Responsables du séminaire :

Antoine ArjakovskyCo-directeur du département de recherche Société, Liberté, Paix

P. Antoine de Romanet Co-directeur du département de recherche Société, Liberté, Paix

Depuis les tragiques événements des 7-9 janvier 2015 les Français ont pris conscience de la crise du modèle républicain d’intégration et de la nécessité de changer en profondeur le rapport de l’État à la notion de « neutralité laïque ».
En effet celle-ci signifie que les agents de l’État doivent être indépendants et impartiaux. Elle ne signifie pas que ceux-ci doivent s’interdire de penser et de connaître la diversité des convictions et des cultes.
Le grand rassemblement du 11 janvier 2015 témoigne également de l’inquiétude des Français à l’égard du danger que représentent la croissance exponentielle des nouveaux fondamentalistes « laïcs » et « religieux » et l’incapacité des uns et des autres à dialoguer ensemble dans un esprit républicain.
Aussi le département de recherche « Société Liberté Paix » a pris la décision de consacrer sa prochaine recherche fondamentale à la question des nouveaux fondamentalismes en France.

Le sujet des « nouveaux fondamentalistes en France » est important et n’a pas fait l’objet de beaucoup d’études détaillées en raison de sa nouveauté. On s’est surtout intéressé aux parcours fondamentalistes se réclamant de l’islam.
Selon François Molins, le procureur de la République de Paris, 1132 Français sont impliqués dans le djihad, soit une explosion de 96% depuis janvier 2014. Mais il existe aussi des courants extrémistes (de gauche et de droite) hostiles à « l’impérialisme islamique » et à « l’hégémonie américaine » qui recrutent de plus en plus de jeunes prêts à s’engager dans des actions terroristes.

L’enjeu du séminaire consiste d’une part à comprendre les trajectoires de jeunes Français vers le fondamentalisme religieux. On s’intéressera d’autre part à des parcours fondamentalistes se réclamant d’autres références plus idéologiques. On tâchera enfin d’interroger le rapport de la modernité à la question du sens, et à l’absence grandissante de réponses aux quêtes de sens des jeunes. Ce vide de sens semble être en première analyse l’une des principales sources de la fièvre fondamentaliste actuelle.
Il y a en effet de nombreux ‘nouveaux convertis’ favorables à l’Etat islamique qui partent de France vers le Moyen Orient. Il y a aussi de jeunes Français d’extrême droite qui partent s’engager en Russie pour « faire la guerre contre l’OTAN dans le Donbass ». Il y a enfin le phénomène « Charlie Hebdo » qui affiche un athéisme militant et déclenche au nom du « droit à la liberté d’expression » des attitudes de moins en moins tolérantes et de plus en plus agressives (cf éditorial du numéro de Charlie Hebdo du 14.01).
Il s’agit de réfléchir de façon trans-disciplinaire sur les conditions de formation du fondamentalisme et du djihadisme en France à partir d’un mal être générationnel et d’une petite délinquance (aspects sociologiques, urbanistiques, générationnels, éducatifs, psychologiques, etc…). Il sera intéressant à ce dernier titre de se pencher sur la situation des prisons en France comme foyers possibles de radicalisation.

L’objectif de la première année est, à partir de certaines études portant sur les parcours des nouveaux fondamentalistes, de comprendre de façon anthropologique et trans-disciplinaire les ressorts et les mécanismes du fondamentalisme.

L’objectif de la seconde année est de trouver des solutions à la double crise de la modernité et de la perte de sens qui sont à la source des engagements fondamentalistes. On travaillera sur les issues possibles aux fondamentalismes aux différentes étapes de leurs formations.

Programme : 

Septembre 2015 - juin 2016 : Cartographie des fondamentalismes

Les séances ont lieu le jeudi de 19h à 21h au Collège des Bernardins.

