la tendance à réattribuer de plus en plus une fonction d’écran à notre corps, ou mieux à certains de ses organes comme les yeux ou la peau, en les utilisant comme des sortes de composants adjoints d’appareils numériques connectés. Si donc la fonction écranique des corps semble en train d’être remise au centre de notre expérience, la même tendance semble être sur le point d’attribuer une fonction prothétique, plutôt qu’à des objets techniques, précisément à des organes de nos corps, les utilisant comme ce qui pourrait alors être qualifié de quasi-prothèses.

Amélie Cordier
Les robots sociaux : une étape nécessaire sur la voie de l’intériorisation des écrans ?

Il est aisé d’observer que la révolution numérique a conduit à une augmentation exponentielle du nombre d’écrans qui nous entourent, mais aussi à une diversification des formes et des rôles de ces écrans. Mais plus important encore, cette prolifération de supports tend à changer progressivement notre rapport à ces écrans et notre rôle dans la production des contenus qu’ils diffusent. Ces écrans tendent à être de plus en plus “fonctionnels” et de plus en plus individuels. Le contenu qu’ils diffusent n’est plus commun à un groupe, il n’est plus consolidé, préparé, élaboré et médié pour transmettre un message, au contraire, il tend à être instantané. Il est souvent individualisé, personnalisé. Quant à nous, nous cherchons de plus en plus à être acteurs du contenu : nous le sélectionnons, nous le personnalisons… mais surtout nous cherchons à le produire et parfois à le partager.

En somme, la transformation des écrans induit une transformation dans notre manière de voir et de percevoir le monde, et par conséquent, dans notre façon d’interagir avec lui.

On peut légitimement s’interroger sur les nouveaux modes d’interaction avec les objets numériques et avec les écrans. Il ne s’agit plus seulement “d’allumer l’écran” pour en recevoir le contenu, il faut aujourd’hui interagir avec lui pour le choisir, le consulter, l’aimer, le critiquer, le noter, le partager et le créer. Les codes d’interaction avec ces technologies sont en train d’être inventés et ils nous transforment autant que nous les transformons. Il est difficile de se projeter sur la façon dont nous interagirons avec les écrans de demain, qu’ils soient externes, intériorisés, qu’ils soient physiques ou qu’ils prennent la forme de quasi-prothèses.

L’intervention défend la thèse selon laquelle les robots sociaux d’aujourd’hui peuvent être considérés comme une forme d’écran et qu’il nous permettent- d’étudier comment les humains interagissent avec cette technologie en pleine mutation et ainsi de contribuer à construire les codes de l’interaction de demain. Plusieurs dimensions sont évoquées : le langage, les nouvelles formes d’interaction, le rapport au corps, la spécialisation des différents écrans en rôles fonctionnels et enfin, l’engagement émotionnel qui sous-tend le développement de nombreux processus.

Richard Grusin
Screening White Supremacy: Trump, Twitter, and Total Mediation.

In the Trump presidency, media and mediation function as everyday acts of terrorism through screenic violence. In the Trump era the greatest terrorist threat to American social and political order is not radical Islamism, cyber warfare, migrants, or climate change, but the threat of Trump’s tweets. Trump is using a strategy of “total mediation,” or gesamtvermittlung, to encourage white supremacists and to establish a regime of white nationalism within the US government. After arguing that Trump’s tweets constitute the greatest terrorist threat to the US public, I will outline what I mean by total mediation, concluding with some preliminary suggestions as to how we might resist the screenic violence of this white supremacist media regime.

Gemma Serrano
Le monde comme interface
Métaphores bibliques et numériques

L’hypothèse de cette intervention est que le monde est devenu numériquement une interface.

L’intervention se positionne en prenant appui dans ce que qui est nommé l’interface homme-Dieu. Cette interface a des espaces et des temps identifiés dont trois seront étudiés : les nuages, la maison, le corps de la voix. Ces lieux - pas uniquement géographiques ou climatiques – décrivent les conditions de la possible habitation de l’homme et de Dieu. C’est une théologie de la création qui initie l’homme à habiter le monde.

