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Un patrimoine dégradé : un bâtiment fragilisé et déformé.

Dès sa construction, le Collège des Bernardins, bâti sur un sol alluvionnaire, s’est affaissé sous son propre poids, et a subi d’importantes déformations.
Rapidement, le grand cellier a été comblé à mi-hauteur par les cisterciens pour stabiliser l’ensemble. Au cours des siècles, le bâtiment a continué de bouger, affaiblissant les piliers qui supportaient les voûtes. Les occupants successifs ont par ailleurs fragilisé les étages supérieurs en modifiant les ouvertures au gré des réaménagements.

 

Au moment du rachat du Collège des Bernardins par l’Eglise de Paris le bâtiment est inapte à accueillir le public dans des conditions satisfaisantes de sécurité (c'est-à-dire à supporter une charge de 500Kg au m2).

 

D’autre part, la toiture initiale, caractéristique de l’architecture cistercienne, a disparu au début du 19ème siècle. Par souci d’économie, elle avait été alors remplacée par une toiture plate peu esthétique.

 

Se posaient donc le problème de la consolidation du bâtiment à partir d’une reprise de ses fondations, et du retour à la toiture d’origine

 

Mené avec le concours du cabinet d’expertise Michel Bancon, le chantier de consolidation a été entamé en 2004.
Des centaines de micro-pieux, enfouis à une profondeur de 15 à 25 m, soutiennent désormais de manière invisible les murs périphériques et les piliers. Ceux-ci ont reçu un cerclage métallique pour les consolider.

 

Le cellier déblayé s’est offert pour la première fois depuis le Moyen-âge dans toute l’ampleur de ses trois nefs.
Une fois les micropieux posés, le dégagement des terres, travail rendu laborieux et difficile par les conditions d’accès et dans des conditions d’hygrométrie pénibles, a permis de rendre au cellier toute son ampleur(entreprise Soletanche Bachi)
L’entreprise Pradeau et Morin, chargée de la reprise en sous-œuvre, suspend les voûtes de quelques millimètres à l’aide de vérins identiques à ceux utilisés pour le tablier du viaduc de Millau, ce qui permet de remplacer les chapiteaux et les pierres dégradées des piliers et enfin de couler une fondation de béton armé.( Une opération similaire sera conduite dans la nef gothique pour remplacer un chapiteau endommagé, quelques semaines avant l’inauguration du bâtiment, qui permet de réaliser l’importance des moyens mis en œuvre ).

 

Le déblaiement du Cellier et les travaux de terrassement sont la source de multiples surprises.
Parmi ces dernières, la mise à jour d’une déviation de la Bièvre, sous le jardin sud remet immédiatement en question le projet d’auditorium souterrain prévu à cet endroit (il sera déplacé dans les combles)

 

La redécouverte des entraits (les poutres maîtresses) du toit initial valide les hypothèses de l’architecte quant à la silhouette de la toiture et au placement des ouvertures.
Plus émouvant : les terrassiers ont aussi dégagé la pierre tombale, datée de 1306, d’un moine cistercien, prénommé Günter et originaire de Thuringe ; elle est mise en valeur dans l’ancienne sacristie, qui a retrouvé sa belle hauteur sous voûte (10 mètres). La présence de cette tombe atteste du rayonnement européen du Collège des Bernardins dès son origine.

 

Une statue du Christ plus grand que nature, portant des traces de polychromie, trône aujourd’hui dans une des niches de la nef. Retrouvée scellée dans les fondations, une statue acéphale de Sainte Catherine de Sienne est exposée dans l’escalier du XVIIIème siècle.

 

La restauration a fait le choix de restituer le toit dans ses dimensions médiévales mais avec une charpente métallique, (réalisée par la société ACMA) plus à même de tenir compte des déformations importantes subies par le bâtiment. Reposant sur les murs extérieurs celle-ci permet en outre aujourd’hui le passage des conduites d’équipement (climatisation, évacuation des fumées, fluides, communications…) et dégage un vaste volume exploitable dans les combles.
Les planchers des deux étages supérieurs sont directement suspendus à la charpente par des tirants d’acier. Le poids des étages repose donc sur la charpente, qui elle-même porte sur les murs périphériques : au rez de chaussée, les voûtes gothiques ne portent plus que leur propre poids.

 

Sous le plancher du premier étage, des aiguilles métalliques disposées en peigne sont maintenues par une grille quadrillée, qui s’enfonce dans les voûtes et empêche tout déplacement des têtes de colonnes.

 

Sur la charpente, l'entreprise UTB à réalisé une couverture en tuiles plates artisanales fabriqué en Bourgogne à Pontigny (89), spécialement pour le Collège des Bernardins. Cette couverture redonne un aspect ancien au toit : pas moins de 110 000 tuiles de 5 nuances différentes ! Un clocheton en chêne recouvert de plomb posé au faîte du bâtiment, et les ouvertures reconstituées dans le toit sont également l’œuvre des compagnons des Charpentiers de Paris et d'UTB.

 

La restauration de la pierre ( entreprises Quelin - Lefevre )

 

Les pierres abîmées sont remplacées par 250 à 300m3 de pierres de taille de Saint Maximin d’une dureté et d’une finesse adaptées .
Un important travail de taille de pierres est réalisé dans les ateliers du Tremblay en France, à partir de cotes précises prises sur le chantier par l »’appareilleur »
Une voûte endommagée sera totalement reconstruite, plusieurs fenestrages détériorés seront remplacés à l’identique : la rosace du pignon sud, notamment, sera totalement reconstruite, à partir de la rosace nord restaurée.
Jusqu’à 25 tailleurs-restaurateurs de pierre sont intervenus sur le chantier.
Les difficultés essentielles résident dans le choix des pierres de dureté différente : plus tendres pour les corniches, plus dures pour les soubassements ; et dans les délais impartis, car il est impossible de tailler les pierres en hiver.

 

La serrurerie

La société Van Mullen a effectué la restauration des barreautages et des menuiseries métalliques anciennes, notamment d’une magnifique baie cintrée sur le pignon sud du bâtiment. Elle a également présidé à la mise en œuvre des baies modernes du rez de chaussée, rendue très difficile par l’importante déformation latérale et longitudinale du bâtiment. Pour toutes les baies, des châssis métalliques spécifiques qui épousent les déformations des ouvertures, ont été réalisées, nécessitant un relevé préalable très minutieux des déformations des 18 baies concernées.

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