1) Jeudi 17 Septembre :

Introduction : retour sur les événements de janvier 2015. Peut-on parler du choc de plusieurs types de fondamentalisme? Quels enjeux pour l’Église ?
a. Antoine Arjakovsky, historien, codirecteur de recherche SLP au Collège des Bernardins, « Modernité et anti-modernité : comment sortir du cercle vicieux ? »
b. Antoine de Romanet, théologien, codirecteur de recherche SLP au Collège des Bernardins, « Un enjeu pastoral pour l’Eglise »
Compte-rendu de la séance

2) Jeudi 8 Octobre :

Comment passe-t-on d’une mentalité radicale, ou zélote, à une position de combat voire à l’engagement terroriste ? Parcours vers les différents fondamentalismes. Aspects historiques, anthropologiques et psychologiques.
a. Jacques Huntzinger, ancien ambassadeur de France, directeur de recherche au Collège des Bernardins, « Histoire des courants religieux de l’islam »
b. Hélène L’Heuillet, Maître de conférences université de Paris Sorbonne, psychanalyste
Compte-rendu de la séance

3) Jeudi 12 Novembre :

Théories du complot, effritements de la vérité conceptuelle, structures désangoissantes, retour des propagandes et nébuleuses internet. Après avoir décodé leurs discours, comment répondre à certains auteurs nihilistes et conspirationnistes ?
a) Razika Adnani, philosophe et islamologue, auteure de "Le blocage de la raison dans la pensée musulmane est-il bénéfique ou maléfique à l’islam ? (éditions Afrique Orient, Maroc, 2011) écrit en langue arabe.
b) Haoues Seniguer, maître de conférence à l’IEP de Lyon. Chercheur associé à l'Observatoire des Radicalismes et Conflits Religieux en Afrique (ORCRA)
Compte-rendu de la séance

4) Jeudi 10 Décembre :

Comment les religions ont elles canalisé dans le passé ce type de posture fondamentaliste ou intégriste ? Comment concilient-elles la foi et la raison dans des époques et des contextes différents ? Histoire du rapport des religions à l’image et à la caricature. L’émotionnel médiatique : comment prendre distance ?
a) François Boepfslug, Historien et théologien, il a mené depuis plus de trente ans une recherche iconographique sans précédent. Professeur émérite à l'université de Strasbourg.
b) Tarik Abou Nour, Imam, théologien, Chargé des relations publiques pour les traditions musulmanes dans le groupe de dialogue interreligieux "Artisans de paix", porte-parole du Chari'a Board CIFIE : Comité Indépendant de Finance Islamique en Europe Compte-rendu de la séance

5) Jeudi 21 Janvier 2016 :

Les fondamentalistes de l’islam. Les formes actuelles du djihadisme. La théologie de Daech. L’apocalyptisme.
a) Jean-Christophe Ploquin, rédacteur en chef à La Croix
b) François Burgat, politologue, directeur de recherche à l'Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (IREMAM) à Aix-en-Provence. Compte-rendu de la séance

6) Jeudi 11 Février :

Laïcité et laïcisme. Société atomisée et perte de sens : Les gisements du fondamentalisme ultra moderne.
a) Dominique Reynié, écrivain, président de la Fondation pour l’innovation politique
b) Alain Christnacht, Conseiller d’Etat
c) Bruno de Saint Chamas Compte-rendu de la séance

7) Jeudi 10 Mars :

Situation de la libre pensée et de l’athéisme en France et analyse du phénomène Charlie Hebdo
a) Dominique de Courcelles, directrice de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique, enseignante à l’Ecole Polytechnique et à l’Université Paris-Dauphine
b) Guillaume de Prémare, écrivain, Délégué général de ICHTUS Compte-rendu de la séance

8) Jeudi 7 Avril :

Comment la République a elle-même évolué dans son rapport aux valeurs issues de la révolution française ? Comment doit-elle évoluer pour permettre un équilibre entre ses valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité ?
a) Bernard Bourdin, philosophe politique et directeur du 3è cycle, coordinateur de la recherche à la faculté des sciences sociales de l’ICP de Paris.
b) Antoine Garapon, magistrat, docteur en droit, secrétaire général de l'Institut des hautes études sur la Justice
c) Bruno de Saint Chamas, ingénieur ISEP et IAE Sorbonne, président d’Ichtus

9) Jeudi 12 Mai :

Crise du sens dans la société moderne et parcours fondamentalistes en Europe
a) Dany-Robert Dufour, philosophe, professeur à l’Université Paris VIII. Auteur du livre Le divin Marché, il est engagé depuis 15 ans dans une anthropologie critique du libéralisme.
b) Cécile Vaissié, professeur des universités à Rennes, spécialiste de la Russie

10) Jeudi 9 Juin :

Quels fondamentalistes en Israël ?
a) Alain Dieckhoff, Directeur de recherche au CNRS. Directeur du CERI, centre de recherches internationales de l’Institut d’études Politiques de Paris.
b) Yann Boissière, rabbin du Mouvement Juif Libéral de France