En tant qu’interfaces, ces espaces ne sont ni fenêtre, ni porte, ni seuil, ni passerelle en direction d’un endroit au-delà, d’une frontière entre l’homme et Dieu. Le langage biblique est d’un matérialisme très concret et pratique. Ces quelques coordonnées de l’environnement numérique se situant métaphoriquement dans ces mêmes espaces (cloud/nuages, home/maison, VUIs/corps de la voix), l’intervention tentera de décrire et d’interroger les uns et les autres.

Bernard Stiegler
L’endosomatisation de l’exosomatisation : ce qui fait écran.

Alfred Lotka a montré que ce que l’on appelle l’être humain consiste avant tout dans le processus d’une évolution exosomatique. Une intervention pour souligner :

  • toute évolution exosomatique doit être endosomatisée, c’est à dire intériorisée, adoptée par ceux qu’elle n’affecte qu’à cette condition, et c’est le rôle de l’éducation mais aussi de la pensée qui panse ;
  • à présent l’endosomatisation connaît un tournant avec par exemple les neurotechnologies, court-circuitant à la fois la pensée qui panse et l’éducation

A partir de ces deux points de départ, l’intervention tentera de montrer :

  • pourquoi et comment l’endosomatisation telle qu’elle prolonge dans le second cas la disruption est insolvable et insoutenable
  • il faut tirer de tout cela des leçons pour faire face à l’Anthropocène et répondre à la fois à Greta Thunberg et à Antonio Guterres – en particulier quant au déni qu’ils rencontrent.

Dork Zabunyan
Contrôler le regard, raconter des histoires au cinéma : les tribulations de l'oculomètre.

Essentiellement utilisé dans le domaine du neuro-marketing, le dispositif de l’« eye tracking » (ou oculométrie, en français) fait également l'objet de nombreux usages dans le domaine du cinéma. L'examen de nos mouvements oculaires se retrouve par exemple en amont de la fabrication de certains films. De fait, ces mouvements intéressent les producteurs de blockbusters qui y voient la possibilité, en traquant le regard, de saisir parallèlement les degrés d'attention des spectateurs. Le montage filmique, dès lors, n'est plus au service d'une émancipation des masses, comme il avait pu l'être chez les grands pionniers du cinéma, il devient avec l'oculométrie un instrument de contrôle qui transforme l'image en message, c'est-à-dire en un support de signes visuels et sonores supposé avoir le maximum d'efficacité en termes de captation attentionnelle. « L'écran, c'est le message » pourrait d'ailleurs constituer le mot d'ordre de celles et ceux qui trouvent dans le « eye tracking » une technologie censée révéler la vérité sur le fonctionnement de notre système visuel. Nous retrouvons une volonté normative du même ordre dans les hypothèses formulées par des spécialistes du cinéma, essentiellement anglo-saxons, qui emploient les instruments oculométriques pour tenter de déterminer des manières définitives de raconter des histoires avec des images animées, des manières qui parviendraient objectivement à tenir en haleine le spectateur du début à la fin d'un film. En découlent des règles de composition de l'image (place des visages dans le plan, emploi du clair-obscur, déplacement de la caméra, etc.) qui tendent globalement à homogénéiser l'expérience du regard et l'émotion filmique qui peut en résulter. Du neuro-marketing à l'analyse des films, l’« eye tracking » esquisse ainsi la conception d'une image sans reste, qui laisse potentiellement de côté les mille détails qui y gisent où y fourmillent.

L’intervention examinera, à travers les usages dominants de l'oculomètre, une conception relativement réductrice de ce qu'est une image en mouvement, tout en identifiant une définition appauvrie du cinéma comme art des masses qu'elle charrie implicitement